[Aventure Solo] Putréfaia

Venez nous compter vos récits d'aventures.
Répondre
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

[Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Bonjour^^

Il y a quelques mois, j'ai commencé une partie avec... moi-même. Mais ne vous inquiétez pas, le résultat devrait être agréable à lire^^

J'ai d'abord fait deux PJs principaux, détaillé leur histoire, leur personnalité et leurs buts, puis je les ai directement lancés dans un monde que j'ai généré aléatoirement. Puis, la suite de leurs aventures est à la fois déterminé par mes hypothèses loufoques et le d20, qui est utilisé comme "oracle" pour répondre aux questions "oui/non" que je me suis posé au cours de l'aventure (par exemple : La tour a-t-elle été construite par un magicien ? Les gens de la guilde d'aventuriers détestent-ils les troglodytes ?). Le résultat est un synopsis que même moi ne connais pas l'issue, même en étant mon propre MD, ainsi qu'un monde qui s'enrichit de lore tout seul au fil de nos voyages. Au moment où j'écris ces lignes, je viens de débuter le chapitre 6 de cette aventure et l'évolution du monde est déjà visible.

Les PJs
- Hek, la troglodyte magicienne (école de la divination)
- Ipyrt, le thermosaure moine (voie de la main ouverte)
Les deux personnages, pour des raisons différentes, ont été forcés de quitter leur communauté et de vagabonder. Lorsque les deux se sont rencontrés, ils ont d'abord été méfiants, mais sont désormais deux compagnons d'aventure très attachés. Ils se sont fait une promesse : Ipyrt va aider Hek à avoir une carrière d'aventurière réussie, mais en échange, elle devra aider le moine à assassiner le roi de Canta.

Puisque les thermosaures sont une race unique à mon univers de jeu, voici leur brève description :
D'étranges vers à l'apparence de reptiles (ou des reptiles à l'apparence de vers ?) natifs de terres trop chaudes pour que le corps humain puisse les supporter et protégés par une armure de couleur carmin. Malgré leur petite tête et leur apparence sauvage, ils sont très intelligents, quoique excentriques.

Une règle du monde de Putréfaia
Tout mort qui n'est pas physiquement annihilé avant trois jours se réanime en goule :D

L'aventure est faite avec les règles de la 5ème édition de D&D, donc si vous voyez des bizarreries qui ne seraient pas possible avec l'AD&D2, il y a une explication.

J'espère que vous allez apprécier la lecture^^
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Prologue
(Une introduction aux PJs, au monde, ainsi que, pour moi, une expérimentation du format de l'Aventure Solo.)

Dans la forêt boréale d’Arigny, une modeste petite caravane roulait le long d’un sentier bien fréquenté, mais ravagé par le passage de mort-vivants qui rôdaient là où la lumière était faible et vacillante. Les boeufs attachés à la caravane marchaient d’un pas constant, alerte, pour éviter de finir en proie aux habitants éternellement affamés de la forêt. Dans le véhicule en bois, deux aventuriers observaient les alentours afin de s’assurer que leur route était sécuritaire. La première, une troglodyte magicienne drapée de robes vertes foncées usées dont le museau aux écailles blanchâtres était décoré d’une paire de petites lunettes qui lui donnaient un petit air de geek, était dressée sur la pointe de ses pieds griffus pour ne pas rater le moindre petit frémissement de ses yeux remplis de magie. Le deuxième, un moine thermosaure détendu vêtu des robes blanches, vertes et propres du monastère d’où il venait, veillait sur la trajectoire des bovidés dont il avait la responsabilité.

« C’est encore loin, Ipyrt ? » la troglodyte dit en bâillant. « Ta ville avec des gros murs ? »

« Tirolle, Hek, » répondit le thermosaure nommé Ipyrt. « Ça s’appelle Tirolle. Et c’est là qu’on va s’équiper pour notre grande quête. »

« En tout cas, tu avais dit que c’était pas long, » affirma Hek en se rasseyant. « Si j’avais su que ce serait si long, j’aurais demandé à un mage d’ouvrir un portail ou quelque chose du g… »

« Hep hep hep, du calme. On arrive dans quelques heures. »

La caravane continua son chemin dans la taïga sombre, naviguant entre les vieux troncs sinistres. Soudain, Hek aperçut de ses yeux verts luisants un étrange objet dominant la cime des arbres, dont les parois de pierres étaient camouflées sous des couches et des couches de lierre.

« Oh ! Une tour ! » s’exclama soudainement la reptilienne, faisant sursauter son compère.

« Ça va, ça va, je l’ai déjà vue avant que tu cries, » rouspéta le moine.

« J’ai envie d’explorer cette tour, » ajouta Hek, sortant son jeu de tarot. « Et toi ? »

« Oui, ça m’a l’air d’être une initiative intéressante. »

« Je vais consulter mes cartes pour voir si ça en vaut la peine. »

D’un sac en cuir pendouillant sur sa robe miteuse, la magicienne sortit un deck de tarot étonnament neuf et bien entretenu, compte tenu de son artisanat étrange. En effet, chaque carte était faite de cuir de monstre mince et de bonne qualité, taillée et aplatie avec un soin obsessif. Des silhouettes de monstres, de cavernes et de champignons avaient été teintes avec des pigments introuvables dans le monde de la surface. Hek brassait ces cartes souples mais solides sans regarder, puis en pigea plusieurs qu’elle observa en ayant l’air de savoir ce qu’elle faisait.

« Selon mes cartes omniscientes, on aurait intérêt à l’explorer. En route ! »

La caravane dévia de sa trajectoire pour s’approcher de la tour sinistre aux fenêtres brisées. La structure en miettes était inhabitée depuis longtemps, comme les aventuriers purent le constater. Le hall d’entrée de la tour était en ruines, remplie de débris de pierre, de poterie brisée et d’outils rouillés traînant sur le sol. Les étages suivants n’étaient guère en meilleur état, étant le théâtre d’étagères à livres croulantes et vides depuis longtemps et de parchemin déchiré. Alors qu’Ipyrt cherchait parmi le papier à la recherche de quelque chose d’encore lisible, Hek tourna un anneau en fer suspect qu’elle avait vu au plafond, révélant un escalier secret qui sortit du mur.

