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Je viens de lire Le Talon de fer, de Jack London. C'est un roman d'anticipation publié en 1908, et qui décrit l'évolution de la société américaine et mondiale, et la vie du couple de héros du roman, dans les années 1910 et 1920, et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est pas rigolo. Mais IRL non plus, il n'y a pas eu que du rigolo à l'époque.En gros, le thème du roman, c'est de décrire comment l'oligarchie au pouvoir, quand elle est menacée par les aspirations démocratiques des peuples, préfère toujours se transformer en un pouvoir autoritaire et militariste dont elle sait qu'il ne remettra jamais en question les inégalités sociales. Autrement dit, comment les possédants capitalistes n'ont rien contre une dose (illusoire ou réelle) de démocratie tant que ça ne remet pas en cause leurs privilèges, mais serrent la vis dans la vis dans le cas contraire, et pour ce faire, recourent toujours aux mêmes méthodes afin de se fabriquer une légitimité publique : agitation de « menaces » (allant jusqu'à l'organisation de faux attentats et dénonciation de boucs émissaires), verrouillage des médias, caporalisation du parlement, corruption des syndicats réformistes, militarisation et policiarisation à outrance, complicité de l'église, etc.
À la lecture, c'est étonnant à quel point ce qui se passe dans le roman est proche de ce qui s'est passé dans la réalité, par exemple avant les deux guerres mondiales, mais pas seulement. Jack London apparaît comme un véritable visionnaire. Et même aujourd'hui, la similarité avec ce qui se passe en France et dans le monde est assez remarquable. Qu'on soit favorable à l'évolution actuelle de la société ou non, objectivement, les crédits militaires sont en forte hausse (toujours pour des bonnes raisons, bien sûr), l'exécutif prend le pas sur le parlementarisme, les mouvements de contestation sont criminalisés et réprimés, les lois d'urgence provisoires sont pérennisées, la sécurité prime sur les libertés individuelles, la concentration des médias dominants est totale, etc. Dans le roman, tout ça se termine en bain de sang, l'oligarchie matant toute révolte avec une violence inouïe (mais avec la presse qui déforme la réalité et/ou affirme que c'était nécessaire bien sûr). Dans le monde réel, je ne sais pas du tout où on va.
En réalité, London ne fait que vulgariser des théories marxistes. Parfois, il disserte un peu trop. Par exemple, son héros (qui est à son image) fait souvent face à ses contradicteurs. Il énonce des vérités sur l'injustice et les inégalités sociales inhérentes au capitalisme, mais à chaque fois, ses contradicteurs sont très maladroits (au contraire du héros qui est un orateur hors pair). Ils commencent par dire un peu gnagnagna c'est pas vrai, mais assez rapidement, vu qu'ils ont objectivement tort et que c'est indéniable, ils esquivent, ils versent dans la violence verbale. Ces scènes du roman semblent très naïves par rapport au monde réel. Alors oui, dans la réalité aussi, les « débatteurs » sont à peu près tous nuls ; ils ont plein de techniques (pas subtiles du tout) pour ne pas répondre, diffamer, contre-attaquer, dire de la merde, s'interrompre tout le temps les uns les auters, quel que soit leur bord, et la qualité des débats est systématiquement nulle. Mais c'est vraiment exagéré dans le roman ; ça fait très naïf d'avoir un tel contraste entre d'un côté le héros qui est calme, didactique, qui énonce des vérités et les démontre de manière incontestable, et de l'autre, tous les autres qui au bout de quelques secondes n'ont plus aucun argument. Dans la vraie vie, c'est beaucoup plus confus, et même les rares fois où quelqu'un n'est pas venu pour aller à la baston, mais juste pour expliquer calmement ce qu'il a à dire, en en appelant à la raison plutôt qu'aux émotions, alors de toute façon, personne ne le laisse parler.
