La Compagnie des Mains d’Or
- Stephanos
- Monstre errant
- Messages : 3
- Inscription : Jeu 26 Oct 2023 15:41
- Localisation :
- Version de D&D préférée : ?
- Univers de D&D préféré : ?
- Race : ?
- Classe : ?
- Alignement : ?
- Dieu :
La Compagnie des Mains d’Or
Bonjour à tous !
Nous venons de débuter une campagne issue du pack L’Essentiel Donjon et Dragons : « Le Dragon de la Flèche de Givre ».
Je retrace l’aventure de notre Compagnie comme un livre que vous pouvez retrouver ici :
https://www.wattpad.com/story/354229411 ... 2BzDaFMM5P
Voici le résumé :
Nouvellement formée, la Compagnie des Mains d'Or se retrouve à Phandaline pour y proposer son aide. Apeurée par un dragon des glaces qui a élu domicile dans la région, les habitants supplient nos héros de leur rendre la paix.
Et voici un extrait :
Une douce brise faisait frémir les feuilles des arbres tandis que des toitures de chaumes se dessinaient à l'horizon. Au creux des contreforts rocheux, Phandaline se découpait à l'orée d'un petit bois vert. Parmi les ruines de pierres s'élevaient de modestes bâtiments en rondins qui sentaient encore bon la sève, signe d'une reconquête de fraîche date. Des villageois s'affairaient dans une ambiance studieuse, convergeant vers deux bâtisses qui se distinguaient des autres par leurs aux hauts murs pavés.
L'estomac criant famine et la gorge râpeuse, la petite troupe poursuivit sa route et s'aventura dans le village en suivant les rires et éclats de voix qui filtraient entre les pierres de l'un des deux grands bâtiments. Un panonceau vermoulu qui se balançait au gré du vent à l'extrémité d'une tige métallique leur indiqua leur arrivée à l'Auberge de Rochecolline.
***
Poussant les lourdes double-portes en rondins, une chaleur joyeuse vint leur réchauffer le visage. Les conversations animées autour de bols de ragoût fumants et les chopes débordantes de mousse donnaient à cet endroit un aspect grisant. Les aventuriers s'avancèrent tout en lançant des regards curieux autour d'eux. Plusieurs têtes se tournèrent dans leur direction et dévisagèrent les nouveaux venus. Croralie, en effet, ne passait pas inaperçue par sa grande taille et son immense manteau de fourrure.
Se frayant un chemin entre les allées, un petit homme trapu portant un plateau s'approcha.
« Salutations, je suis Toblen Rochecolline, deuxième du nom, aubergiste, pour vous servir. De nombreux compagnons font halte par chez nous et c'est toujours un plaisir, annonçant-il avec un fort accent. Comment pourrais-je vous aider mes amis ?
Frertouf s'avança et se planta devant Toblen les poings sur les hanches.
- Nous sommes la Compagnie des Mains d'Or et nous voyageons depuis Padhiver. Nos ventre sont creux et nos gosiers secs. Quel ragoût servez-vous dans votre taverne ? Une recette naine je suppose ? avança-t-il en haussant un sourcil ses jointures s'enfonçant dans ses hanches.
L'aubergiste eut un discret mouvement de recul et pris un air soucieux.
- Je m'excuse Maître nain, mais c'est une formule de notre cru mise au point par feu mon père après avoir reconstruit ce lieu. C'est l'unique plat que nous servons et nos clients venant de tous horizons ne tarissent pas d'éloges à son propos...
- AH ! Le nain frappa dans ses mains. Rien ne vaut la nourriture naine, allez faire un tour dans les montagnes, vous m'en direz des nouvelles.
Vexé, Toblen se renfrogna.
J’espère que vous apprécierez nos aventures ! Je posterai les chapitres au fur et à mesure. N’hésitez pas à me faire part de vos retours.
À bientôt
Nous venons de débuter une campagne issue du pack L’Essentiel Donjon et Dragons : « Le Dragon de la Flèche de Givre ».
Je retrace l’aventure de notre Compagnie comme un livre que vous pouvez retrouver ici :
https://www.wattpad.com/story/354229411 ... 2BzDaFMM5P
Voici le résumé :
Nouvellement formée, la Compagnie des Mains d'Or se retrouve à Phandaline pour y proposer son aide. Apeurée par un dragon des glaces qui a élu domicile dans la région, les habitants supplient nos héros de leur rendre la paix.
Et voici un extrait :
Une douce brise faisait frémir les feuilles des arbres tandis que des toitures de chaumes se dessinaient à l'horizon. Au creux des contreforts rocheux, Phandaline se découpait à l'orée d'un petit bois vert. Parmi les ruines de pierres s'élevaient de modestes bâtiments en rondins qui sentaient encore bon la sève, signe d'une reconquête de fraîche date. Des villageois s'affairaient dans une ambiance studieuse, convergeant vers deux bâtisses qui se distinguaient des autres par leurs aux hauts murs pavés.
L'estomac criant famine et la gorge râpeuse, la petite troupe poursuivit sa route et s'aventura dans le village en suivant les rires et éclats de voix qui filtraient entre les pierres de l'un des deux grands bâtiments. Un panonceau vermoulu qui se balançait au gré du vent à l'extrémité d'une tige métallique leur indiqua leur arrivée à l'Auberge de Rochecolline.
***
Poussant les lourdes double-portes en rondins, une chaleur joyeuse vint leur réchauffer le visage. Les conversations animées autour de bols de ragoût fumants et les chopes débordantes de mousse donnaient à cet endroit un aspect grisant. Les aventuriers s'avancèrent tout en lançant des regards curieux autour d'eux. Plusieurs têtes se tournèrent dans leur direction et dévisagèrent les nouveaux venus. Croralie, en effet, ne passait pas inaperçue par sa grande taille et son immense manteau de fourrure.
Se frayant un chemin entre les allées, un petit homme trapu portant un plateau s'approcha.
« Salutations, je suis Toblen Rochecolline, deuxième du nom, aubergiste, pour vous servir. De nombreux compagnons font halte par chez nous et c'est toujours un plaisir, annonçant-il avec un fort accent. Comment pourrais-je vous aider mes amis ?
Frertouf s'avança et se planta devant Toblen les poings sur les hanches.
- Nous sommes la Compagnie des Mains d'Or et nous voyageons depuis Padhiver. Nos ventre sont creux et nos gosiers secs. Quel ragoût servez-vous dans votre taverne ? Une recette naine je suppose ? avança-t-il en haussant un sourcil ses jointures s'enfonçant dans ses hanches.
L'aubergiste eut un discret mouvement de recul et pris un air soucieux.
- Je m'excuse Maître nain, mais c'est une formule de notre cru mise au point par feu mon père après avoir reconstruit ce lieu. C'est l'unique plat que nous servons et nos clients venant de tous horizons ne tarissent pas d'éloges à son propos...
- AH ! Le nain frappa dans ses mains. Rien ne vaut la nourriture naine, allez faire un tour dans les montagnes, vous m'en direz des nouvelles.
Vexé, Toblen se renfrogna.
J’espère que vous apprécierez nos aventures ! Je posterai les chapitres au fur et à mesure. N’hésitez pas à me faire part de vos retours.
À bientôt
- Hallacar
- Dracoliche
- Messages : 14438
- Inscription : Ven 4 Déc 2015 09:34
- Localisation : Yvelines
- Version de D&D préférée : AD&D1 + UA
- Univers de D&D préféré : Laelith
- Race : Humain
- Classe : Rôdeur
- Alignement : Loyal Neutre
- Dieu : ?