« Par là ! » déclara la troglodyte.

Le duo reptilien monta les escaliers pour ensuite arriver à la dernière salle avant le sommet de la tour, une pièce exigüe encombrée de bric à brac, de bibelots cassés et de jarres vides. Au milieu de tous les objets vétustes de la zone, Hek aperçut une fiole transparente encore remplie d’un liquide vert luisant plein de bulles visqueuses.

« Bingo ! Une potion de respiration aquatique ! » cria-t-elle. « Mais je ne sais pas si elle est encore bonne… »

« Laisse-moi y goûter… » proposa Ipyrt en s’emparant de la bouteille. « Oh… Elle est scellée. »

Le moine tira de toutes ses forces sur le bouchon, si fort qu’il le fit voler par la fenêtre sans vitre. Puis, il mit le liquide en contact avec sa langue difforme, armée de crochets pointus et reliés à l’intérieur des joues par un voile de peau épaisse. Aussitôt que le bout de chair étrange trempa dans le contenu de la fiole, Ipyrt grimaça et redonna la potion à Hek avec hâte.

« En tout cas, ça goûte la potion fonctionnelle, erk, » grimaça-t-il.

« Génial. Si un jour, on se retrouve la tête sous l’eau, on sait quoi boire. »

Content de leur maigre butin, les aventuriers quittèrent la tour et poursuivirent leur route vers Tirolle. Cela ne leur prit que quelques heures avant que, après avoir navigué sur un terrain plus collineux que d’habitude, se profile de gros murs en troncs de sapin que des zombies auraient grand mal à faire broncher. Des tours de garde étaient réparties de manière régulière autour de la ville, plusieurs occupées par des soldats de diverses races avec des arbalètes. Lorsque la caravane s’approcha de la grande porte du mur, les gardes saluèrent les aventuriers et leur permit le passage en tirant sur une grosse poulie.

« Et voilà, » déclara Ipyrt. « On est arrivés. »

« Ouah ! » s’époustoufla Hek. « C’est encore plus grand que dans les livres ! »

« S’il y a bien une chose que j’ai apprise dans mon monastère, c’est que les livres, ça ne capture pas l’essence des lieux. Mieux vaut y être pour comprendre. »

La caravane continua à se déplacer dans les rues cosmopolites de Tirolle. Des humains, des elfes, des nains et même quelques drakéides et tieffelins faisaient leur pain quotidien. Plusieurs s’occupaient des jardins rustiques autour de la place publique, alors que d’autres s’entraînaient à la lance en paires de deux. Lorsque les aventuriers installèrent finalement leurs boeufs dans les espaces pour véhicules, un choix s’offrait devant eux.

« Hum… Par quoi on commence ? » marmonna la troglodyte.

« Allons à la guilde des aventuriers, » suggéra le thermosaure. « On y trouvera le reste de notre équipe. »

La guilde des aventuriers résidait dans le quartier commerçant, qui était plutôt calme pour un endroit sensé regorger de caravanes et de marchands. Ils étaient dans un bâtiment en bois de sapin au toit peint en orange qui était entouré de cèdres bien développés. Un tableau de quêtes était affiché à l’entrée, inondé de papiers quémandant l’aide d’aventuriers plus ou moins expérimentés, ce qui avait complètement hypnotisé Hek et sa soif d’aventures sans bornes.

« Oh regarde ! » s’exclama-t-elle en arrachant une feuille violemment du tableau ! « Y’a une madame qui offre une belle somme d’argent si on lui trouve des groseilles ! »

Ipyrt ne réagit pas, trop concentré à examiner chaque petit boulot alors que son amie était presque sur le point de donner des câlins à des parchemins. Après avoir passé en revue tout le tableau, le moine détourna le regard et soupira.

« Bon, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais, » se lamenta-t-il. « Qu’est-ce que tu disais, déjà ? »

« Il y a une madame qui offre de l’argent à celui qui lui ramènera des groseilles, » répéta Hek. « Tu sais, la grosse baie qui explose dans la bouche ? »

« Heu… Ouais ouais… »

« Bah, une fois qu’on aura monté le reste de notre équipe, on pourrait faire cette quête. C’est ce qu’il y a de plus intéressant dans le tableau de quêtes. »

Ipyrt jeta un oeil à la quête en se grattant le menton, indécis.

« Allez, qu’est-ce qu’on attend ? » insista la troglodyte. « Allons nous trouver d’autres membres d’équipe ! »

« C’est… Que… Je ne sais pas si tu seras bien vue dans la guilde des aventuriers. C’est que tu es une… »

« Casse-pieds ? »

« Non, troglodyte. Y’a pas de mal à être une troglodyte, c’est juste que… Je crois que les gens pensent que tous les troglodytes sont des monstres, et je ne sais pas comment les aventuriers vont réagir, tu vois… »

« Pff, n’importe quoi. Laisse-moi faire, ça va bien se passer. »

« N… Non… C’est pour ta sécurité… Attends ! »

Hek, sans attendre, ouvrit la porte de la guilde en trombe. Tous ceux qui discutaient dans le hall se retournèrent vers la nouvelle arrivée avec surprise.

« Bonjour ! » salua la troglodyte alors que son compère thermosaure entrait à son tour.

Des murmures hostiles coururent dans toute la pièce alors que quelques personnes levèrent leurs armes, prêts à frapper. Puis, voyant que la troglodyte et le thermosaure ne se jetaient pas dans la foule pour faire couler le sang, tout le monde reprit ses discussions, bien qu’une atmosphère de méfiance persistait toujours. Hek avança avec confiance vers le principal responsable de la guilde des aventuriers, un humain aux cheveux bouclés ornés d’une magnifique fleur cueillie dans les jardins de la place publique. Contrairement au reste des gens dans le bâtiment, il était imperturbé de voir ce qui était largement considéré comme des monstres.

« Bienvenue dans la Guilde des Aventuriers de Tirolle, mes braves, » accueilla l’homme. « Mon nom est Gudrug. Gudrug Bluffalpin. Que puis-je faire pour vous ? »

« Nous souhaiterions ajouter d’autres membres à notre équipe d’aventuriers, » expliqua Ipyrt.