Ce qui est habile de la part de l'auteur, c'est qu'il était déjà un écrivain connu et apprécié lorsqu'il a publié ce roman. Il avait un lectorat nombreux et hétérogène. Il savait qu'il serait lu, et qu'à travers lui, des thèses marxistes seraient lues par un public qui n'aurait jamais fait « naturellement » cette démarche. Et donc, c'est très malin. Il simplifie énormément ces thèses, presque à l'excès, mais c'était probablement nécessaire. Alors d'un côté, d'un point de vue littéraire, c'est pas toujours top ; on a une impression de marxisme expliqué aux petits enfants, mais d'un autre côté, ça a l'avantage de rendre très accessible des démonstrations à un public non averti. Et certes, c'est un bouquin militant, voire propagandiste, mais ça reste aussi un vrai roman d'anticipation qui préfigure par exemple Philip K. Dick.
Outre le style qui n'est pas toujours à la hauteur, je ferais deux reproches quant au contenu. D'abord, le rôle des femmes est un peu « oldschool ». Il est cantonné deux aspects traditionnels : soit la femme « soutien » des héros, militante et investie dans la lutte, logisticienne, intendante, mais pas en première ligne quand ça chauffe. Pourtant, London avait connaissance des événements de la commune de Paris, dont il s'est inspiré, et devait savoir que les femmes ont pris part aux combats autant que les hommes. Soit la femme fatale, qui lutte avec ses charmes. Tout ça manque de finesse. Ensuite, la masse des opprimés du capitalisme, de ceux qui n'ont pas d'activité militante et sont juste broyés au quotidien et vivent dans la misère, est décrite en des termes méprisants, avec des adjectifs bestiaux. London semble opérer une hiérarchie au sein de la classe des victimes du système : d'une part ceux qui ont les moyens physiques et intellectuels de lutter, d'autre part, cette masse bestiale.
Je pense que l'un dans l'autre, ça reste un livre à lire. On sent que l'auteur croit à l'importance de ce qu'il écrit, et confère un véritable souffle épique au roman.
traductions en ligne : boîte Master, Glantri, Age of Worms 1 à 8, etc.
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Re: Vos lectures du moment
Les références marxistes (plutôt même staliniennes, régimes totalitaires & co) se retrouvent aussi souvent dans les ouvrages de Terry Goodkind.
Là je commence la suite de " l'Epée de Vérité ", intitulé " Les enfants de d'Hara", ouvrages très critiqués car très minces (contrairement à l'épée de vérité) et vendus à prix d'or.
On se dit que l'auteur n'avait plus la vigueur d'écrire des romans fleuves et il est malheureusement décédé peu de temps après (la même année que la parution du dernier tome).
Pour vous donner une idée de la longueur, en 1h30 le premier tome est lu contre plus de 10h pour le 1er de l'épée de vérité.
Là je commence la suite de " l'Epée de Vérité ", intitulé " Les enfants de d'Hara", ouvrages très critiqués car très minces (contrairement à l'épée de vérité) et vendus à prix d'or.
On se dit que l'auteur n'avait plus la vigueur d'écrire des romans fleuves et il est malheureusement décédé peu de temps après (la même année que la parution du dernier tome).
Pour vous donner une idée de la longueur, en 1h30 le premier tome est lu contre plus de 10h pour le 1er de l'épée de vérité.
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Re: Vos lectures du moment
J'en ai retenu une contrée très bureaucratique avec des guildes bien cloisonnée (à chacun son métier) et des permis pour tout, donc noyée dans la bureaucratie.
L'épée de vérité, à travers ses tomes n'est pas toujours égal en qualité, mais il y a des idées intéressantes pour un MD. A noter une série télé qui me fait penser à Shannara pour la façon dont elle a été tournée.
Apprenez à penser par vous même, sinon d'autres le feront pour vous.
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Re: Vos lectures du moment
Salut à tous,
Je vous partage une nouvelle dont la scène m'avait servi à écrire une introduction de scénario en flash forward. Il fait malheureusement partie du nombre que je n'ai jamais fait jouer...