- Mini Feuille de perso : Terres de Leyt - Eterny : Galdras
Mystarillia : Vasiliev Alsenko
Les sentiers de la gloire : MJ
L'appel de étoiles : Kyriel
Les Pierres du Destin : Elendhel
Terres de Leyt - Nejshra : Nubio Radjaka
Les Chroniques du Chaos: Enguerrand de Branaur
Re: La Compagnie des Mains d’Or
on attend la suite
- Stephanos
- Monstre errant
- Messages : 3
- Inscription : Jeu 26 Oct 2023 15:41
- Localisation :
- Version de D&D préférée : ?
- Univers de D&D préféré : ?
- Race : ?
- Classe : ?
- Alignement : ?
- Dieu :
Re: La Compagnie des Mains d’Or
Voici l’ensemble du prologue. Bonne lecture !
La Compagnie des Mains d’Or fait partie de ces groupes d’aventuriers qui se sont constitués au détour d’un chemin, et que rien ne présageait à se rencontrer.
Vitelotte appartenait à un petit village d’Halfelins aux pieds-légers. Agile et ingénieuse, elle avait loué ses services de dératiseuse, et ouvert une cossue petite échoppe. Mais la jeune femme rêvait d’un tout autre destin. En effet, sa famille méprisait ses efforts et considéraient avec dédain son métier comme une occupation sale et malsaine. Vitelotte aurait tout donné pour partir à l’aventure et prouver à tous ce dont elle était capable. Mais malgré sa dextérité, elle avait une peur bleue de tout ce qu’elle ne connaissait pas. Elle noyait donc sa peine tous les soirs à la taverne, se promettant qu’elle partirait le lendemain.
Un soir qu’elle engloutissait une pinte de bière, les lames du parquet tremblèrent et toutes les conversations se turent. Un frisson glacé parcouru son échine et se retourna lentement, retenant son souffle. Une immense silhouette se redressa de toute sa hauteur après avoir passé l’embrasure de la porte. Elle était immense. Un manteau de fourrure était jeté négligemment sur ses épaules, et son bras était bardé de tatouages. Son crâne rasé de près touchait presque le plafond tandis que ses yeux cerclés d’une sombre poudre d’améthyste brillaient en toisant l’assemblée. Vitelotte sentit son cœur s’emballer.
Je dois la convaincre de partir avec elle ! Voilà mon occasion, s’enthousiasma la jeune halfeline.
Croralie s’avança d’un pas assuré. En deux enjambées elle parvint au comptoir.
« Qu’on me serve un grand bol de ragout et un tonneau de votre meilleur bière, gronda-t-elle faisant fit des regards indiscrets.
Le tavernier se recroquevilla.
- B…bien, souhaitez vous autre chose ? Bredouilla-t-il.
- Une chaise à ma taille, souria-t-elle découvrant une dentition carnassière.
Tournant les talons, elle partit s’installer non loin de Vitelotte.
Malgré sa carrure imposante, Croralie était en réalité lassée de son étiquette de gladiatrice. Sous le joug de ses parents, elle avait été entrainé au combat dès son plus jeune âge. Un jour, alors qu’elle était partie s’exercer à l’orée d’une caverne adoptée comme refuge quand l’épuisement la gagnait, des cris lui parvinrent depuis son camp proche. Alertée, elle se précipita. Hors d’haleine, elle découvrit un terrible spectacle. Le camp avait été retourné, les tentes éventrées, les affaires éparpillées. Gisant sur le sol au milieu des décombres, les corps sans vie des membres de la tribu étaient encore chauds, bardés de profondes balafres et de morsures immenses. Une rage insondable l’envahie, et elle se jura de venger sa famille en effaçant du monde tous ceux qu’elle ne jugeait pas digne d’en fouler les chemins.
- Madame, je me présente, je m’appelle Vitelotte et je suis dératiseuse. Je pourrais vous être indispensable, fit une voix fluette.
Tirée de ses pensées, Croralie baissa les yeux pour apercevoir une jeune femme gracile aux courts cheveux bouclés et aux grands yeux bruns plantée devant elle.
- Je suis experte en pièges et je peux vous aider à capturer votre nourriture quand vous êtes en voyage, renchérît-elle.
Amusée, Croralie plissa les yeux.
- Et pourquoi crois-tu que je peux avoir besoin d’aide, demi-portion ?
Sentant ses mains moites et les gouttes de sueurs ruisselant dans son dos, Vitelotte ne se laissa pas démonter pour autant.
- Je peux aussi servir d’appât… risqua-t-elle, en regrettant immédiatement ses paroles.
La barbare sembla réfléchir quelques instants.
- Bien. Marché conclu. Mais tu devras apprendre à crocheter des portes et piller bourses et coffres.
La petite halfeline ne pu contenir son excitation.
- Rendez-vous devant la forêt dans une heure. Ne sois pas en retard, je ne t’attendrai pas. »
À des lieues de là, perdu dans les montagnes, Frertouf, issu du puissant clan nain des Traubons, s’était reclus dans un monastère comme le faisait tout nain passé ses 100 ans, pour suivre la voie religieuse. Alors qu’il méditait intensément sur les pierres précieuses, un phénomène étrange se produisit. Le lapis que le moine avait entreposé au milieu des autres pierres, se mis à pulser d’une intense lumière, et une voix roque s’éleva.
« Oh toi, disciple de Moradin, tu es destiné à un avenir plus grand, qui dépasse tout ce que tu peux imaginer. Tu vas dès cet instant parcourir les territoires des Forgotten Realms pour répandre ma parole et accroître l’honneur de ton clan. »
Et dans un souffle le lapis arrêta de luire. Frertouf s’inclina et entrepris de rassembler ses quelques effets personnels dans un vieux sac élimé. Déterminé, il poussa les lourdes portes du monastère.
En contre-bas, dans une épaisse forêt d’ifs, vivait un druide solitaire. Écoutant le bruissement des arbres, Sifflo était allongé dans la mousse non loin de l’entrée de sa hutte. Un cri perçant transperça le calme environnant. Ouvrant paisiblement les yeux, il ne sembla pas surpris par l’arrivée impromptue d’un immense faucon qui se posa sur une pierre à moitié ensevelie.
« Bonjour Maître, souffla le gnome en se redressant. Que me vaut cette visite ?
L’oiseau le toisa de ses yeux jaunes et une voix grave résonna.
- Ton frère ainé, Malbus, est mort. Il a été tué par un roublard qui te connaissait, Sifflo.
- Le même roublard que j’ai jadis surpris entrain de s’introduire dans la salle du trésor et pour lequel j’ai donné l’alerte ?
- Lui-même. Et il t’accuse d’avoir ensorcelé ton frère avec de la magie noire et clame l’avoir libéré.
- Moi, de la magie noire ? Jamais ! S’emporta-t-il. Je dois prévenir Nilane. Sais-tu où il se trouve ?
- Ton cadet est en sécurité avec ta famille. Si tu y retournes, tu sais qu’ils te feront prisonnier. Et si tu restes ici, ils te trouveront. Tu dois fuir.
- Mais…
- Ne discute pas. Vas-t-en.
- Bien Maître, se résigna Sifflo, inclinant la tête. »
Le majestueux faucon déploya ses ailes et repris son envol.
Le jeune gnome le regarda s’élever dans le ciel et le suivit jusqu’à ce que la canopée l’engloutisse. Il n’avait jamais été proche de ses frères ou de sa famille, mais il gardait cependant un attachement pour ses racines. Les animaux de la forêts avec qui il communiquait parfois lui tenaient compagnie. Il promena son regard autour de lui, sur sa cabane en terre au toit de mousse, et sur son lieu de paix.
Le coeur gros, il se leva, récupéra son bâton tressé et rassembla ses affaires.
Par les fenêtres ouvertes d’une auberge s’élevait un air de flûte enjôleur, entrecoupé de chant mystique. Tous les regards étaient tournés vers le barde. Des ricanements fusaient de temps à autre, les vagues des conversations reprenaient et mourraient à nouveau quand il entonnait un nouvel air.