« Ah, je vois. Quelle est votre spécialité ? »

« Les arts martiaux, » répondit le thermosaure en imitant quelques postures défensives qu’il avait apprises dans son monastère. »

« La divination, » ajouta Hek en sortant ses cartes de tarot de son sac.

« Parfait, » dit Gudrug en se tournant vers un tableau situé derrière lui, qui affichait quelques annonces d’équipes qui recherchaient des membres. « Comme vous n’êtes que deux, vous pouvez intégrez une équipe déjà existante, ou vous pouvez poster votre propre petite annonce. »

Ipyrt examina les parchemins, notant chaque détail avec concentration. Puis, il signala à Gudrug l’équipe qu’il souhaitait inclure.

« Noté, mon brave, » acquiesça l’humain. « Je vais informer l’équipe de votre candidature. Revenez bientôt ! »

Satisfaits, Hek et Ipyrt sortirent du QG de la guilde en espérant que leur rencontre avec leur nouvelle équipe se passerait bien.

Le lendemain, le duo reptilien revint dans le QG pour rencontrer l’équipe qui les attendait. Devant eux, il y avait trois têtes qui les observaient en croisant les bras. Le premier, un thermosaure musclé vêtu d’un de fourrure de lion et portant une lance dans son dos, salua lentement les nouveaux arrivants d’un air serein.

« Bonjour, » dit-il calmement. « C’est vous qui souhaitez joindre notre équipe d’aventuriers ? »

« Ou… Ouais… » bafouilla Ipyrt, surpris de voir un autre thermosaure dans le coin.

« Ne te fais pas d’illusions, Bashark, » le deuxième aventurier, un homme isolé à la peau incrustée de topazes répondit sèchement. « Ces gens ne sont clairement pas le genre de personnes que nous cherchons. »

« La parole de Yoamu le Profanateur est claire ! » hurla le dernier aventurier, un yuan-ti dont la silhouette était cachée par des robes noires. « Vous n’êtes pas la bienvenue parmi nous. »

À ces mots, les gens commencèrent à se disperser, sauf pour le thermosaure Bashark qui décida de suivre Ipyrt, ignorant les signes que lui faisaient son équipe.

« Hé, toi, c’est la première fois qu’on se voit, » commença-t-il devant son interlocuteur mal à l’aise. « Tu viens de Dagrastrich ? »

« Heu… Non… » bafouilla Ipyrt.

« Alors d’où est-ce que tu viens ? »

« Je vies de Lorkukhet. »

Hek pouvait voit Ipyrt trembler tellement il était nerveux. Bashark aussi.

« Qu’est-ce qu’il y a, ami ? » demanda le thermosaure à la lance.

« J’ai… J’ai des mauvais souvenirs de Lorkukhet. »

« Ah, je vois. Les traumatismes, c’est à prendre au sérieux. Allez, je te laisse tranquille, et bonne chance dans ta quête de trouver une équipe ! »

Bashark s’éloigna, rejoignant sa propre équipe et laissant Hek et Ipyrt seuls dans le QG de la guilde des aventuriers.

« C’est quoi qui t’es arrivé à Lorkukhet ? » demanda la troglodyte, curieuse.

« S’il-te-plaît, je ne veux pas en parler, » répondit le thermosaure.

Un silence plana dans le hall pendant un moment.

« On peut peut-être cueillir les groseilles en attendant de trouver une autre opportunité de joindre une équipe ? » suggéra Hek.

Ipyrt ne répondit pas, mais sa coéquipière savait qu’il s’était résigné à sa suggestion.
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 1 : Une trouvaille à Tirolle
La caravane des deux aventuriers revenait d’une journée d’absence de Tirolle. Hek la troglodyte veillait sur le sac de groseilles durement cueillies avec une vigilance discutable. Sa jambe portait des traces de griffures nettes, résultat de l’introduction d’une goule affamée dans sa tente la nuit dernière. Ipyrt le thermosaure, quant à lui, conduisait la caravane en regardant de tous les côtés, rendu parano à cause de l’attaque.

Lorsque les reptiliens arrivèrent à Tirolle, ils furent surpris par ses rues presque désertes, une anomalie dans cette ville d’habitude si pleine de vie. En interrogeant les quelques personnes qui se promenaient autour, ils apprirent que c’était à cause d’une étrange découverte faite dans les terres agricoles qui avait piqué la curiosité de tout le monde.

« Oh, y’a un aventurier qui a déterré un gros bidule qui brille à l’extérieur de la ville, » dit un passant humain aux bras croisés. « Rien qui est vraiment de mes affaires. Mais si vous voulez y jeter un coup d’oeil, y’a rien qui vous l’empêche. »

Hek et Ipyrt se regardèrent l’un l’autre, incertains de ce qu’il devraient faire en premier.

« Est-ce qu’on va voir le gros bidule avant de donner les groseilles à la boulangère ? » demanda la troglodyte.

« Non, les besoins d’Akrar passent avant, » répondit le moine. « Mais faisons ça vite. C’est peut-être une opportunité en or qu’on est en train de rater. »

Les reptiliens pressèrent le pas vers la boulangerie où travaillait celle dénomée Akrar, le Four Étouffant. L’intérieur de cette boulangerie en bois et en briques était recouverte d’une fine couche de farine, résultat du travail sans fin de ses occupants. Les pains et pâtisseries exposées à l’entrée étaient toutes plus originales les unes que les autres, des oeuvres d’art à part entière. En plus des quelques clients qui achetaient leur pain quotidien, il y avait plusieurs enfants qui vagabondaient dans l’édifice, posant des rafales de questions à la « madame dragon ». Les aventuriers s’approchèrent du groupe de jeunes pour apercevoir un individu svelte de grande taille, dont la tête semblable à celle de dragon était au même niveau que celle du grand Ipyrt. Ses écailles recouvertes d’une mince pellicule de farine avait des reflets rougeâtres, trahissant des ancêtres dragons rouges.

