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Je suis bien d'accord là dessus.squilnozor a écrit : ↑Sam 4 Juil 2026 10:43La lecture rapide, pour des trucs qu'on est obligé de lire et qu'on a pas envie, je comprends. Mais pour de la littérature, polar ou pas polar, je ne vois pas pourquoi faire.
- arkatakor
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Re: Vos lectures du moment
Je ne suis pas en style lecture du style d'Outsider. Je lis tous les mots
Mais avec le temps , " l'expérience," à force, on augmente sa cadence de lecture, c'est un peu comme du sport quand on progresse , on va de plus en plus vite 
La vitesse est très variable suivant le livre. Bien sur, il y a le sujet abordé entre le roman dit de gare et un ouvrage de philosophie réservé à des spécialistes.
Mais pour moi, il y a aussi le style de l'écriture. Des auteurs vont utiliser de longues phrases avec du vocabulaire riche, d'autres sont dans le style quasiment télégraphique, parlé, des phrases très courtes, un vocabulaire de tous les jours et là la vitesse augmente en conséquence. Un peu comme une montée ou une descente à faire en footing ou en vélo
Avec le temps, j'ai de plus en plus de mal avec le style épuré , basique.. après cela me permet de torpiller un livre en une soirée.
La vitesse est très variable suivant le livre. Bien sur, il y a le sujet abordé entre le roman dit de gare et un ouvrage de philosophie réservé à des spécialistes.
Mais pour moi, il y a aussi le style de l'écriture. Des auteurs vont utiliser de longues phrases avec du vocabulaire riche, d'autres sont dans le style quasiment télégraphique, parlé, des phrases très courtes, un vocabulaire de tous les jours et là la vitesse augmente en conséquence. Un peu comme une montée ou une descente à faire en footing ou en vélo
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Re: Vos lectures du moment
Je suis retombé dans les Livres dont vous êtes le héros parce que j'ai enfin trouvé un exemplaire en bon état de Deathtrap Dungeon ! J'ai fait aussi Bloodbones que je n'avais jamais fait, et j'ai ressorti la Voie du Tigre. j'avais oublié combien c'était sympa les LDVELH...
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Re: Vos lectures du moment
Je penses que tu connais un certain site pour les LDVELH
Sinon, il y a celui là https://litteraction.fr/
J'ai découvert aussi deux ouvrages remarquables en LDVELH à savoir Fleurir en Hiver et Cyclades qui m'ont vraiment impressionné de ce qu'il se fait actuellement.
Alkonost a de bonnes choses de ce côté
Sinon en lecture, je viens de terminer Purifier et détruire de Jacques Semelin qui date de 2005. J'ai pris une sacrée claque avec ce livre qui évite le côté voyeurisme que je craignais. On va passer à quelque chose de plus distrayant pour se changer les idées avec un cycle de deux livres de Ferrick, auteur français avec la loi du désert.
J'avais beaucoup aimé Trois oboles pour Charon ou comment revisiter un mythe grec à savoir celui de Sisyphe. Là aussi, il ne fait pas dans la dentelle et le livre a été lu en une soirée/nuit, pas réussi à arrêter
Je mets la critique de l'éditeur que je rejoins entièrement pour Purifier et détruire.
Ce livre, en tout point exceptionnel, est le fruit de plusieurs années de travail dans le cadre d'un programme de recherche au CNRS. Il propose une approche résolument transdisciplinaire et comparative pour tenter de « penser » les processus de violence qui aboutissent aux massacres et aux génocides de l'époque moderne. Comment de tels crimes de masse sont-ils possibles ? Quelles manipulations du langage et des esprits interviennent pour préparer le « passage à l'acte », notamment en élaborant, préalablement, un imaginaire et une justification ? Comment s'enclenche et s'affole la mécanique du meurtre ?