Pazuzu
Je suis assis au sol, dos à un lourd fauteuil de velours rouge, les genoux repliés contre ma poitrine dans une pièce qui semble être un salon. Il fait nuit. Toutes les lumières sont éteintes. À l’extérieur, la lune est ronde et brillante. Je distingue sur ma droite un homme dans la cinquantaine avec de petites lunettes en acier, au-dessus d’une moustache en brosse à dents, l’air hagard, recroquevillé contre un mur, entre deux hautes fenêtres qui descendent jusqu’au sol. Des gouttes de transpiration perlent sur son front. Il a un revolver dans une main. De l’autre, il s’agrippe à un énorme livre. Entre nous, sur le parquet, est tracé un pentacle avec une encre sombre, épaisse et encore humide. Tout autour sont dessinées des runes étranges. La scène est plongée dans un silence assourdissant. Je ressens avec une certaine répulsion le poids et la froideur d’un objet que je serre contre moi. Un fusil Lebel.
Un mouvement rapide attire mon attention à ma droite. Une jeune femme chapeautée comme un dimanche surgit d’un coin d’ombre du salon en désordre, de l’appartement ; sans doute cossu ; probablement parisien. Une mitraillette MP18 en bandoulière, elle redresse un matelas contre une des deux fenêtres de la pièce. Une trousse en cuir portant une croix rouge dans un cercle blanc repose contre le mur à côté d’elle. Le type à lunettes assis entre les deux fenêtres n’a pas bougé. Sa bouche reste entrouverte. Ses yeux vides fixent un horizon bien au-delà de la pièce, comme si son esprit avait quitté son corps. Un terrible larsen me vrille les tympans.
Derrière moi, sur la gauche, un homme grand et solide pousse un buffet à vaisselle contre la porte d’entrée. Il transpire et sa bouche gesticule dans tous les sens pendant que des assiettes sortent du meuble et se brisent au sol. Je commence à distinguer des sons étouffés, très loin, sans comprendre les mots. Pourtant, le gaillard a tout l’air de s’égosiller en me regardant.
Comment avons-nous pu en arriver là ? Je ferme les yeux. Je me souviens. Nous nous fréquentions à l’académie des sciences hermétiques. Vingt-huit jours plus tôt, je participais à un rituel avec ces trois personnes. Une créature est apparue. Sans doute qu’aucun de nous n’y croyait réellement avant que cela se produise. Ce doit être pour cela que toute l’expérience est allée de travers. Le petit homme à lunette, c’est lui qui nous a entraînés là-dedans. Il n’a pas réussi à la contrôler comme promis et nous voilà à nouveau rassemblés, une lune plus tard, pour réparer notre erreur.
Le sifflement qui m’assourdit s’estompe. Quand je rouvre les yeux, la scène qui se déroule autour de moi est surréaliste. Le déménageur baraqué m’incite à y prendre part. Il m’ordonne d’un ton directif, amplifié par un fort accent allemand, de charger mon arme. Il sort lui-même deux cartouches de chasse de la poche de sa veste, bascule les canons sciés de son calibre douze et les engage dans les tubes. De l’autre côté de la pièce, la jeune femme accroupie vérifie le revolver de son voisin apeuré, toujours assis au sol, et le motive sans ménagement. Elle l’attrape par le col de son manteau et l’invective pour lui faire reprendre conscience. Comme si mon esprit préfère s’éloigner de ce chaos, je m’attarde à distinguer chaque intonation de son accent américain.
Le type balaise à côté de moi a maintenant l’air complètement hystérique, presque en transe. Il s’arc-boute avec force contre le buffet. Sa bouche se désarticule et les muscles de son cou se tendent, prêts à se déchirer : la situation a réveillé quelque chose en lui qui fait appel à de vieux réflexes. Un « quelque chose » qui n’est sans doute pas le plus beau de sa personne.
« Ils safent où on est, Sie kommen. On doit frapper afant qu’ils entrent. Besiege dich, ou nous mourrons ». Je hoche la tête. Plus pour ne pas fâcher un homme qui tient un fusil de chasse que pour donner du crédit à son délire. D’ailleurs, que fait un type avec un tel accent allemand, un fusil à la main en France ? C’est fini, on a gagné non ? « Quand tu peux, tu tires. Tout ce qui est derrière la porte, du schießt. Verstehen Sie, ya ? » Son excitation me communique un stress énorme et j’arme machinalement le Lebel d’une main tremblante. Le moustachu à lunettes semble encore moins que moi prendre conscience de la situation, toujours rudoyé par la jeune femme qui jette des coups d’œil nerveux au-dehors, par le côté du matelas plaqué contre la vitre. Tous les lampadaires sont éteints dans la rue, nous informe-t-elle. Je repense à cet article du petit parisien qui exigeait de la mairie que le gaz soit remis dans les avenues principales et à tous les étages, comme avant la guerre.