« Est-ce que c’est vous, Akrar ? » demanda Hek, surprise de voir d’autres personnes à écailles dans la ville.

« Oui, c’est moi, » répondit la dame à tête de dragon. « Que puis-je faire pour vous ? »

« Livraison de groseilles ! » cria la troglodyte en laissant tomber le sac de baies blanchâtres aux pieds de la boulangère.

« M… Merci… C’est plus que ce que j’avais besoin… »

Une étincelle de nostalgie et de mélancolie brilla dans les yeux reptiliens de la drakéide.

« La récompense, » insista Hek.

« Oh, oui, j’allais oublier. »

Akrar sortit de sa bourse quatre pièces d’or scintillantes, de quoi faire pétiller les yeux de la troglodyte avide.

« Est-ce que vous savez quelque chose sur le “gros bidule” qui a été déterré dans les terres agricoles de Tirolle ? » demanda le grand moine.

« Non, désolée. Et encore merci pour les groseilles. »

Aussitôt la livraison complétée, Hek et Ipyrt sortirent de la boulangerie et se dirigèrent à l’autre bout de la ville, là où toute la populace s’était rassemblée autour d’un objet vaguement rond d’assez grande taille, fait de pierre volcanique et parcouru de nervures pulsant d’une lumière orangée faisant penser à de la lave en fusion. Un homme aux cheveux mal peignés et à la tunique tachée d’encre marchait en rond en gesticulant, ne s’Interrompant que pour remettre ses lunettes en place.

« Circulez, y’a rien à voir ! » hurlait l’homme, presqu’à bout de souffle. « Ce truc est dangereux, il pourrait vous atomiser si vous y touchez ! »

« Robrig a raison ! » cria une femme vêtue d’armure de la tête aux pieds, appuyée sur une pelle. « Il vaut mieux que vous laissiez cet artefact tranquille ! »

« On ne niaise pas avec les reliques des géants de feu, » ajouta une naine à la peau grise d’une voix bourrue. « Laissez le travail aux aventuriers. »

Hek écarquilla les yeux à la mention du mot « aventurier. » Peut-être acceptaient-ils d’autres membres dans leur équipe ?

« Hé, vous ! » cria la magicienne à écailles, marchant vers le trio. « Est-ce que vous recherchez des membres dans votre équipe ? Parce que moi et Ipyrt cherchons des compagnons de route. »

« Ce n’est pas une mauvaise idée, » répondit la naine. « Le nombre nous avantage contre les ennemis. N’est-ce pas, Fiavq ? »

« Oui, définitivement. Si vous nous joignez, on aura moins de chances d’être tués par des goules. »

À ces mots, la naine grise et l’humaine s’emparèrent du lourd rocher d’origine géante et le transportèrent avec peine vers leur caravane stationnée non loin, encouragés par l’homme aux cheveux mal soignés qui voulait voir cet objet disparaître coûte que coûte. Puis, une fois que les aventuriers furent bien installés, ils firent signe aux reptiliens de monter avec eux.

« Allez, entrez, » insista Fiavq. « On s’apprête à partir. »

« Où allez-vous ? » demanda Hek.

« On s’en va à Arquillères, » répondit la duergar, « c’est là qu’on devra porter la relique. »

« Et est-ce que c’est loin ? » ajouta la troglodyte.

« Oui, mais on devrait y arriver en moins de deux semaines. »

« D’accord, je vais venir. À condition cependant qu’on s’arrête si on trouve un donjon inexploré ou autre truc du genre. »

« Noté. »

« Sommes-nous bien équipés pour ce voyage ? » demanda Ipyrt au groupe, soucieux.

« On a assez de nourriture et d’eau pour le trajet, » expliqua Fiavq. « Si notre chemin devait s’allonger, on pourra toujours chercher à manger dans la forêt ou couper dans les rations. On a aussi une potion de soin si quelqu’un venait à être blessé. »

« Ok, je pense que nous sommes prêts, » conclut le moine.

À ces mots, tout le monde embarqua et la caravane commença son lent trajet vers Arquillères. La relique en forme de caillou était enrobée de couvertures ignifuges en peau de triton de feu. Le chemin choisi était très peu emprunté, très bosselé et étroit, rendant la vie dure aux roues de la caravane. Cependant, les chevaux qui s’occupaient de tirer le véhicule étaient habitués à un sol aussi difficile et l’équipe d’aventuriers s’approchait de leur cible peu à peu.
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 1.25 : Ambuscade de hobgoblins

(Le chapitre a une décimale, car c'est une partie d'un interlude où les personnages font un assez long voyage. Les chapitres arrivent quand les personnages vivent un événement très important pour l'aventure/le synopsis, tandis que les interludes servent à garder en mémoire toutes les rencontres aléatoires des périodes de voyage.)

Le voyage fut loin d’être sans repos. Quelques heures seulement après le départ, une volée de flèches cribla la caravane et ses chevaux. Plusieurs des projectiles se plantèrent dans la peau des équidés, les affolant et faisant rouler le véhicule à toute vitesse sur le sentier bosselé. Alors qu’elle s’emparait de son pic de guerre tout en essayant tant bien que mal de garder les animaux de trait sous contrôle, Fiavq balaya la forêt du regard, cherchant les assaillants, et aperçut des humanoïdes à la peau rouge, vêtus d’armures usées et d’armes de mauvaise qualité, qui se déplaçaient furtivement derrière les arbres. Une flamme mauvaise brillait dans leurs yeux alors qu’ils couraient en direction de la caravane.

« Nous sommes cernés par des hobgobelins, » souffla Fiavq d’un ton sérieux. « Aux armes ! »

Les aventuriers se préparèrent à tirer par la petite fenêtre du véhicule tandis que la guerrière luttait pour diriger les chevaux. Alors que la naine grise, répondant au non de Karnan, tirait avec son arbalète de poing sur les hobgobelins, un cri strident se fit entendre au milieu de la caravane et une petite créature en armure qui s’y était infiltré en catimini tenta de mordre sa cheville. À vue d’oeil, cela semblait être un rongeur, un rat probablement, d’une taille inhabituelle pour l’espèce, car de la tête à la queue, la bête faisait plus d’un mètre. Réagissant d’instinct, Karnan poussa le rat géant du pied avant que ses vicieuses petites incisives ne puissent trancher sa jambe, juste à côté d’Ipyrt, qui le piétina avec tant de force qu’il cessa immédiatement de bouger.