D’un mouvement de tête, Calcafracas replaça une longue mèche bleue qui lui tombait devant les yeux, et repris sa musique. Il aspirait à devenir le meilleur barde de la région, et faire salle comble tous les soirs. Il avait même déjà choisi son nom de scène, « Cas » pour les intimes. Mais il en était encore loin, et redoutait le moment où il devrait s’arrêter de jouer et revenir à son quotidien de cordonnier. Il avait d’ailleurs arrêté de porter des chaussures tant il éprouvait de mépris pour leur fabrication.
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas que l’amadou qu’il avait subtilisé plus tôt sur une table venait de glisser imperceptiblement de sa poche. Il ne remarqua pas non plus que le demi-orc assis à la table en face de lui fumait une vieille pipe vermoulue, en envoyant des cendres s’envoler dans toutes les directions.
Ses narines se trouvèrent chatouillées par une odeur acre et piquante qui semblait s’élever du sol.
« Au feu ! Au feu ! Qu’on cherche de l’eau ! crièrent des voix. »
Cas s’interrompit, tandis que la scène sur laquelle il se trouvait était effectivement en proie aux flammes. Sans demander son reste, il profita de la pagaille générale pour raccrocher sa flute de pan à son ceinturon et déguerpir. Il n’était pas le seul à avoir eu cette idée et se retrouva bloqué par la foule. Jouant de ses cornes, il se fraya un chemin jusqu’à l’air libre et constata impuissant la propagation des flammes à l’échoppe de cordonnerie de sa guilde accolée à l’auberge.
Mortifié, il s’enfuit dans la nuit.
Les chemins de Vitelotte, Croralie, Frertouf et Sifflo se croisèrent au détour de la taverne du village de Padhiver.
Accoudés au comptoir, Frertouf et Sifflo dévoraient goulûment leur ragout. Croralie et Vitelotte étaient un peu plus loin, assises à une table devant deux chopes de bière bien garnies. Elles conversaient à propos de rumeurs entendues au détour de leur route, concernant de grosses quantités de pièces d’or proposées en échange de la résolution de quêtes, non loin d’ici.
Frertouf tendit l’oreille. Les histoires d’argent l’intéressaient toujours. Il avait lui aussi entendu ces échos, et décida de se joindre à la conversation.
« Bien le bonjour, je n’ai pu m’empêcher d’entendre votre conversation et j’ai moi aussi entendu ces histoires. J’ai même quelques détails qui pourraient vous intéresser, mais vous devez m’emmener avec vous.
Croralie et Vitelotte se tournèrent vers lui.
- Tu sembles bien hardi, maître nain, pour venir nous faire de pareilles propositions. Penses-tu que je suis dupe ? renchérie la géante en levant sa chope.
- Non madame, mais je peux vous être utile. J’ai par exemple entendu que le village dont vous parlez porte le nom de Phandaline.
- Qu’est-ce qui nous dit que tu ne nous trompe pas ? poursuivit Vitelotte méfiante.
- Je suis un nain. J’aime ce qui brille. Et je me propose comme votre compagnon, je suis le mieux placé pour tenir les comptes, ajouta Frertouf.
- Je peux également vous venir en aide, fit une voix derrière lui.
Il s’écarta et un gnome des forêts apparu.
- Je sais m’orienter parfaitement dans les bois et j’ai un don inné pour la guérison qui pourrait vous êtes de la plus grande aide si nous devons combattre, ajouta Sifflo. »
Ils dévisagèrent le nouvel arrivant. D’un signe de tête entendu, la compagnie fraîchement créée fit s’entrechoquer leurs chopes, scellant ce qui deviendra une profonde amitié.
La Compagnie des Mains d’Or fait partie de ces groupes d’aventuriers qui se sont constitués au détour d’un chemin, et que rien ne présageait à se rencontrer.
Vitelotte appartenait à un petit village d’Halfelins aux pieds-légers. Agile et ingénieuse, elle avait loué ses services de dératiseuse, et ouvert une cossue petite échoppe. Mais la jeune femme rêvait d’un tout autre destin. En effet, sa famille méprisait ses efforts et considéraient avec dédain son métier comme une occupation sale et malsaine. Vitelotte aurait tout donné pour partir à l’aventure et prouver à tous ce dont elle était capable. Mais malgré sa dextérité, elle avait une peur bleue de tout ce qu’elle ne connaissait pas. Elle noyait donc sa peine tous les soirs à la taverne, se promettant qu’elle partirait le lendemain.
Un soir qu’elle engloutissait une pinte de bière, les lames du parquet tremblèrent et toutes les conversations se turent. Un frisson glacé parcouru son échine et se retourna lentement, retenant son souffle. Une immense silhouette se redressa de toute sa hauteur après avoir passé l’embrasure de la porte. Elle était immense. Un manteau de fourrure était jeté négligemment sur ses épaules, et son bras était bardé de tatouages. Son crâne rasé de près touchait presque le plafond tandis que ses yeux cerclés d’une sombre poudre d’améthyste brillaient en toisant l’assemblée. Vitelotte sentit son cœur s’emballer.
Je dois la convaincre de partir avec elle ! Voilà mon occasion, s’enthousiasma la jeune halfeline.
Croralie s’avança d’un pas assuré. En deux enjambées elle parvint au comptoir.
« Qu’on me serve un grand bol de ragout et un tonneau de votre meilleur bière, gronda-t-elle faisant fit des regards indiscrets.
Le tavernier se recroquevilla.
- B…bien, souhaitez vous autre chose ? Bredouilla-t-il.
- Une chaise à ma taille, souria-t-elle découvrant une dentition carnassière.
Tournant les talons, elle partit s’installer non loin de Vitelotte.
Malgré sa carrure imposante, Croralie était en réalité lassée de son étiquette de gladiatrice. Sous le joug de ses parents, elle avait été entrainé au combat dès son plus jeune âge. Un jour, alors qu’elle était partie s’exercer à l’orée d’une caverne adoptée comme refuge quand l’épuisement la gagnait, des cris lui parvinrent depuis son camp proche. Alertée, elle se précipita. Hors d’haleine, elle découvrit un terrible spectacle. Le camp avait été retourné, les tentes éventrées, les affaires éparpillées. Gisant sur le sol au milieu des décombres, les corps sans vie des membres de la tribu étaient encore chauds, bardés de profondes balafres et de morsures immenses. Une rage insondable l’envahie, et elle se jura de venger sa famille en effaçant du monde tous ceux qu’elle ne jugeait pas digne d’en fouler les chemins.
- Madame, je me présente, je m’appelle Vitelotte et je suis dératiseuse. Je pourrais vous être indispensable, fit une voix fluette.
Tirée de ses pensées, Croralie baissa les yeux pour apercevoir une jeune femme gracile aux courts cheveux bouclés et aux grands yeux bruns plantée devant elle.
- Je suis experte en pièges et je peux vous aider à capturer votre nourriture quand vous êtes en voyage, renchérît-elle.
Amusée, Croralie plissa les yeux.
- Et pourquoi crois-tu que je peux avoir besoin d’aide, demi-portion ?
Sentant ses mains moites et les gouttes de sueurs ruisselant dans son dos, Vitelotte ne se laissa pas démonter pour autant.
- Je peux aussi servir d’appât… risqua-t-elle, en regrettant immédiatement ses paroles.
La barbare sembla réfléchir quelques instants.
- Bien. Marché conclu. Mais tu devras apprendre à crocheter des portes et piller bourses et coffres.
La petite halfeline ne pu contenir son excitation.