La lune est puissante cette nuit et pour ce que je vois de l’extérieur, nous devons être au deuxième étage. À ce moment de ma contemplation, quelqu’un frappe à la porte. Mais nul ne frappe ainsi à une porte, en tout cas, pas « quelqu’un » et pas s’il n’a pas envie de la jeter à terre. Le verrou et le pêne de la porte sautent à la première charge. Le buffet et l’Allemand reculent. Il tire les deux cartouches de son fusil de chasse. La décharge crée un trou béant à travers lequel, j’ai juste le temps de voir une lourde masse reculer et pousser un cri cauchemardesque qu’aucune gorge humaine ne pourrait jamais émettre. L’Allemand s’assoit derrière le buffet et pousse sur ses jambes pour le recoller contre le mur. Il éjecte les cartouches vides, encore fumantes, et les remplace par deux nouvelles ; une fraction de seconde avant que l’Américaine se retourne et tire une courte rafale sur la porte pour appuyer la dissuasion. La fumée remplit la pièce et l’odeur de poudre mes narines.
À genoux derrière le fauteuil, mon fusil pointé vers le sol, j’ai les yeux écarquillés en assistant à cette scène. Quelque chose bouge dans le couloir. Je me redresse et tire sur ce que j’ai cru voir à travers le trou, mais le deuxième coup de boutoir est plus fort que le premier. La porte s’entrouvre. Le buffet recule. L’Allemand, toujours assis, pousse à nouveau sur ses jambes et regagne le terrain perdu. Les assauts cessent un instant. Pas assez longtemps pour que mon esprit recolle les morceaux de ce cauchemar. Un tremblement terrible puis un hurlement intense me terrifient soudain. Je me retourne juste à temps, pour apercevoir les jambes du moustachu happées à l’extérieur de l’appartement, ainsi qu’une partie du mur derrière lequel il était caché. Toute la fenêtre et ses montants viennent de voler en éclat, arrachés par une force incalculable. Je ne saurais expliquer ce que j’ai vu exactement ni ce qui l’a attrapé et c’est sans doute mieux ainsi. La femme à la mitraillette vide son chargeur par la fenêtre.
Quelqu’un d’autre crie dans la pièce. Je crois que c’est moi. J’entends à nouveau la détonation du fusil de chasse, mais très loin de moi cette fois. En sortant la tête de derrière le fauteuil, je vois une chose pliée en deux dans l’espace vide de la fenêtre, sa taille immense et les deux paires d’ailes membraneuses dans son dos empêchent la lune de nous éclairer. Elle est posée sur deux longues pattes maigres qui soutiennent un corps décharné muni de bras disproportionnés, terminés par des poignards dentelés, et surmonté d’un organe allongé duquel surgissent deux globes noirs et brillants aux facettes multiples qui se tournent vers moi. Ça me regarde. Sa haine de tout ce que je suis me transperce jusqu’au plus profond de mon âme. La vue de cette atrocité en ombre chinoise me pétrifie.
La réalité devient floue. Je ne crois plus décider consciemment de mes actes. Toujours assis au sol derrière le fauteuil, j’arme le fusil. Je tourne le canon face à moi en tenant la crosse avec les pieds. Tout s’arrête.
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Je suis assis au sol, dos à un lourd fauteuil de velours rouge, les genoux repliés contre ma poitrine dans une pièce qui semble être un salon. Il fait nuit. Toutes les lumières sont éteintes. À l’extérieur, la lune est ronde et brillante. Je distingue sur ma droite un homme dans la cinquantaine avec de petites lunettes en acier, au-dessus d’une moustache en brosse à dents, l’air hagard, recroquevillé contre un mur, entre deux hautes fenêtres qui descendent jusqu’au sol. Des gouttes de transpiration perlent sur son front. Il a un revolver dans une main. De l’autre, il s’agrippe à un énorme livre. Entre nous, sur le parquet, est tracé un pentacle avec une encre sombre, épaisse et encore humide. Tout autour sont dessinées des runes étranges. La scène est plongée dans un silence assourdissant. Je ressens avec une certaine répulsion le poids et la froideur d’un objet que je serre contre moi. Un fusil Lebel.