Soudain, une terrible secousse parcourut la caravane alors qu’elle tombait sur le côté au milieu de la forêt. Les chevaux avaient eu raison de Fiavq et s’étaient enfuis avec leurs rennes encore attachés au cou. L’humaine gisait au sol, observant avec désespoir les goblinoïdes qui la cernaient, leurs épées usées prettes à frapper. Trois hobgoblins décidèrent de s’en prendre à elle tant qu’elle était dans une position de vulnérabilité, tandis que les trois autres pénétrèrent la caravane échouée pour s’en prendre à son contenu et ses passagers. Ipyrt repoussa les intrus avec des coups de pieds rapides, tandis que Hek acheva de les endormir avec un sort de Sommeil.

Une fois que tous les hobgoblins de la caravane furent à terre, les passagers sortirent du véhicule pour fournir de l’aide à Fiavq, qui parait tant bien que mal les épées des assaillants avec son bouclier. Profitant d’une ouverture laissée par un coup de poing d’Ipyrt pour se relever, la guerrière commença à marmonner une sorte de chant, très semblable en forme et en dévotion à une prière. Hek reconnaissait ce chant comme le mantra des chevaliers de Milia, un royaume plus au nord, appelé à demander les faveurs d’une divinité aux nom et nature exacte perdues dans le temps, mais dont le domaine incluait en grande partie la guerre et la conquête. Elle reconnut aussi la langue du mantra, l’infernal. Lorsque la prière fut terminée, un flash bref mais surnaturel inonda temporairement la forêt, illuminant les visages horrifiés des hobgoblins désormais effrayés par Fiavq. Aveuglés par la frayeur, les monstres avaient du mal à garder assez de sang-froid pour viser avec assez de précision leurs adversaires et devinrent vulnérables aux attaques de dos des autres aventuriers en arrière. Lorsque l’équipe vint à bout des hobgoblins éveillés, ils coupèrent la gorge de ceux magiquement endormis dans la caravane abîmée avant qu’ils ne puissent se réveiller et continuer à faire du tort.

« En espérant que d’autres ne se cachent pas dans les buissons plus loin, » souffla Karnan alors qu’elle récupérait ses carreaux d’arbalète. « Hmm… Qu’est-ce que cette odeur immonde ? »

L’excitation du combat avait finalement déclenché les glandes odorantes de Hek, qui avaient répandu un arôme fétide dans la caravane et au-delà. Si Ipyrt était plutôt habitué à la puanteur de sa compagne, il en était autre des deux aventuriers qu’ils avaient rencontré plus tard.

« S’il y a bien une chose que je ne m’ennuyais pas des Profondeurs, c’est bien l’odeur de troglodyte, » constata la naine grise en protégeant son nez avec ses vêtements.

« Dis à ton amie trog de désactiver sa puanteur, et vite ! » cria Fiavq avec véhémence, essuyant le sang qui perlait sur son armure. « La dernière chose qu’on a besoin, c’est d’être déconcentré par cette pestilence au milieu d’un combat ! »

« Désolé, mais ce n’est pas possible, » répondit Hek en secouant la tête. « Mes glandes décident toutes seules si elles puent ou non. »

« Dans ce cas, qu’elle reste à la caravane, » grinça la guerrière. « Son odeur risque de faire fuir les chevaux encore plus. Allez, viens, Karnan. Traquons ces bêtes avant qu’elles ne se perdent plus dans la forêt. »

La naine grise se leva et rejoignit sa compagne. Avant qu’ils ne commencent à suivre les traces laissées par les équidés, elle se retourna.

« Toi, le thermosaure, » demanda Karnan. « Souhaites-tu nous aider à traquer nos chevaux ? »

« Hek, est-ce que tu serais capable de te défendre seule si jamais la caravane… Enfin, ce qui en reste, est attaquée par d’autres monstres ? » demanda Ipyrt.

« Je vais y répondre par les cartes, » répondit la divinomancienne en sortant son jeu de tarot en cuir de monstre.

Elle brassa les cartes du mieux qu’elle pouvait, en pigea 3 et observa les résultats.

« Hmm… Selon les cartes, je peux rester seule pendant un temps sans problème. »

« Parfait, » répondit le moine. « Dans ce cas, je viens avec vous. »

À ces mots, les trois aventuriers partirent sur la piste des chevaux, laissant la troglodyte seule avec sa puanteur… Et les cadavres de hobgoblin.

« Hé hé hé… Peu importe ce qu’ils ont sur eux, c’est moi qui l’aura, » marmonna t-elle en se frottant les mains.

Ipyrt, Karnan et Fiavq suivirent la piste laissée par les chevaux dans le sol mou de la forêt. La tâche était facilitée par le chemin de sang qu’avaient laissé les animaux derrière eux à cause de leurs blessures occasionnées par les flèches. Environ une demi-heure plus tard, les aventuriers retrouvèrent les chevaux près d’un ruisseau où ils buvaient. Fiavq s’en approcha calmement, essayant le plus possible de ne pas leur faire peur. Puis, lorsqu’elle fut assez proche d’eux, elle pria à nouveau en infernal avant de toucher les chevaux, faisant apparaître une aura orangée enflammée autour d’eux. Les animaux hennirent de peur, mais aussitôt que l’incantation fut terminée, leurs blessures furent presque refermées. Ils étaient à nouveau aptes à tirer la caravane.