L'auteur fonde principalement son enquête sur plusieurs exemples : la Shoah, les nettoyages ethniques de l'ex-Yougoslavie, le génocide des Tutsis au Rwanda et encore les génocides arménien et cambodgien. Par l'ampleur de la documentation utilisée, la richesse des références bibliographiques, l'exigence permanente de l'analyse, ce livre est à la fois vertigineux et sans équivalent. On ne s'était sans doute jamais approché d'aussi près de cette énigme insondable, de ce « trou noir » devant lequel vacille l'entendement humain.
J'ai découvert aussi deux ouvrages remarquables en LDVELH à savoir Fleurir en Hiver et Cyclades qui m'ont vraiment impressionné de ce qu'il se fait actuellement.
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Sinon en lecture, je viens de terminer Purifier et détruire de Jacques Semelin qui date de 2005. J'ai pris une sacrée claque avec ce livre qui évite le côté voyeurisme que je craignais. On va passer à quelque chose de plus distrayant pour se changer les idées avec un cycle de deux livres de Ferrick, auteur français avec la loi du désert.
J'avais beaucoup aimé Trois oboles pour Charon ou comment revisiter un mythe grec à savoir celui de Sisyphe. Là aussi, il ne fait pas dans la dentelle et le livre a été lu en une soirée/nuit, pas réussi à arrêter
Je mets la critique de l'éditeur que je rejoins entièrement pour Purifier et détruire.
Ce livre, en tout point exceptionnel, est le fruit de plusieurs années de travail dans le cadre d'un programme de recherche au CNRS. Il propose une approche résolument transdisciplinaire et comparative pour tenter de « penser » les processus de violence qui aboutissent aux massacres et aux génocides de l'époque moderne. Comment de tels crimes de masse sont-ils possibles ? Quelles manipulations du langage et des esprits interviennent pour préparer le « passage à l'acte », notamment en élaborant, préalablement, un imaginaire et une justification ? Comment s'enclenche et s'affole la mécanique du meurtre ?
L'auteur fonde principalement son enquête sur plusieurs exemples : la Shoah, les nettoyages ethniques de l'ex-Yougoslavie, le génocide des Tutsis au Rwanda et encore les génocides arménien et cambodgien. Par l'ampleur de la documentation utilisée, la richesse des références bibliographiques, l'exigence permanente de l'analyse, ce livre est à la fois vertigineux et sans équivalent. On ne s'était sans doute jamais approché d'aussi près de cette énigme insondable, de ce « trou noir » devant lequel vacille l'entendement humain.
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Re: Vos lectures du moment
Alcools (Guillaume Apollinaire). La poésie c'est pas trop mon truc, mais il y a deux ans pour mon anniv, un pote m'a offert un recueil d'Éluard et celui-ci. J'ai lu celui d'Éluard l'année dernière (je n'avais rien compris et pas du tout aimé), et là, je viens de terminer celui-ci. Je l'ai trouvé mieux parce qu'il est nettement mon obscur, mais c'est vraiment pas le genre de choses que j'aime lire. Ça parle d'amour, beaucoup de voyages, notamment en Allemagne, et de son séjour en prison. Parfois c'est touchant et sensible. Quand je comprends, j'aime assez, mais trop souvent, je ne comprends rien. Dur.
traductions en ligne : boîte Master, Glantri, Age of Worms 1 à 9, etc.
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Re: Vos lectures du moment
En poésie, un peu de mal avec Apollinaire aussi 
Je reste fidèle à Baudelaire avec les Fleurs du Mal et pour sa puissance d'évocation William Blake (qui a d'ailleurs inspiré un célèbre auteur de Fantasy avec un cycle qui a fait ensuite l'objet d'un JDR).
Je termine Ferrick avec la loi du désert, toujours aussi percutant et un style que j'apprécie beaucoup, très nerveux à la Abercrombie ou à Ellroy.
A suivre en philosophie Clervoy l'effet Lucifer.
Bon dimanche à tous.
Je reste fidèle à Baudelaire avec les Fleurs du Mal et pour sa puissance d'évocation William Blake (qui a d'ailleurs inspiré un célèbre auteur de Fantasy avec un cycle qui a fait ensuite l'objet d'un JDR).