Un mouvement rapide attire mon attention à ma droite. Une jeune femme chapeautée comme un dimanche surgit d’un coin d’ombre du salon en désordre, de l’appartement ; sans doute cossu ; probablement parisien. Une mitraillette MP18 en bandoulière, elle redresse un matelas contre une des deux fenêtres de la pièce. Une trousse en cuir portant une croix rouge dans un cercle blanc repose contre le mur à côté d’elle. Le type à lunettes assis entre les deux fenêtres n’a pas bougé. Sa bouche reste entrouverte. Ses yeux vides fixent un horizon bien au-delà de la pièce, comme si son esprit avait quitté son corps. Un terrible larsen me vrille les tympans.
Derrière moi, sur la gauche, un homme grand et solide pousse un buffet à vaisselle contre la porte d’entrée. Il transpire et sa bouche gesticule dans tous les sens pendant que des assiettes sortent du meuble et se brisent au sol. Je commence à distinguer des sons étouffés, très loin, sans comprendre les mots. Pourtant, le gaillard a tout l’air de s’égosiller en me regardant.
Comment avons-nous pu en arriver là ? Je ferme les yeux. Je me souviens. Nous nous fréquentions à l’académie des sciences hermétiques. Vingt-huit jours plus tôt, je participais à un rituel avec ces trois personnes. Une créature est apparue. Sans doute qu’aucun de nous n’y croyait réellement avant que cela se produise. Ce doit être pour cela que toute l’expérience est allée de travers. Le petit homme à lunette, c’est lui qui nous a entraînés là-dedans. Il n’a pas réussi à la contrôler comme promis et nous voilà à nouveau rassemblés, une lune plus tard, pour réparer notre erreur.
Le sifflement qui m’assourdit s’estompe. Quand je rouvre les yeux, la scène qui se déroule autour de moi est surréaliste. Le déménageur baraqué m’incite à y prendre part. Il m’ordonne d’un ton directif, amplifié par un fort accent allemand, de charger mon arme. Il sort lui-même deux cartouches de chasse de la poche de sa veste, bascule les canons sciés de son calibre douze et les engage dans les tubes. De l’autre côté de la pièce, la jeune femme accroupie vérifie le revolver de son voisin apeuré, toujours assis au sol, et le motive sans ménagement. Elle l’attrape par le col de son manteau et l’invective pour lui faire reprendre conscience. Comme si mon esprit préfère s’éloigner de ce chaos, je m’attarde à distinguer chaque intonation de son accent américain.
Le type balaise à côté de moi a maintenant l’air complètement hystérique, presque en transe. Il s’arc-boute avec force contre le buffet. Sa bouche se désarticule et les muscles de son cou se tendent, prêts à se déchirer : la situation a réveillé quelque chose en lui qui fait appel à de vieux réflexes. Un « quelque chose » qui n’est sans doute pas le plus beau de sa personne.
« Ils safent où on est, Sie kommen. On doit frapper afant qu’ils entrent. Besiege dich, ou nous mourrons ». Je hoche la tête. Plus pour ne pas fâcher un homme qui tient un fusil de chasse que pour donner du crédit à son délire. D’ailleurs, que fait un type avec un tel accent allemand, un fusil à la main en France ? C’est fini, on a gagné non ? « Quand tu peux, tu tires. Tout ce qui est derrière la porte, du schießt. Verstehen Sie, ya ? » Son excitation me communique un stress énorme et j’arme machinalement le Lebel d’une main tremblante. Le moustachu à lunettes semble encore moins que moi prendre conscience de la situation, toujours rudoyé par la jeune femme qui jette des coups d’œil nerveux au-dehors, par le côté du matelas plaqué contre la vitre. Tous les lampadaires sont éteints dans la rue, nous informe-t-elle. Je repense à cet article du petit parisien qui exigeait de la mairie que le gaz soit remis dans les avenues principales et à tous les étages, comme avant la guerre.