« Hé, mais ce sont des pouvoirs de… Paladin ? » s’écria Ipyrt, surpris. « Mais tu es une paladin ? »

« Oui, » répondit l’humaine en s’emparant des rennes des chevaux. « J’ai juré à des puissances supérieures mon éternelle loyauté. »

« C’est impressionnant. Ça veut dire que tu pourras nous guérir si on fait des bêtises du genre tomber d’un arbre ? »

« Ne faites pas exprès de faire ce genre de bêtises. Je ne vous guérirai que si vous le méritez assez. Allez, revenons à la caravane. »

Plus loin dans la forêt, dans le véhicule de bois retourné sur le côté, Hek dépouillait les hobgoblins de leurs armes et armures et fouillait leurs bourses et sacs à la recherche de bibelots intéressants. La majorité ne portaient sur eux que de l’argent, des pièces d’argent et de bronze qui venaient en majorité de ce royaume. Cependant, en fouillant, la magicienne tomba sur une petite boîte en bronze à peine ternie, verrouillée par une minuscule serrure qui n’attendait que d’être ouverte. Le trou de serrure était si petit que les griffes effilées de la troglodyte ne pouvaient même pas s’y introduire. Impatiente, elle décida plutôt d’invoquer un petit filet d’acide sur la serrure, la faisant dissoudre lentement en dégageant un peu de gaz. Une fois le verrouillage décomposé, la boîte s’ouvrit, révélant une autre boîte, cette fois-ci en agate, avec un mécanisme d’ouverture complexe composé de boutons carrés et de coulisses glissantes.

« Un casse-tête ! » s’écria Hek, se frottant les mains à l’idée d’enfin mettre au défi son intellect, inhabituellement développé pour un troglodyte.

Au moment où la reptilienne s’empara de la boîte mystère, le reste de l’équipe arriva avec les deux chevaux de trait, la faisant sursauter jusqu’à la stratosphère.

« Iiiik ! » cria-t-elle, serrant le cube avec panique. « Hé, avertissez-moi avant d’arriver, la prochaine fois ! »

« On a les chevaux, » déclara Fiavq, qui tenait les animaux par leurs rennes. « Redressons la caravane, maintenant. »

Les aventuriers se rassemblèrent sur le côté du véhicule renversé et poussèrent de toutes leurs forces pour le remettre sur ses roues. C’était une tâche difficile, même à quatre, mais la caravane redevint droite en peu de temps, prête à continuer son chemin comme si rien n’était arrivé.

« C’est génial, elle n’est pas endommagée, » déclara Ipyrt, n’attendant pas pour se glisser dans la caravane. « Allez, en route. »

Les aventuriers reprirent la route en direction d’Arquillères, espérant que le reste du voyage soit dénué de rencontres de monstres. Ce qui ne fut malheureusement pas le cas.
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 1.75 : Une oie géante

(Je saute le 1.5, vu que dans mon document, c'est juste une série de rencontres qui n'ont absolument aucun impact sur le jeu, à part le fait que Hek découvre que résoudre le casse-tête permet de lancer le sort Image Silencieuse.)

Après neuf jours de voyage, au milieu de la nuit, alors qu’il dormait hors de la caravane, Ipyrt sentit quelque chose tirer sur sa robe de moine. Lorsqu’il se réveilla, il se rendit compte que le coupable était une oie deux fois plus grand que lui qui était en train de le mordiller avec son énorme bec. Par réflexe, le thermosaure donna plusieurs coups de pied à l’oiseau, le projetant au loin et le rendant hostile. En réponse à l’agression, l’oie géante cria si fort que la caravane trembla et que toute l’équipe se réveilla en sursaut, leurs oreilles douloureuses. Hek s’était à peine réveillée que tous ses compères étaient en combat, essayant de mettre KO l’animal récalcitrant.

« Arrêtez ! » cria la magicienne dans le chaos du combat. « Je connais ce truc ! C’est une oie magique qui pond des oeufs en or ! Ne la tuez pas ! »

« C’est vrai ? » s’exclama Fiavq. « Si c’est le cas, nous devrions garder cette oie pour nous. Ne la tuons pas, assommons-là ! »

À ces mots, la paladine jeta un sort de Commande sur l’oie, lui ordonnant d’avancer en direction de la caravane. Or, comme les ouïes d’Ipyrt résonnaient encore d’avoir entendu autant de décibels d’oie, il n’avait pas entendu les ordres de Hek et de Fiavq et essayait encore de tuer l’oiseau avec ardeur. Sa témérité fut récompensée par tant de coups de bec qu’il en tomba inconscient. Voyant que son ami allait être tué si elle n’intervenait pas, la troglodyte sauta sur la créature incongrue pour lui donner un bon coup de bâton, le distrayant momentanément, juste assez pour que Fiavq l’assomme pour de bon avec le pommeau de son épée.

« Vite, Fiavq ! » cria Hek. « Il a besoin de soins ! »

« D’accord, d’accord, » répondit l’humaine, ses mains brillant déjà d’une lueur orangée.

Alors que la paladine s’affairait à sa tâche divine, les autres aventuriers entendirent les craquements intenses de branches sèches qui cassaient. Par leur fréquence, Hek et Ipyrt déterminèrent qu’il s’agissait d’humanoïdes, deux probablement, qui se dirigeaient vers eux. Quelques secondes plus tard, un humain accompagné d’une hermine géante et d’un goblin sortirent de l’ombre, visiblement surpris de leur rencontre face à face avec une équipe d’aventuriers incluant un troglodyte et un thermosaure, ainsi que de l’oie géante qui gisait sans connaissance juste à côté.

« Ah ! Je t’avais dit que c’était le cri d’une énorme oie ! » s’exclama le goblin, boute-en-train. « Une oie pondeuse d’oeufs en or ! On va être riche ! »

« Alors là, pas question ! » répondit Hek, s’interposant entre les nouveaux venus et l’oie. « C’est nous qui l’avons chassé, c’est nous qui la gardent ! »

« Ouais, elle a raison, » affirma l’humain armé d’un arc. « Mieux vaut ne pas insister, ils sont plus nombreux que nous de toute façon. »

Les étrangers se retournèrent, et alors qu’ils s’apprêtaient à disparaître dans les bois, Hek les interpella.