- Rendez-vous devant la forêt dans une heure. Ne sois pas en retard, je ne t’attendrai pas. »
À des lieues de là, perdu dans les montagnes, Frertouf, issu du puissant clan nain des Traubons, s’était reclus dans un monastère comme le faisait tout nain passé ses 100 ans, pour suivre la voie religieuse. Alors qu’il méditait intensément sur les pierres précieuses, un phénomène étrange se produisit. Le lapis que le moine avait entreposé au milieu des autres pierres, se mis à pulser d’une intense lumière, et une voix roque s’éleva.
« Oh toi, disciple de Moradin, tu es destiné à un avenir plus grand, qui dépasse tout ce que tu peux imaginer. Tu vas dès cet instant parcourir les territoires des Forgotten Realms pour répandre ma parole et accroître l’honneur de ton clan. »
Et dans un souffle le lapis arrêta de luire. Frertouf s’inclina et entrepris de rassembler ses quelques effets personnels dans un vieux sac élimé. Déterminé, il poussa les lourdes portes du monastère.
En contre-bas, dans une épaisse forêt d’ifs, vivait un druide solitaire. Écoutant le bruissement des arbres, Sifflo était allongé dans la mousse non loin de l’entrée de sa hutte. Un cri perçant transperça le calme environnant. Ouvrant paisiblement les yeux, il ne sembla pas surpris par l’arrivée impromptue d’un immense faucon qui se posa sur une pierre à moitié ensevelie.
« Bonjour Maître, souffla le gnome en se redressant. Que me vaut cette visite ?
L’oiseau le toisa de ses yeux jaunes et une voix grave résonna.
- Ton frère ainé, Malbus, est mort. Il a été tué par un roublard qui te connaissait, Sifflo.
- Le même roublard que j’ai jadis surpris entrain de s’introduire dans la salle du trésor et pour lequel j’ai donné l’alerte ?
- Lui-même. Et il t’accuse d’avoir ensorcelé ton frère avec de la magie noire et clame l’avoir libéré.
- Moi, de la magie noire ? Jamais ! S’emporta-t-il. Je dois prévenir Nilane. Sais-tu où il se trouve ?
- Ton cadet est en sécurité avec ta famille. Si tu y retournes, tu sais qu’ils te feront prisonnier. Et si tu restes ici, ils te trouveront. Tu dois fuir.
- Mais…
- Ne discute pas. Vas-t-en.
- Bien Maître, se résigna Sifflo, inclinant la tête. »
Le majestueux faucon déploya ses ailes et repris son envol.
Le jeune gnome le regarda s’élever dans le ciel et le suivit jusqu’à ce que la canopée l’engloutisse. Il n’avait jamais été proche de ses frères ou de sa famille, mais il gardait cependant un attachement pour ses racines. Les animaux de la forêts avec qui il communiquait parfois lui tenaient compagnie. Il promena son regard autour de lui, sur sa cabane en terre au toit de mousse, et sur son lieu de paix.
Le coeur gros, il se leva, récupéra son bâton tressé et rassembla ses affaires.
Par les fenêtres ouvertes d’une auberge s’élevait un air de flûte enjôleur, entrecoupé de chant mystique. Tous les regards étaient tournés vers le barde. Des ricanements fusaient de temps à autre, les vagues des conversations reprenaient et mourraient à nouveau quand il entonnait un nouvel air.
D’un mouvement de tête, Calcafracas replaça une longue mèche bleue qui lui tombait devant les yeux, et repris sa musique. Il aspirait à devenir le meilleur barde de la région, et faire salle comble tous les soirs. Il avait même déjà choisi son nom de scène, « Cas » pour les intimes. Mais il en était encore loin, et redoutait le moment où il devrait s’arrêter de jouer et revenir à son quotidien de cordonnier. Il avait d’ailleurs arrêté de porter des chaussures tant il éprouvait de mépris pour leur fabrication.
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas que l’amadou qu’il avait subtilisé plus tôt sur une table venait de glisser imperceptiblement de sa poche. Il ne remarqua pas non plus que le demi-orc assis à la table en face de lui fumait une vieille pipe vermoulue, en envoyant des cendres s’envoler dans toutes les directions.
Ses narines se trouvèrent chatouillées par une odeur acre et piquante qui semblait s’élever du sol.
« Au feu ! Au feu ! Qu’on cherche de l’eau ! crièrent des voix. »
Cas s’interrompit, tandis que la scène sur laquelle il se trouvait était effectivement en proie aux flammes. Sans demander son reste, il profita de la pagaille générale pour raccrocher sa flute de pan à son ceinturon et déguerpir. Il n’était pas le seul à avoir eu cette idée et se retrouva bloqué par la foule. Jouant de ses cornes, il se fraya un chemin jusqu’à l’air libre et constata impuissant la propagation des flammes à l’échoppe de cordonnerie de sa guilde accolée à l’auberge.
Mortifié, il s’enfuit dans la nuit.
Les chemins de Vitelotte, Croralie, Frertouf et Sifflo se croisèrent au détour de la taverne du village de Padhiver.
Accoudés au comptoir, Frertouf et Sifflo dévoraient goulûment leur ragout. Croralie et Vitelotte étaient un peu plus loin, assises à une table devant deux chopes de bière bien garnies. Elles conversaient à propos de rumeurs entendues au détour de leur route, concernant de grosses quantités de pièces d’or proposées en échange de la résolution de quêtes, non loin d’ici.
Frertouf tendit l’oreille. Les histoires d’argent l’intéressaient toujours. Il avait lui aussi entendu ces échos, et décida de se joindre à la conversation.
« Bien le bonjour, je n’ai pu m’empêcher d’entendre votre conversation et j’ai moi aussi entendu ces histoires. J’ai même quelques détails qui pourraient vous intéresser, mais vous devez m’emmener avec vous.
Croralie et Vitelotte se tournèrent vers lui.
- Tu sembles bien hardi, maître nain, pour venir nous faire de pareilles propositions. Penses-tu que je suis dupe ? renchérie la géante en levant sa chope.
- Non madame, mais je peux vous être utile. J’ai par exemple entendu que le village dont vous parlez porte le nom de Phandaline.
- Qu’est-ce qui nous dit que tu ne nous trompe pas ? poursuivit Vitelotte méfiante.
- Je suis un nain. J’aime ce qui brille. Et je me propose comme votre compagnon, je suis le mieux placé pour tenir les comptes, ajouta Frertouf.
- Je peux également vous venir en aide, fit une voix derrière lui.
Il s’écarta et un gnome des forêts apparu.
- Je sais m’orienter parfaitement dans les bois et j’ai un don inné pour la guérison qui pourrait vous êtes de la plus grande aide si nous devons combattre, ajouta Sifflo. »
Ils dévisagèrent le nouvel arrivant. D’un signe de tête entendu, la compagnie fraîchement créée fit s’entrechoquer leurs chopes, scellant ce qui deviendra une profonde amitié.
- Stephanos
- Monstre errant
- Messages : 3
- Inscription : Jeu 26 Oct 2023 15:41
- Localisation :
- Version de D&D préférée : ?
- Univers de D&D préféré : ?
- Race : ?
- Classe : ?
- Alignement : ?
- Dieu :
Re: La Compagnie des Mains d’Or
Premier chapitre : PHANDALINE
Une douce brise faisait frémir les feuilles des arbres tandis que des toitures de chaumes se dessinaient à l’horizon. Au creux des contreforts rocheux, Phandaline se découpait à l’orée d’un petit bois vert. Parmi les ruines de pierres s’élevaient de modestes bâtiments en rondins qui sentaient encore bon la sève, signe d’une reconquête de fraîche date. Des villageois s’affairaient dans une ambiance studieuse, convergeant vers deux bâtisses qui se distinguaient des autres par leurs aux hauts murs pavés.