La lune est puissante cette nuit et pour ce que je vois de l’extérieur, nous devons être au deuxième étage. À ce moment de ma contemplation, quelqu’un frappe à la porte. Mais nul ne frappe ainsi à une porte, en tout cas, pas « quelqu’un » et pas s’il n’a pas envie de la jeter à terre. Le verrou et le pêne de la porte sautent à la première charge. Le buffet et l’Allemand reculent. Il tire les deux cartouches de son fusil de chasse. La décharge crée un trou béant à travers lequel, j’ai juste le temps de voir une lourde masse reculer et pousser un cri cauchemardesque qu’aucune gorge humaine ne pourrait jamais émettre. L’Allemand s’assoit derrière le buffet et pousse sur ses jambes pour le recoller contre le mur. Il éjecte les cartouches vides, encore fumantes, et les remplace par deux nouvelles ; une fraction de seconde avant que l’Américaine se retourne et tire une courte rafale sur la porte pour appuyer la dissuasion. La fumée remplit la pièce et l’odeur de poudre mes narines.
À genoux derrière le fauteuil, mon fusil pointé vers le sol, j’ai les yeux écarquillés en assistant à cette scène. Quelque chose bouge dans le couloir. Je me redresse et tire sur ce que j’ai cru voir à travers le trou, mais le deuxième coup de boutoir est plus fort que le premier. La porte s’entrouvre. Le buffet recule. L’Allemand, toujours assis, pousse à nouveau sur ses jambes et regagne le terrain perdu. Les assauts cessent un instant. Pas assez longtemps pour que mon esprit recolle les morceaux de ce cauchemar. Un tremblement terrible puis un hurlement intense me terrifient soudain. Je me retourne juste à temps, pour apercevoir les jambes du moustachu happées à l’extérieur de l’appartement, ainsi qu’une partie du mur derrière lequel il était caché. Toute la fenêtre et ses montants viennent de voler en éclat, arrachés par une force incalculable. Je ne saurais expliquer ce que j’ai vu exactement ni ce qui l’a attrapé et c’est sans doute mieux ainsi. La femme à la mitraillette vide son chargeur par la fenêtre.
Quelqu’un d’autre crie dans la pièce. Je crois que c’est moi. J’entends à nouveau la détonation du fusil de chasse, mais très loin de moi cette fois. En sortant la tête de derrière le fauteuil, je vois une chose pliée en deux dans l’espace vide de la fenêtre, sa taille immense et les deux paires d’ailes membraneuses dans son dos empêchent la lune de nous éclairer. Elle est posée sur deux longues pattes maigres qui soutiennent un corps décharné muni de bras disproportionnés, terminés par des poignards dentelés, et surmonté d’un organe allongé duquel surgissent deux globes noirs et brillants aux facettes multiples qui se tournent vers moi. Ça me regarde. Sa haine de tout ce que je suis me transperce jusqu’au plus profond de mon âme. La vue de cette atrocité en ombre chinoise me pétrifie.
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Jésus dit à ses compatriotes : La loi a été faite pour les esclaves, - aimez Dieu, comme je l'aime, comme son fils ! Que nous importe la morale, à nous autres fils de Dieu !
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- squilnozor
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Re: Vos lectures du moment
Il n'y a pas beaucoup de rapports entre Marx et Staline, hein.
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Re: Vos lectures du moment
Le marxisme est une utopie, sa transposition dévoyée a donné lieu au communisme, qui lui-même a été dévoyé en version totalitaire : le stalinisme.squilnozor a écrit : ↑Lun 12 Août 2024 15:19Il n'y a pas beaucoup de rapports entre Marx et Staline, hein.
Donc heureusement, le marxisme est à des années lumières du stalinisme, il n'empêche que le stalinisme s'en réclame, poursuivant des buts proches mais par des moyens contraires.
C'est un peu comme le Comité de Salut Public sous la RF, on se réclame des idées des lumières pour opprimer et massacrer à tour de bras.
- Ludwig
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Re: Vos lectures du moment
J'ai trouvé ce bouquin dans une armoire :
https://www.fnac.com/a1235564/Armel-de- ... s-francais
La vie des Francais sur 800 ans selon un historien de sang noble.