« Attendez ! Avant que vous partiez, connaissez-vous un lieu qui pourrait intéresser des aventuriers comme nous ? »

« J’aurais aimé en connaître, mais non. »

« Et savez-vous des choses sur Arquillères ? »

« C’est quoi Arquillères ? Je ne peux pas vous aider. Bonne nuit et bonne chance avec vos oeufs d’or. »

C’est ainsi que les aventuriers furent les heureux propiétaires d’une oie magique dont ils n’étaient pas sûrs comment élever. Ils prirent la peine de la ligoter et de la mettre sur le toit de leur caravane, mais ils craignaient que l’oiseau fasse exploser le véhicule en criant alors qu’ils essaieraient de le nourrir…
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 2 : À la Dague Mortelle
Le reste du voyage fut en majorité consacré à garder l’oie magique sage et nourrie, mais cela était difficile. Ipyrt et Fiavq essayaient tant bien que mal de calmer la créature en colère, tandis que Karnan et Hek s’occupaient de cueillir des céréales dans les bois et de les donner de force à l’oie. Ce n’était pas facile, pas du tout facile, mais ils y arrivaient.

Un jour, alors que le soleil allait bientôt se coucher, la caravane trouva sur son chemin une auberge isolée, un chalet en bois de sapin au milieu de la forêt, connue sous le nom de la Dague Mortelle. C’était un endroit bien entretenu, accueillant malgré son nom, que Karnan et Fiavq avaient déjà visité avant de se greffer à l’équipe de Hek et d’Ipyrt. Les aventuriers s’y arrêtèrent dans l’espoir d’avoir un bon repas et de dormir à l’abri des goules.

« Hmm, ça sent bon, » avoua Hek en reniflant.

« Tu trouves ? » répondit Ipyrt. « Je trouve que ça sent bizarre. »

« On verra ça plus tard, » insista Fiavq. « Hek, reste dans la caravane et surveille la volaille. Comme ça, tu ne feras pas peur aux clients. »

« Vous allez m’en laisser, hein ? » demanda la troglodyte, fronçant les sourcils.

« Je m’en occupe, c’est promis, » le moine répondit.

Tous sauf Hek et l’oie entrèrent dans l’auberge et arrivèrent dans une salle à manger rustique vide de clients où des charcuteries pendouillaient du plafond, faisant saliver les deux reptiliens. Plusieurs braseros illuminaient et réchauffaient la pièce, ajoutant une touche de confort à l’installation forestière. À peine les aventuriers eurent le temps de s’installer qu’ils furent abordés par un aubergiste maigre, aux cheveux noirs courts et à l’habit inhabituellement propre.

« Bonsoir, jeune gens, » salua l’homme, dont l’attention semblait portée ailleurs, nul ne savait où. « Ma foi, vous devez être fatigués de votre voyage. Venez, prenez une chaise. »

Affamés, les aventuriers s’installèrent à une table, ayant l’embarras du choix vu l’absence de clients. À peine furent-ils assis que l’aubergiste mit devant eux un bol rempli de baies noires appétissantes.

« Faites-vous plaisir, » dit-il, souriant.

« Tiens… Vous avez changé l’entrée ? » demanda Fiavq, curieuse mais stoïque.

« Oui, » répondit l’aubergiste.

« Et où sont tous les autres ? » insista la paladine. « Il me semble qu’il y a d’autres employés, d’habitude. »

« Ils ont démissionné il y a des lunes. Pas assez de clients, pas assez d’argent. Il n’y a que moi, maintenant. »

« C’est triste pour vous et votre commerce, » conclua Fiavq en avalant plusieurs baies. « Sachez que la reine de Milia vous supporte. »

Ipyrt, entendant ce serment, écarquilla les yeux. C’est là qu’il comprit que Fiavq était de mèche avec le royaume de Milia. Comment cela lui avait échappé ? Connaissait-elle ses péchés cachés ? À moins qu’elle soit d’accord pour s’allier avec lui pour tuer le roi qu’il voulait assassiner, le roi de son royaume lointain…

« Y’a quelque chose d’autre à manger ? » demanda le thermosaure pour changer de sujet. « J’ai la dalle. »

« Bien sûr. Voici le menu. Comment ai-je pu oublier ? »

L’aubergiste distrait sortit une feuille de parchemin froissée de sa poche, usée par les nombreux clients qui s’en sont servis avec le temps, sur peut-être des décennies.

« Ooooooh, du mouton grillé… » marmonna Ipyrt en salivant. « Ça doit faire des années que je n’ai pas mangé de viande d’ongulé. »

« À ta place, je ne serais pas trop frivole, » répondit Karnan en prenant le menu de ses gros doigts. « On n’est pas si riche. Pour ma part, je vais prendre un potage. »

Le moine aguerri ne put manquer le court frémissement sur le visage de la naine grise qui suivit son ode aux dépenses raisonnables.

« Je rêve ou… Tu n’étais pas sincère en disant ça ? » s’exclama-t-il.

« Non, » nia Karnan en faisant mine de rien.

« Encore ce frémissement. Qu’est-ce que tu me caches ? »

« Tu es vraiment insistant ! Qu’est-ce que tu vas gagner de savoir si je suis sincère ou non ? Je suis une duergar, je me dois de rester stoïque et sans émotion peu importe la situation ! »

Malgré ce que Karnan affirmait, elle avait échappé sa stoïcité il y a un bout de temps déjà. Son corps tremblait, tremblait de colère.

« Ah bon ? Ça me semble morne, une vie sans émotions. »

« Les émotions, c’est pour les faibles. Le devoir, le travail et la rationalité l’emportent sur les sentiments et loisirs frivoles. C’est pour cela que les empires duergar durent aussi longtemps. »

« Je vois. »

Ipyrt fouilla dans ses affaires et en sortit une bague en marbre gravée de symboles typiquement thermosauriens, des lettres composées d’entailles droites, régulières mais en même temps désordonnées.

« Il n’en a peut-être pas à être ainsi, » commença-t-il à raconter. « Je viens d’un autre empire qui dure, un empire de thermosaures. Je dois l’avouer, les thermosaures sont des êtres hédonistes, imprévisibles, qui explosent de joie pour absolument n’importe quoi, même des détails que n’importe qui d’autre ignorerait. Bref, ils ne sont pas stoïques. Mais leur règne, lui, persiste depuis des milliers d’années. »

« Je… Je suis intéressée, » bafouilla la duergar. « Je veux en savoir plus sur ton empire. »

Ipyrt se frotta les mains à l’idée de raconter tout ce qu’il savait de son royaume natal aussi longtemps qu’il le pourrait, peut-être jusqu’à ce qu’il écume d’avoir trop parlé.