Je termine Ferrick avec la loi du désert, toujours aussi percutant et un style que j'apprécie beaucoup, très nerveux à la Abercrombie ou à Ellroy.
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Bon dimanche à tous.
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Re: Vos lectures du moment
Pas sûr du tout que la poésie cherche à être comprise ; comme son nom l'indique en grec, elle est une création.squilnozor a écrit : ↑Dim 12 Juil 2026 12:12Alcools (Guillaume Apollinaire). La poésie c'est pas trop mon truc, mais il y a deux ans pour mon anniv, un pote m'a offert un recueil d'Éluard et celui-ci. J'ai lu celui d'Éluard l'année dernière (je n'avais rien compris et pas du tout aimé), et là, je viens de terminer celui-ci. Je l'ai trouvé mieux parce qu'il est nettement mon obscur, mais c'est vraiment pas le genre de choses que j'aime lire. Ça parle d'amour, beaucoup de voyages, notamment en Allemagne, et de son séjour en prison. Parfois c'est touchant et sensible. Quand je comprends, j'aime assez, mais trop souvent, je ne comprends rien. Dur.
Elle joue avec des images et des sonorités pour produire des sensations, souvent difficiles à analyser.
Prends "Le Pont Mirabeau" ; à part la phrase "faut-il qu'il m'en souvienne", tout paraît à peu près clair: l'amour est comparé à l'eau coulante, fuyante.
"Faut-il qu'il m'en souvienne", loin de toute expression orale commune, produit un effet étrange sur le lecteur: le poète est dépossédé, dépersonnalisé et le lecteur se retrouve mis à distance.
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Re: Vos lectures du moment
C'est vrai, mais en fait, quand je dis que je ne comprends pas, c'est pas une question d'analyse. C'est plutôt que souvent, je reste hermétique à la poésie moderne. Je lis juste une suite de mots qui n'ont pas de sens pour moi, qui ne me parlent pas. C'est pas systématique, heureusement, mais dans l'ensemble, c'est un mode d'expression qui ne s'adresse pas à moi.
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Re: Vos lectures du moment
La Zone du dehors (Alain Damasio). Un gros bouquin de SF dystopique qui date de 1999 et se passe en 2084, c'est-à-dire 1984+100.
L'humanité a commencé à bâtir des cités dans différents coins du système solaire. Ça ne représente pas une grosse population, de l'ordre de quelques millions, mais c'est quand même une fraction importante de l'humanité étant donné que la population de la Terre a largement décru à cause des guerres et autres catastrophes NRBC. Bien sûr, ces cités extraplanétaires ont été créées par des gens bien intentionnés en tenant compte des erreurs du passé. Toutefois, ce sont devenu des environnements ultrasécuritaires. Pas parce qu'il y a des gros flics surarmés avec des gros flingues à tous les coins de rue, comme les imaginait volontiers la SF du siècle dernier. Au contraire, la surveillance est omniprésente, avec des caméras et des délateurs partout, mais c'est une surveillance soft et largement acceptée, voire souhaitée. Si quelqu'un commence à avoir des idées contestataires, il ne va pas voir un commando débarquer chez lui. Le pouvoir va tolérer tant que ça reste limité, puisque ça ne constitue pas un danger pour l'ordre établi. Au contraire, un citoyen qui peut dans une certaine mesure exprimer des mécontentements, c'est un citoyen qui reste presque davantage sous contrôle qu'un citoyen parfaitement lisse, donc suspect. Si la contestation s'intensifie, la personne va seulement recevoir quelques alertes discrètes pour lui montrer qu'elle est surveillée de près, et presque toujours, elle va avoir la trouille et rentrer dans le rang. Il n'y a que si elle devient incontrôlable qu'elle sera corrigée par la force, mais en pratique, ça n'arrive presque jamais. Le contrôle qui s'exerce est donc d'autant plus puissant qu'il est soft, assez souple, et très largement accepté. C'est comme IRL si on lit les commentaires des articles sur les sites d'information. Chaque fois qu'une nouvelle mesure sécuritaire et liberticide est adoptée ou