L’estomac criant famine et la gorge râpeuse, la petite troupe poursuivit sa route et s’aventura dans le village en suivant les rires et éclats de voix qui filtraient entre les pierres de l’un des deux grands bâtiments. Un panonceau vermoulu qui se balançait au gré du vent à l’extrémité d’une tige métallique leur indiqua leur arrivée à l’Auberge de Rochecolline.
***
Poussant les lourdes double-portes en rondins, une chaleur joyeuse vint leur réchauffer le visage. Les conversations animées autour de bols de ragoût fumants et les chopes débordantes de mousse donnaient à cet endroit un aspect grisant. Les aventuriers s’avancèrent tout en lançant des regards curieux autour d’eux. Plusieurs têtes se tournèrent dans leur direction et dévisagèrent les nouveaux venus. Croralie, en effet, ne passait pas inaperçue par sa grande taille et son immense manteau de fourrure.
Se frayant un chemin entre les allées, un petit homme trapu portant un plateau s’approcha.
« Salutations, je suis Toblen Rochecolline, deuxième du nom, aubergiste, pour vous servir. De nombreux compagnons font halte par chez nous et c’est toujours un plaisir, annonçant-il avec un fort accent. Comment pourrais-je vous aider mes amis ?
Frertouf s’avança et se planta devant Toblen les poings sur les hanches.
- Nous sommes la Compagnie des Mains d’Or et nous voyageons depuis Padhiver. Nos ventre sont creux et nos gosiers secs. Quel ragoût servez-vous dans votre taverne ? Une recette naine je suppose ? avança-t-il en haussant un sourcil ses jointures s’enfonçant dans ses hanches.
L’aubergiste eut un discret mouvement de recul et pris un air soucieux.
- Je m’excuse Maître nain, mais c’est une formule de notre cru mise au point par feu mon père après avoir reconstruit ce lieu. C’est l’unique plat que nous servons et nos clients venant de tous horizons ne tarissent pas d’éloges à son propos…
- AH ! Le nain frappa dans ses mains. Rien ne vaut la nourriture naine, allez faire un tour dans les montagnes, vous m’en direz des nouvelles.
Vexé, Toblen se renfrogna.
Lassée de cet échange désordonné, Vitelotte s’éclipsa sur la pointe des pieds dans le but de délester quelques bourses de leurs pièces et autres babioles. Elle s’éloigna à pas feutrés, habituée maintenant à ces petits larcins. Elle arriva à une cinquantaine de centimètres de la première table où s’agitaient une bande d’Halfelins, dont l’un d’entre eux était monté sur l’assise et semblait leur compter une histoire rocambolesque. Il pointait son doigt tour à tour vers les autres convives, et mimait avec plus de bruitages que nécessaire, ce qui devait ressembler à un ours. Elle s’avança pour être à portée de main.
Soudain, sorti de nul part, un gnome surgit de derrière une table et heurta Vitelotte de plein fouet. Surprise, elle vacilla et tomba à la renverse en emportant avec elle la petite pochette de cuir qu’elle était entrain de vider méticuleusement de son contenu. Dans la panique, les pièces se répandirent sur le sol en une cacophonie carillonnante. Toutes les conversations alentours s’interrompirent et des dizaines de paires d’yeux se tournèrent vers l’origine de ce désordre. Honteuse, Vitelotte se recroquevilla.
- Que se passe-t-il ici ? accouru Toblen, jetant un œil accusateur à la jeune femme en voyant les pièces éparpillées. Le petit gnome se releva péniblement, jeta un regard haineux à Vitelotte et s’enfui sans demander son reste. Cette dernière posa sur l’aubergiste un regard penaud.
- Je peux tout vous expliquer… Et je peux vous proposer une compensation. Je peux organiser un concours de buveur de bière avec l’aide de Croralie. Qu’en dites vous ?
L’intéressée les avait rejoint en quelques enjambées et haussa un sourcil désapprobateur.
Toblen renchérit.
- Si vous arrivez à organiser cet évènement dans une heure, et à rassembler un minimum de quinze personnes, je passe l’éponge sur vos intolérables chapardages. Sachez que nous sommes ici dans une auberge à la bonne réputation et je n’hésiterai pas à vous demander de quitter mon établissement, ajouta-t-il agacé.
Sifflo quant à lui, sensible aux maux des animaux, avait été attiré par un brouhaha émanant d’une alcôve mal éclairée située en retrait. Il se glissa discrètement vers Frertouf et lui souffla une idée qui venait de lui parcourir l’esprit. Hochant la tête, ce dernier lui emboîta le pas et ils se dirigèrent vers l’arrière de l’auberge.
Les deux compagnons se joignirent au cercle de badauds qui s’était massés autour d’une arène de fortune, cerclée par de minces planches de bois, au centre de laquelle deux volatiles se livraient une bataille féroce. Le combat n’était pas égal, et les parieurs brandissaient tous des tickets aux sigles semblables. Les deux coqs semblaient donner raison à l’assemblée, l’un était encore fringant et attaquait avec rage le second qui semblait mal en point, lui arrachant méticuleusement la plupart de ses plumes. La foule poussait de grands cris à chaque coup de bec et se rassemblait derrière le meneur.
Sifflo promena son regard dans la cohue et remarqua au milieu des poings serrés et des hochements de tête approbateurs, une jeune fille à la mine sombre tapie dans l’ombre, qui regardait le boxeur amoché d’un air renfrogné. Il lança un coup d’œil interrogateur à son comparse et lui désigna la fillette d’un subtil signe du chef. Lui signalant qu’il avait compris le message, ils se frayèrent un chemin dans sa direction.
- Bonsoir Mademoiselle, votre visage rayonne par sa tristesse au milieu de cette ivresse. N’appréciez vous pas le spectacle ? s’enquit le nain.
Elle leva les yeux sur lui. Elle était de petite taille, menue, des mèches de cheveux bruns lui tombant en cascade sur les épaules et encadrant de beaux yeux noisettes. Elle portait un tablier sale qui recouvrait une robe rapiécée. Une jolie moue se dessina sur son visage et poussa un soupir.
- Bonjour Monsieur le Nain. Non en effet, ce spectacle n’est pas à mon goût. Voyez-vous, c’est mon petit coq qui se bat là, fit-elle avec un geste de la main vers le volatile déplumé. Et je devais revenir avec assez d’argent pour acheter des herbes médicinales pour mon petit frère qui est malade…
Elle accompagna ses paroles d’un geste las de la main vers l’arène. Sifflo fut pris au cœur et chuchota à l’oreille de Frertouf, l’esprit du volatile lui ayant livré quelques secrets. Ce dernier repris :
- Ma chère petite, nous vous rachetons votre coq pour 5 pièces d’or, fit-il avec une grimace en sentant le coude du druide s’enfoncer dans ses côtes.
Grommelant dans sa barbe et faisant ses comptes, il corrigea.
- Très bien, maugréa-t-il, 10 pièces d’or, mais pas une de plus ! Et vous pourrez embrasser le crâne de la grande fourrure à la table là-bas.
Les yeux de la demoiselle se mirent à briller et intriguée, elle tourna la tête dans la direction qu’il indiquait, se dressant sur la pointe de ses minces souliers pour distinguer Croralie entrain d’engloutir sa chope. À côté d’elle, Vitelotte gesticulait pour ameuter du monde à leur concours.
- J’accepte ! sautilla la fillette avec excitation, des couleurs revenant dans ses joues.
À regret, le nain fouilla dans sa bourse de cuir bien joufflue et en sortie en bougonnant la somme annoncée. Dès l’instant où les pièces dorées touchèrent sa main, la jeune fille émit un rire fiévreux et fila vers Croralie, se faufilant allègrement entre les convives. Deux minutes plus tard, elle déposait un baiser furtif derrière l’oreille de Croralie, qui, trop occupée à surveiller Vitelotte, ne se rendit compte de rien.