C'est très interessant et enrichissant : demontez vos idées pré machées et pourries par la Revolution et par la Republique. Alors certes, tout n'est pas à garder, c'est très orienté mais y'a beaucoup à apprendre
https://www.fnac.com/a1235564/Armel-de- ... s-francais
La vie des Francais sur 800 ans selon un historien de sang noble.
C'est très interessant et enrichissant : demontez vos idées pré machées et pourries par la Revolution et par la Republique. Alors certes, tout n'est pas à garder, c'est très orienté mais y'a beaucoup à apprendre
Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car Tu es avec moi
Ps.23
BR-SPMd / DKMD / BR-SPTu / FotF / BR-SPTh / BR-SPSk
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- Cadderly
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Re: Vos lectures du moment
Il y avait une excellente édition en PUF (je crois) quand j'étais en fac d'histoire, qui doit toujours exister.Ludwig a écrit : ↑Dim 25 Août 2024 17:55J'ai trouvé ce bouquin dans une armoire :
https://www.fnac.com/a1235564/Armel-de- ... s-francais
La vie des Francais sur 800 ans selon un historien de sang noble.
C'est très interessant et enrichissant : demontez vos idées pré machées et pourries par la Revolution et par la Republique. Alors certes, tout n'est pas à garder, c'est très orienté mais y'a beaucoup à apprendre
En fac, on est très orienté politique, formation du pouvoir, des idées, découverte du monde, mais en 8 ans, on n'a jamais étudié en détails la vie des gens ordinaires, sauf pour le 19e siècle.
Toujours été un regret pour moi.
- Ourob
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Re: Vos lectures du moment
N’est ce pas Histoire de la population française de Jacques Dupaquier ?
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phildu77
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Re: Vos lectures du moment
Meriadck, je te conseille plus les enquêtes de Hugh Corbett (sous Edouard I) que celles du juge Amerotkê (juge dans l'Egypte ancienne).
Hugues Corbett est un homme très cultivé, très fin un peu comme frère Althestan. Il est aidé par Ranulf, un voleur, coupe bourse et escroc qu'il a sauvé de la pendaison, qui lui sert tant de garde du corps que comme guide pour visiter les bas fonds. Les enquêtes sont différentes mais toutes aussi bonnes, Hugues Corbett devenant le chef des espions d'Edouard contre son homologue Philippe le Bel.
Je te conseille aussi, toujours de Paul Doherty, le cycle de Mathilde de Ferrers (livres : le calice des Esprits, le combat des Reines et le Règne du Chaos), toujours aussi déroutant et bien ficelé
Hugues Corbett est un homme très cultivé, très fin un peu comme frère Althestan. Il est aidé par Ranulf, un voleur, coupe bourse et escroc qu'il a sauvé de la pendaison, qui lui sert tant de garde du corps que comme guide pour visiter les bas fonds. Les enquêtes sont différentes mais toutes aussi bonnes, Hugues Corbett devenant le chef des espions d'Edouard contre son homologue Philippe le Bel.
Je te conseille aussi, toujours de Paul Doherty, le cycle de Mathilde de Ferrers (livres : le calice des Esprits, le combat des Reines et le Règne du Chaos), toujours aussi déroutant et bien ficelé
- Mériadec
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Re: Vos lectures du moment
Merci pour ces conseils !phildu77 a écrit : ↑Lun 26 Août 2024 19:24Meriadck, je te conseille plus les enquêtes de Hugh Corbett (sous Edouard I) que celles du juge Amerotkê (juge dans l'Egypte ancienne).
Hugues Corbett est un homme très cultivé, très fin un peu comme frère Althestan. Il est aidé par Ranulf, un voleur, coupe bourse et escroc qu'il a sauvé de la pendaison, qui lui sert tant de garde du corps que comme guide pour visiter les bas fonds. Les enquêtes sont différentes mais toutes aussi bonnes, Hugues Corbett devenant le chef des espions d'Edouard contre son homologue Philippe le Bel.
Je te conseille aussi, toujours de Paul Doherty, le cycle de Mathilde de Ferrers (livres : le calice des Esprits, le combat des Reines et le Règne du Chaos), toujours aussi déroutant et bien ficelé