discutée, il y a toujours plein de gens qui écrivent des trucs du genre « Moi j'ai rien à me reprocher, je ne vois pas pourquoi je serais contre ». les gens ne sont pas foutus de se rendre compte qu'une restriction de liberté, c'est grave pour tout le monde, ça n'a rien à voir avec le fait qu'on ait des trucs à se reprocher ou pas. Là, le futur décrit dans le bouquin, c'est un futur dans lequel ce principe aurait atteint son paroxysme : à force de contrôler tout le monde avec l'accord, et même le soutien, de la population (accord certes largement orienté par les médias, la pub et et les politiciens), la contestation a quasiment disparu, et tout le monde s'en satisfait. Par ailleurs, ça marche : c'est une société « idéale », sans violence, sans pauvreté, sans grève, sans racisme, etc. Même le capitalisme est aseptisé : il n'est pas prédateur, il n'essaie pas de dégrader les conditions de travail pour le profit et ne peut pas faire de chantage à l'emploi. En outre, ça n'a rien d'une dictature puisque toutes les mesures sont prises dans une parfaite transparence et selon des principes incontestablement démocratiques. C'est donc une sorte d'idéal social-démocrate. C'est apparemment une perspective crédible pour l'auteur, qui est visiblement de la gauche radicale, et semble craindre ce genre d'avenir.
Dans ce contexte, le bouquin raconte l'histoire d'un groupe dissident révolutionnaire. C'est difficile d'être révolutionnaire car contrairement à notre société IRL où les violences sociales sont omniprésentes (sans que la population soit majoritairement révolutionnaire pour autant d'ailleurs), là, les gens vivent dans une certaine aisance, avec l'impression d'appartenir à une société qui non seulement est idéale, mais dans laquelle ils ont l'impression de s'épanouir et d'avoir une voix qui compte. Il faut donc d'abord les convaincre qu'ils sont dans une dystopie, c'est-à-dire tout le contraire de ce qu'ils croient.
Le premier sujet abordé, c'est celui de la violence. C'est un thème récurent chez les révolutionnaires. En effet, en général, les révolutionnaires sont des gens gentils, bienveillants, qui veulent seulement une société plus juste. Ils n'ont aucune inclinaison à la violence. Mais ils savent que la violence va forcément s'imposer à eux et doivent donc être prêts à répondre à la violence par la violence, voir à anticiper. En effet, les pouvoirs en place n'hésitent, eux, jamais à recourir à la violence. Je ne parle pas seulement des dictatures pour qui la violence est un mode de fonctionnement quotidien, mais même dans nos sociétés (à peu près) démocratiques où les dirigeants sont élus sans triche à grande échelle et bénéficient de la légitimité (relative) que confèrent les institutions, on constate que le pouvoir n'hésite guère à mutiler les contestataires, à les incarcérer, à désigner les militants comme des terroristes et à les traiter comme tels. Les révolutionnaires sont donc généralement prêts à résister à la violence d'état, et même à répliquer, à organiser l'insurrection armée. De ce point de vue, le début du bouquin fait un peu penser à la pièce de Camus, Les Justes, dans laquelle les protagonistes préparent un attentat contre le tsar, puis ne le mettent pas à exécution car au moment de poser la bombe, ils se rendent compte qu'il y a un gamin dans l'entourage du tsar. S'ensuivent des discussions sur ce qu'on peut faire ou non. Peut-on abattre un tyran si on doit pour cela sacrifier un enfant (qui est d'ailleurs un tyran en puissance) ? Etc. Dans la Zone du dehors, on a le même genre de discussions.
Après, il y a d'autres sujets abordés, mais je ne veux pas y passer des heures. En gros, la révolution prend de l'ampleur, obtient des succès, se disloque, évite en partie la confrontation frontale avec le pouvoir mais réussit à construire une autre société en marge, ou plutôt plusieurs autres sociétés moins liberticides, moins sclérosées, sans renverser le pouvoir. À la fin du livre, on ne sait pas bien où tout ça va mener, tout reste ouvert.