- Par la barbe de mon père ! siffla Frertouf en observant la scène. L’argent doit être apprécié comme un bon ragoût, surtout quand il vient de la poche d’un nain !
Sifflo secoua la tête.
- Tu es incorrigible mon pauvre ami. Maintenant, ouvre bien les yeux et regarde.
Se retournant vers le combat toujours en cours à quelques mètres d’eux, il fixa son attention sur le moribond qui désormais leur appartenait. Les poils de ses avant-bras se hérissèrent tandis qu’il rassemblait ses forces.
Tout à coup, le volatile blessé se redressa. Un portail de fer doré lui était apparu, dans le dos de son adversaire, illuminé d’une douce et chaude lumière. Les grilles s’entrouvrir et le voix de Sifflo résonna à ses oreilles d’une voix enchanteresse :
« Tu dois te diriger vers la lumière. Il ne faut jamais abandonner pour pouvoir entrer en héros ».
Le coq abasourdit s’immobilisa et son sang ne fit qu’un tour. Dans un élan fougueux, il fonça le bec en avant sur son adversaire, idéalement placé entre lui et l’apparition merveilleuse. La foule amassée contre la frêle clôture en bois se tue, retenant son souffle. Les poings s’étaient baissés, les têtes immobilisées, tous les yeux étaient rivés sur la tentative désespérée. La scène sembla se figer hors du temps. Dans sa course effrénée, il prit de vitesse son opposant, et vint lui asséner un coup spectaculaire en plein poitrail. Le souffle coupé, il s’effondra dans la poussière. Au même moment, l’illusion magique se dissipa. Le voix de Sifflo retentit à nouveau dans les pensées du coq :
« Tu as vaincu ton ennemi. Tu es maintenant digne de faire partie de notre Compagnie. Bienvenue à toi, Allan. »
Un grondement de colère monta tout autour du cercle. Un grand homme à la longue chevelure emmêlée pointa un doigt accusateur sur le gnome.
- C’est lui, je l’ai senti ! Il a utilisé de la magie ! Voleur !
Le grondement se transforma en clameur assourdissante. Les deux amis gonflèrent le torse, prêt à en découdre.
- Je vais te faire regretter tes paroles, grandin ! grinça Frertouf en cherchant à dégainer son épée.
Alertées par le raffut, Vitelotte et Croralie se frayèrent un chemin dans leur direction à grandes enjambées.
- Si quelqu’un touche un poil de sa barbe, j’utilise la sienne pour repriser mon manteau, jura la barbare qui dépassait presque tout le monde d’un bon pied.
- Gardes, gardes ! cria la voix étouffée de Toblen.
Quatre demi-orcs sortis de nulle part se postèrent de chaque côté de Croralie. Ils étaient massifs. Elle bouillonnait. Frertouf tira sa courte épée d’un coup sec. La foule s’était massée autour d’eux, comme une vague prête à les emporter. Vitelotte se réfugia aux côtés de Sifflo, qui levait les paumes en signe d’apaisement.
- Poussez-vous ! Mais poussez vous je vous dis !
La masse s’écarta pour laisser passer un Toblen qu’on ne reconnaissait plus. Rouge de colère, il brandissait un torchon usé en direction des compagnons.
- Vous, dehors, vociféra-t-il en désignant la porte. Et que je ne vous revois plus trainer dans mon auberge ! Du balais ! »
Les gardes commencèrent à avancer, obligeant Croralie à faire un choix. La voyant hésiter, Sifflo secoua la tête. Elle rangea rageusement les deux hachettes qu’elle avait pris soin de sortir si la situation tournait mal et emboîta le pas des demi-orcs.
***
La lourde porte se referma avec un bruit sourd.
« Quels ingrats, tous autant qu’ils sont ! cracha Frertouf. Tout ça pour un poulet. Par la barbe de Moradin, tu l’as emporté en plus ? Nous ferions mieux de finir de le plumer et le manger comme dîner.
En effet, Sifflo s’était éclipsé et avait réussi à amadouer Allan pour le faire entrer dans son sac.
- Il nous servira, tu verras, avança-t-il en tapotant la sangle en cuir sur son épaule.
Le nain se renfrogna.
- En attendant nous avons perdu de l’argent, et nos comptes sont bas. Tu n’aurais jamais du t’occuper de ces histoires !
- Ça suffit vous deux, lâcha Vitelotte dans un soupir, un sourire en coin se dessinant sur son visage.
Elle sorti de sous sa petite cape de voyage une musette qu’elle fit tinter à leurs oreilles.
- Pendant que Croralie faisait diversion, j’en ai profité un peu pour alléger tous ces parieurs hargneux. Ils n’avaient qu’à être bons joueurs, jubila-t-elle.
Leurs yeux s’écarquillèrent. Elle repris calmement.
- D’ailleurs, j’ai entendu que le bourgmestre avait affiché des quêtes moyennant payement devant son hall. Il ne sort plus que pour ça, il parait qu’il reste terré chez lui. On pourrait aller y jeter un coup d’œil.
Une lueur de convoitise brillant dans leurs pupilles, ils acquiescèrent.
La troupe se mis en marche vers le deuxième bâtiment en pierre qui se trouvait à quelques encablures, plus proche du centre du village. Quelques badauds lorgnaient vers un vieux panneau fatigué sur lequel se découpaient trois parchemins jaunis retenus chacun par de simples clous aux têtes rouillés.
À leur arrivée, les passants s’écartèrent pour leur laisser le champ libre. Ils s’approchèrent, Croralie en tête. Elle lu à haute voix :
« La Colline des Ombrages pour 25 pièces d’or. Adabra Gwynn, notre sage-femme locale n’est plus en sécurité dans son moulin. Ramenez là à Phandaline et vous serez récompensés. »
« L’Excavation Naine pour 50 pièces d’or. Des prospecteurs nains explorent des ruines dans les montagnes. Prévenez les du danger et vous serez récompensés. »
« Gnomengarde pour 50 pièces d’or. Un camp de gnomes des roches vit dans un réseau de cavernes dans la montage. Grâce à leur inventivité, ils pourraient détenir un objet qui permettrait de se défaire du dragon. Ramenez des objets utiles et vous serez récompensés. »
- Attendez un peu, et qui nous payera ? interrogea Vitelotte.
Un homme au visage joufflu et à l’air sympathique se retourna dans sa direction et chuchota.
- On raconte que c’est le bourgmestre Harbin Wester. Il est terrorisé par l’idée qu’un dragon séjourne dans la région et depuis, ne met plus le nez dehors. Il a fait installer récemment une trappe dans la porte arrière pour pouvoir payer les gens assez fous pour remplir ces missions, dit-il en englobant d’un geste large le panneau d’affichage.
Vitelotte le remercia et rejoint ses compagnons qui débattaient du choix à effectuer.
- Moi, je suis pour les pièces d’or. Et je serais bien d’avis de récupérer encore quelques trésors dans ces ruines. Nous les nains, on sait flairer les bons filons ! s’enhardit Frertouf.
Le druide rétorqua.
- Mais le village a besoin de sa sage-femme. Je pense qu’il est plus important d’aller la secourir.
- Pour une fois, je suis de l’avis du nain. Chez les gnomes c’est trop petit, fit Croralie en jetant un regard en coin à Sifflo. En plus, je ne serais pas contre une bagarre ou deux sur la route, je commence à rouiller. Partants ?
Sans attendre de réponse, elle décrocha le parchemin central, le plia soigneusement, et le glissa sous son manteau de fourrure.
Une douce brise faisait frémir les feuilles des arbres tandis que des toitures de chaumes se dessinaient à l’horizon. Au creux des contreforts rocheux, Phandaline se découpait à l’orée d’un petit bois vert. Parmi les ruines de pierres s’élevaient de modestes bâtiments en rondins qui sentaient encore bon la sève, signe d’une reconquête de fraîche date. Des villageois s’affairaient dans une ambiance studieuse, convergeant vers deux bâtisses qui se distinguaient des autres par leurs aux hauts murs pavés.