Au final, le livre traite de bons sujets et c'est un livre plutôt intelligent. Enfin, pas tout le temps non plus, mais on peut trouver des trucs intelligents. Mais il est chiant à lire. Le style de l'auteur est très pénible. Il crée tout le temps des mots-valises, ce que je déteste. Et il multiplie les effets de style. On voit qu'il veut écrire un bouquin-choc, ce qui fait très prétentieux, presque antipathique. Et ce qui est très relou aussi, c'est que visiblement, pour lui, la révolution, c'est un truc de mecs (alors qu'historiquement, ça n'est pas vrai). Il y a un seul personnage féminin important dans le bouquin, et elle est essentiellement là pour le cul. Franchement, pour un mec de gauche radicale, c'est nul de nul. J'avais envie d'aimer ce lire et on y trouve certes des choses sympathiques, mais il a beaucoup trop de défauts.
L'humanité a commencé à bâtir des cités dans différents coins du système solaire. Ça ne représente pas une grosse population, de l'ordre de quelques millions, mais c'est quand même une fraction importante de l'humanité étant donné que la population de la Terre a largement décru à cause des guerres et autres catastrophes NRBC. Bien sûr, ces cités extraplanétaires ont été créées par des gens bien intentionnés en tenant compte des erreurs du passé. Toutefois, ce sont devenu des environnements ultrasécuritaires. Pas parce qu'il y a des gros flics surarmés avec des gros flingues à tous les coins de rue, comme les imaginait volontiers la SF du siècle dernier. Au contraire, la surveillance est omniprésente, avec des caméras et des délateurs partout, mais c'est une surveillance soft et largement acceptée, voire souhaitée. Si quelqu'un commence à avoir des idées contestataires, il ne va pas voir un commando débarquer chez lui. Le pouvoir va tolérer tant que ça reste limité, puisque ça ne constitue pas un danger pour l'ordre établi. Au contraire, un citoyen qui peut dans une certaine mesure exprimer des mécontentements, c'est un citoyen qui reste presque davantage sous contrôle qu'un citoyen parfaitement lisse, donc suspect. Si la contestation s'intensifie, la personne va seulement recevoir quelques alertes discrètes pour lui montrer qu'elle est surveillée de près, et presque toujours, elle va avoir la trouille et rentrer dans le rang. Il n'y a que si elle devient incontrôlable qu'elle sera corrigée par la force, mais en pratique, ça n'arrive presque jamais. Le contrôle qui s'exerce est donc d'autant plus puissant qu'il est soft, assez souple, et très largement accepté. C'est comme IRL si on lit les commentaires des articles sur les sites d'information. Chaque fois qu'une nouvelle mesure sécuritaire et liberticide est adoptée ou discutée, il y a toujours plein de gens qui écrivent des trucs du genre « Moi j'ai rien à me reprocher, je ne vois pas pourquoi je serais contre ». les gens ne sont pas foutus de se rendre compte qu'une restriction de liberté, c'est grave pour tout le monde, ça n'a rien à voir avec le fait qu'on ait des trucs à se reprocher ou pas. Là, le futur décrit dans le bouquin, c'est un futur dans lequel ce principe aurait atteint son paroxysme : à force de contrôler tout le monde avec l'accord, et même le soutien, de la population (accord certes largement orienté par les médias, la pub et et les politiciens), la contestation a quasiment disparu, et tout le monde s'en satisfait. Par ailleurs, ça marche : c'est une société « idéale », sans violence, sans pauvreté, sans grève, sans racisme, etc. Même le capitalisme est aseptisé : il n'est pas prédateur, il n'essaie pas de dégrader les conditions de travail pour le profit et ne peut pas faire de chantage à l'emploi. En outre, ça n'a rien d'une dictature puisque toutes les mesures sont prises dans une parfaite transparence et selon des principes incontestablement démocratiques. C'est donc une sorte d'idéal social-démocrate. C'est apparemment une perspective crédible pour l'auteur, qui est visiblement de la gauche radicale, et semble craindre ce genre d'avenir.