L’estomac criant famine et la gorge râpeuse, la petite troupe poursuivit sa route et s’aventura dans le village en suivant les rires et éclats de voix qui filtraient entre les pierres de l’un des deux grands bâtiments. Un panonceau vermoulu qui se balançait au gré du vent à l’extrémité d’une tige métallique leur indiqua leur arrivée à l’Auberge de Rochecolline.
***
Poussant les lourdes double-portes en rondins, une chaleur joyeuse vint leur réchauffer le visage. Les conversations animées autour de bols de ragoût fumants et les chopes débordantes de mousse donnaient à cet endroit un aspect grisant. Les aventuriers s’avancèrent tout en lançant des regards curieux autour d’eux. Plusieurs têtes se tournèrent dans leur direction et dévisagèrent les nouveaux venus. Croralie, en effet, ne passait pas inaperçue par sa grande taille et son immense manteau de fourrure.
Se frayant un chemin entre les allées, un petit homme trapu portant un plateau s’approcha.
« Salutations, je suis Toblen Rochecolline, deuxième du nom, aubergiste, pour vous servir. De nombreux compagnons font halte par chez nous et c’est toujours un plaisir, annonçant-il avec un fort accent. Comment pourrais-je vous aider mes amis ?
Frertouf s’avança et se planta devant Toblen les poings sur les hanches.
- Nous sommes la Compagnie des Mains d’Or et nous voyageons depuis Padhiver. Nos ventre sont creux et nos gosiers secs. Quel ragoût servez-vous dans votre taverne ? Une recette naine je suppose ? avança-t-il en haussant un sourcil ses jointures s’enfonçant dans ses hanches.
L’aubergiste eut un discret mouvement de recul et pris un air soucieux.
- Je m’excuse Maître nain, mais c’est une formule de notre cru mise au point par feu mon père après avoir reconstruit ce lieu. C’est l’unique plat que nous servons et nos clients venant de tous horizons ne tarissent pas d’éloges à son propos…
- AH ! Le nain frappa dans ses mains. Rien ne vaut la nourriture naine, allez faire un tour dans les montagnes, vous m’en direz des nouvelles.
Vexé, Toblen se renfrogna.
Lassée de cet échange désordonné, Vitelotte s’éclipsa sur la pointe des pieds dans le but de délester quelques bourses de leurs pièces et autres babioles. Elle s’éloigna à pas feutrés, habituée maintenant à ces petits larcins. Elle arriva à une cinquantaine de centimètres de la première table où s’agitaient une bande d’Halfelins, dont l’un d’entre eux était monté sur l’assise et semblait leur compter une histoire rocambolesque. Il pointait son doigt tour à tour vers les autres convives, et mimait avec plus de bruitages que nécessaire, ce qui devait ressembler à un ours. Elle s’avança pour être à portée de main.
Soudain, sorti de nul part, un gnome surgit de derrière une table et heurta Vitelotte de plein fouet. Surprise, elle vacilla et tomba à la renverse en emportant avec elle la petite pochette de cuir qu’elle était entrain de vider méticuleusement de son contenu. Dans la panique, les pièces se répandirent sur le sol en une cacophonie carillonnante. Toutes les conversations alentours s’interrompirent et des dizaines de paires d’yeux se tournèrent vers l’origine de ce désordre. Honteuse, Vitelotte se recroquevilla.
- Que se passe-t-il ici ? accouru Toblen, jetant un œil accusateur à la jeune femme en voyant les pièces éparpillées. Le petit gnome se releva péniblement, jeta un regard haineux à Vitelotte et s’enfui sans demander son reste. Cette dernière posa sur l’aubergiste un regard penaud.
- Je peux tout vous expliquer… Et je peux vous proposer une compensation. Je peux organiser un concours de buveur de bière avec l’aide de Croralie. Qu’en dites vous ?
L’intéressée les avait rejoint en quelques enjambées et haussa un sourcil désapprobateur.
Toblen renchérit.
- Si vous arrivez à organiser cet évènement dans une heure, et à rassembler un minimum de quinze personnes, je passe l’éponge sur vos intolérables chapardages. Sachez que nous sommes ici dans une auberge à la bonne réputation et je n’hésiterai pas à vous demander de quitter mon établissement, ajouta-t-il agacé.
Sifflo quant à lui, sensible aux maux des animaux, avait été attiré par un brouhaha émanant d’une alcôve mal éclairée située en retrait. Il se glissa discrètement vers Frertouf et lui souffla une idée qui venait de lui parcourir l’esprit. Hochant la tête, ce dernier lui emboîta le pas et ils se dirigèrent vers l’arrière de l’auberge.
Les deux compagnons se joignirent au cercle de badauds qui s’était massés autour d’une arène de fortune, cerclée par de minces planches de bois, au centre de laquelle deux volatiles se livraient une bataille féroce. Le combat n’était pas égal, et les parieurs brandissaient tous des tickets aux sigles semblables. Les deux coqs semblaient donner raison à l’assemblée, l’un était encore fringant et attaquait avec rage le second qui semblait mal en point, lui arrachant méticuleusement la plupart de ses plumes. La foule poussait de grands cris à chaque coup de bec et se rassemblait derrière le meneur.
Sifflo promena son regard dans la cohue et remarqua au milieu des poings serrés et des hochements de tête approbateurs, une jeune fille à la mine sombre tapie dans l’ombre, qui regardait le boxeur amoché d’un air renfrogné. Il lança un coup d’œil interrogateur à son comparse et lui désigna la fillette d’un subtil signe du chef. Lui signalant qu’il avait compris le message, ils se frayèrent un chemin dans sa direction.
- Bonsoir Mademoiselle, votre visage rayonne par sa tristesse au milieu de cette ivresse. N’appréciez vous pas le spectacle ? s’enquit le nain.
Elle leva les yeux sur lui. Elle était de petite taille, menue, des mèches de cheveux bruns lui tombant en cascade sur les épaules et encadrant de beaux yeux noisettes. Elle portait un tablier sale qui recouvrait une robe rapiécée. Une jolie moue se dessina sur son visage et poussa un soupir.
- Bonjour Monsieur le Nain. Non en effet, ce spectacle n’est pas à mon goût. Voyez-vous, c’est mon petit coq qui se bat là, fit-elle avec un geste de la main vers le volatile déplumé. Et je devais revenir avec assez d’argent pour acheter des herbes médicinales pour mon petit frère qui est malade…
Elle accompagna ses paroles d’un geste las de la main vers l’arène. Sifflo fut pris au cœur et chuchota à l’oreille de Frertouf, l’esprit du volatile lui ayant livré quelques secrets. Ce dernier repris :
- Ma chère petite, nous vous rachetons votre coq pour 5 pièces d’or, fit-il avec une grimace en sentant le coude du druide s’enfoncer dans ses côtes.
Grommelant dans sa barbe et faisant ses comptes, il corrigea.
- Très bien, maugréa-t-il, 10 pièces d’or, mais pas une de plus ! Et vous pourrez embrasser le crâne de la grande fourrure à la table là-bas.
Les yeux de la demoiselle se mirent à briller et intriguée, elle tourna la tête dans la direction qu’il indiquait, se dressant sur la pointe de ses minces souliers pour distinguer Croralie entrain d’engloutir sa chope. À côté d’elle, Vitelotte gesticulait pour ameuter du monde à leur concours.
- J’accepte ! sautilla la fillette avec excitation, des couleurs revenant dans ses joues.