Dans ce contexte, le bouquin raconte l'histoire d'un groupe dissident révolutionnaire. C'est difficile d'être révolutionnaire car contrairement à notre société IRL où les violences sociales sont omniprésentes (sans que la population soit majoritairement révolutionnaire pour autant d'ailleurs), là, les gens vivent dans une certaine aisance, avec l'impression d'appartenir à une société qui non seulement est idéale, mais dans laquelle ils ont l'impression de s'épanouir et d'avoir une voix qui compte. Il faut donc d'abord les convaincre qu'ils sont dans une dystopie, c'est-à-dire tout le contraire de ce qu'ils croient.
Le premier sujet abordé, c'est celui de la violence. C'est un thème récurent chez les révolutionnaires. En effet, en général, les révolutionnaires sont des gens gentils, bienveillants, qui veulent seulement une société plus juste. Ils n'ont aucune inclinaison à la violence. Mais ils savent que la violence va forcément s'imposer à eux et doivent donc être prêts à répondre à la violence par la violence, voir à anticiper. En effet, les pouvoirs en place n'hésitent, eux, jamais à recourir à la violence. Je ne parle pas seulement des dictatures pour qui la violence est un mode de fonctionnement quotidien, mais même dans nos sociétés (à peu près) démocratiques où les dirigeants sont élus sans triche à grande échelle et bénéficient de la légitimité (relative) que confèrent les institutions, on constate que le pouvoir n'hésite guère à mutiler les contestataires, à les incarcérer, à désigner les militants comme des terroristes et à les traiter comme tels. Les révolutionnaires sont donc généralement prêts à résister à la violence d'état, et même à répliquer, à organiser l'insurrection armée. De ce point de vue, le début du bouquin fait un peu penser à la pièce de Camus, Les Justes, dans laquelle les protagonistes préparent un attentat contre le tsar, puis ne le mettent pas à exécution car au moment de poser la bombe, ils se rendent compte qu'il y a un gamin dans l'entourage du tsar. S'ensuivent des discussions sur ce qu'on peut faire ou non. Peut-on abattre un tyran si on doit pour cela sacrifier un enfant (qui est d'ailleurs un tyran en puissance) ? Etc. Dans la Zone du dehors, on a le même genre de discussions.
Après, il y a d'autres sujets abordés, mais je ne veux pas y passer des heures. En gros, la révolution prend de l'ampleur, obtient des succès, se disloque, évite en partie la confrontation frontale avec le pouvoir mais réussit à construire une autre société en marge, ou plutôt plusieurs autres sociétés moins liberticides, moins sclérosées, sans renverser le pouvoir. À la fin du livre, on ne sait pas bien où tout ça va mener, tout reste ouvert.
Au final, le livre traite de bons sujets et c'est un livre plutôt intelligent. Enfin, pas tout le temps non plus, mais on peut trouver des trucs intelligents. Mais il est chiant à lire. Le style de l'auteur est très pénible. Il crée tout le temps des mots-valises, ce que je déteste. Et il multiplie les effets de style. On voit qu'il veut écrire un bouquin-choc, ce qui fait très prétentieux, presque antipathique. Et ce qui est très relou aussi, c'est que visiblement, pour lui, la révolution, c'est un truc de mecs (alors qu'historiquement, ça n'est pas vrai). Il y a un seul personnage féminin important dans le bouquin, et elle est essentiellement là pour le cul. Franchement, pour un mec de gauche radicale, c'est nul de nul. J'avais envie d'aimer ce lire et on y trouve certes des choses sympathiques, mais il a beaucoup trop de défauts.
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Re: Vos lectures du moment
Je ne lis presque plus de livres depuis quelques années. Je ne prends plus le temps. Je préfère souvent me cultiver, par exemple en approfondissant des sujets d'actualité ou techniques avec des IA (je sais ça va tiquer).
Mais quand je me remettrai à la lecture, ce sera pour du Jack Vance, et ce ne sera pas de la lecture rapide : je prendrai le temps de savourer toutes ses cabrioles. Les BDs de Nausicaä sont aussi en bonne place dans ma liste de futures lectures.
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