À regret, le nain fouilla dans sa bourse de cuir bien joufflue et en sortie en bougonnant la somme annoncée. Dès l’instant où les pièces dorées touchèrent sa main, la jeune fille émit un rire fiévreux et fila vers Croralie, se faufilant allègrement entre les convives. Deux minutes plus tard, elle déposait un baiser furtif derrière l’oreille de Croralie, qui, trop occupée à surveiller Vitelotte, ne se rendit compte de rien.
- Par la barbe de mon père ! siffla Frertouf en observant la scène. L’argent doit être apprécié comme un bon ragoût, surtout quand il vient de la poche d’un nain !
Sifflo secoua la tête.
- Tu es incorrigible mon pauvre ami. Maintenant, ouvre bien les yeux et regarde.
Se retournant vers le combat toujours en cours à quelques mètres d’eux, il fixa son attention sur le moribond qui désormais leur appartenait. Les poils de ses avant-bras se hérissèrent tandis qu’il rassemblait ses forces.
Tout à coup, le volatile blessé se redressa. Un portail de fer doré lui était apparu, dans le dos de son adversaire, illuminé d’une douce et chaude lumière. Les grilles s’entrouvrir et le voix de Sifflo résonna à ses oreilles d’une voix enchanteresse :
« Tu dois te diriger vers la lumière. Il ne faut jamais abandonner pour pouvoir entrer en héros ».
Le coq abasourdit s’immobilisa et son sang ne fit qu’un tour. Dans un élan fougueux, il fonça le bec en avant sur son adversaire, idéalement placé entre lui et l’apparition merveilleuse. La foule amassée contre la frêle clôture en bois se tue, retenant son souffle. Les poings s’étaient baissés, les têtes immobilisées, tous les yeux étaient rivés sur la tentative désespérée. La scène sembla se figer hors du temps. Dans sa course effrénée, il prit de vitesse son opposant, et vint lui asséner un coup spectaculaire en plein poitrail. Le souffle coupé, il s’effondra dans la poussière. Au même moment, l’illusion magique se dissipa. Le voix de Sifflo retentit à nouveau dans les pensées du coq :
« Tu as vaincu ton ennemi. Tu es maintenant digne de faire partie de notre Compagnie. Bienvenue à toi, Allan. »
Un grondement de colère monta tout autour du cercle. Un grand homme à la longue chevelure emmêlée pointa un doigt accusateur sur le gnome.
- C’est lui, je l’ai senti ! Il a utilisé de la magie ! Voleur !
Le grondement se transforma en clameur assourdissante. Les deux amis gonflèrent le torse, prêt à en découdre.
- Je vais te faire regretter tes paroles, grandin ! grinça Frertouf en cherchant à dégainer son épée.
Alertées par le raffut, Vitelotte et Croralie se frayèrent un chemin dans leur direction à grandes enjambées.
- Si quelqu’un touche un poil de sa barbe, j’utilise la sienne pour repriser mon manteau, jura la barbare qui dépassait presque tout le monde d’un bon pied.
- Gardes, gardes ! cria la voix étouffée de Toblen.
Quatre demi-orcs sortis de nulle part se postèrent de chaque côté de Croralie. Ils étaient massifs. Elle bouillonnait. Frertouf tira sa courte épée d’un coup sec. La foule s’était massée autour d’eux, comme une vague prête à les emporter. Vitelotte se réfugia aux côtés de Sifflo, qui levait les paumes en signe d’apaisement.
- Poussez-vous ! Mais poussez vous je vous dis !
La masse s’écarta pour laisser passer un Toblen qu’on ne reconnaissait plus. Rouge de colère, il brandissait un torchon usé en direction des compagnons.
- Vous, dehors, vociféra-t-il en désignant la porte. Et que je ne vous revois plus trainer dans mon auberge ! Du balais ! »
Les gardes commencèrent à avancer, obligeant Croralie à faire un choix. La voyant hésiter, Sifflo secoua la tête. Elle rangea rageusement les deux hachettes qu’elle avait pris soin de sortir si la situation tournait mal et emboîta le pas des demi-orcs.
***
La lourde porte se referma avec un bruit sourd.
« Quels ingrats, tous autant qu’ils sont ! cracha Frertouf. Tout ça pour un poulet. Par la barbe de Moradin, tu l’as emporté en plus ? Nous ferions mieux de finir de le plumer et le manger comme dîner.
En effet, Sifflo s’était éclipsé et avait réussi à amadouer Allan pour le faire entrer dans son sac.
- Il nous servira, tu verras, avança-t-il en tapotant la sangle en cuir sur son épaule.
Le nain se renfrogna.
- En attendant nous avons perdu de l’argent, et nos comptes sont bas. Tu n’aurais jamais du t’occuper de ces histoires !
- Ça suffit vous deux, lâcha Vitelotte dans un soupir, un sourire en coin se dessinant sur son visage.
Elle sorti de sous sa petite cape de voyage une musette qu’elle fit tinter à leurs oreilles.
- Pendant que Croralie faisait diversion, j’en ai profité un peu pour alléger tous ces parieurs hargneux. Ils n’avaient qu’à être bons joueurs, jubila-t-elle.
Leurs yeux s’écarquillèrent. Elle repris calmement.
- D’ailleurs, j’ai entendu que le bourgmestre avait affiché des quêtes moyennant payement devant son hall. Il ne sort plus que pour ça, il parait qu’il reste terré chez lui. On pourrait aller y jeter un coup d’œil.
Une lueur de convoitise brillant dans leurs pupilles, ils acquiescèrent.
La troupe se mis en marche vers le deuxième bâtiment en pierre qui se trouvait à quelques encablures, plus proche du centre du village. Quelques badauds lorgnaient vers un vieux panneau fatigué sur lequel se découpaient trois parchemins jaunis retenus chacun par de simples clous aux têtes rouillés.
À leur arrivée, les passants s’écartèrent pour leur laisser le champ libre. Ils s’approchèrent, Croralie en tête. Elle lu à haute voix :
« La Colline des Ombrages pour 25 pièces d’or. Adabra Gwynn, notre sage-femme locale n’est plus en sécurité dans son moulin. Ramenez là à Phandaline et vous serez récompensés. »
« L’Excavation Naine pour 50 pièces d’or. Des prospecteurs nains explorent des ruines dans les montagnes. Prévenez les du danger et vous serez récompensés. »
« Gnomengarde pour 50 pièces d’or. Un camp de gnomes des roches vit dans un réseau de cavernes dans la montage. Grâce à leur inventivité, ils pourraient détenir un objet qui permettrait de se défaire du dragon. Ramenez des objets utiles et vous serez récompensés. »
- Attendez un peu, et qui nous payera ? interrogea Vitelotte.
Un homme au visage joufflu et à l’air sympathique se retourna dans sa direction et chuchota.
- On raconte que c’est le bourgmestre Harbin Wester. Il est terrorisé par l’idée qu’un dragon séjourne dans la région et depuis, ne met plus le nez dehors. Il a fait installer récemment une trappe dans la porte arrière pour pouvoir payer les gens assez fous pour remplir ces missions, dit-il en englobant d’un geste large le panneau d’affichage.
Vitelotte le remercia et rejoint ses compagnons qui débattaient du choix à effectuer.
- Moi, je suis pour les pièces d’or. Et je serais bien d’avis de récupérer encore quelques trésors dans ces ruines. Nous les nains, on sait flairer les bons filons ! s’enhardit Frertouf.
Le druide rétorqua.
- Mais le village a besoin de sa sage-femme. Je pense qu’il est plus important d’aller la secourir.
- Pour une fois, je suis de l’avis du nain. Chez les gnomes c’est trop petit, fit Croralie en jetant un regard en coin à Sifflo. En plus, je ne serais pas contre une bagarre ou deux sur la route, je commence à rouiller. Partants ?
Sans attendre de réponse, elle décrocha le parchemin central, le plia soigneusement, et le glissa sous son manteau de fourrure.