« Ce que laissent les thermosaures derrière eux, ce ne sont pas des grosses citadelles qui font pâlir la royauté. En fait, ils ne construisent pas de bâtiments de leurs propres mains, ce sont des architectes d’autres espèces qu’ils paient pour bâtir les architectures étranges qui sortent de leur esprit fertile. Mais ils inventent tout et n’importe quoi, et ils ont révolutionné la technologie de la côte nord plus d’une fois déjà. C’est eux qui ont concrétisé l’élevage des moschops, énormes herbivores avec la forme d’un lézard mais la capacité à faire du lait, pour une production de viande et de lait inégalée dans le continent. Ce sont eux qui ont mis sur pied les Gloutons, les véhicules qui ont servi à défricher les miliers de hectares de forêts et de marécages qui sont devenus le royaume-mégapole qu’est aujourd’hui Canta. C’est eux qui ont imaginé la majorité des petites technologies si insignifiantes de là où je viens, mais si avancées comparées aux deux cabanes miteuses qu’est Oinet. Sans eux, Canta serait à peine mieux qu’ici. »

« Donc… Vous avez construit un royaume entier dans le nord ? » demanda Karnan, éberluée, alors qu’elle enfonçait des baies dans sa bouche.

« Oui… et non. Au départ, c’était un petit empire compact de thermosaures qui avait parfois des contacts avec les empires humains autour, puis, quand les humains ont acheté en masse leur technologie, ils se sont tant étendus qu’il ne reste plus la moindre parcelle de vert ou de sauvage à des centaines de kilomètres à la ronde. Voyant cette colonisation exponentielle, les thermosaures ont décidé de contourner un conflit inévitable en se greffant sur ce nouvel empire, transformant le royaume des thermosaures en province de ce qui serait appelé Canta. »

Surprenamment, Fiavq aussi écoutait avec intérêt la leçon de géopolitique du moine qui venait de si loin. Elle faisait mine de hocher la tête entre deux bouchées de baies sauvages. l'aubergiste arriva de nouveau à la table, insensible à la discussion palpitante qu’il venait juste d’interrompre. Les aventuriers s’empressèrent de communiquer leurs plats souhaités (trois assiettes de mouton grillé, un potage au sapin) pour en entendre plus sur le royaume d’Ipyrt.

« Alors comme ça, vous avez laissé une autre nation vous piler sur les pieds ? » demanda Karnan. « Ça me semble être bien imprudent. »

« Oui, je suis très d’accord, » répondit le thermosaure, reniflant les baies qui ne lui donnaient pas appétit. « Ces derniers temps, les humains mijotent des trucs troubles. Ils nous laissent de moins en moins à manger et des fois, ils capturent les notres pour les torturer et les forcer à travailler pour eux. »

« Qu’est-ce que je disais, » affirma la naine grise. « Voilà ce qui arrive quand un empire baisse sa garde. « Avez-vous les moyens de vous défendre ? Parce que sinon, je ne donne pas cher de votre peau. »

« À vrai dire, oui, mais… Ils nous surnombrent et de loin. Peu importe si on est plus forts, intelligents et résistants qu’eux. Pour chaque soldat thermosaure, je dirais qu’il y en a 50 de plus qui sont humains, prêts à remplacer sans fin ceux qui sont tombés au combat. Et ils ont même nos machines ! Si on décide de se rebeller, je pense qu’on ne survivra pas à une attaque de front. »

Ipyrt écrasa une baie entre ses doigts griffus.

« Karnan, que feraient les duergars s’ils étaient dans une situation pareille ? »

« Hmm… Dans une situation aussi désespérée… Je pense que les duergars essaieraient d’avoir l’air les plus indomptables possibles. Ils espionneraient leurs rivaux, captureraient des individus en catimini, les tortureraient, les forceraient à capituler et à dire à leur peuple qu’il ne faut pas agacer l’empire des nains gris. Si cela ne marcherait pas, les duergars passeraient aux assassinats, la guerre se déclencherait, et en toute honnêteté, je pense que nous serions tous exterminés. »

« Donc c’est un peu sans espoir, selon toi ? »

« Oui, si les tentatives de révolution ne les convainquent pas de se tenir à carreau. »

« Argh… Ça n’augure rien de bon. En tout cas, moi, j’avais déjà une idée… Pense-tu qu’assassiner le roi de Canta serait une bonne idée ? »

« Ça risque d’être difficile, mais je pense que ça va faire effectivement beaucoup de vagues. »

« Ou mieux, peut-être… Fiavq, j’ai cru comprendre que tu as des genres de contact avec la garde royale de Milia ? »

« Oui, » répondit la paladine. « J’en ai plusieurs. »

« Pense-tu que tu serais capable de convaincre le royaume d’entrer en guerre avec celui de Canta ? Les deux royaumes sont déjà en tension, il en faudrait très peu pour que ça explose. »

« Oh, en toute honnêteté, je ne sais pas. Je ne suis pas assez haut gradée pour faire bouger quoi que ce soit dans le royaume. Il faudrait que je monte les échelons de l’armée d’abord. »

« Mais ça n’empêche pas d’en discuter avec des supérieurs, non ? »

« Hé bien, non. »

« Alors on pourrait aller visiter la royauté de Milia et leur parler de toutes les bonnes raisons qu’ils ont à taper sur Canta. Et comme ça, on pourrait déstabiliser le royaume et donner une chance aux thermosaures de reprendre le dessus. On pourrait peut-être même convaincre Milia de considérer les thermosaures comme des égaux pour que cette situation ne se reproduise pas. »

« Oui, oui, ça me semble intéressant. On pourra se rendre au château de la reine pour en discuter. Mais d’abord, poursuivons la tâche que nous nous sommes donnés : apporter la pierre volcanique qu’on a déterré à la forge de Karnan. »

« D’accord. »

Ipyrt se leva, portant son bol de baies dans ses mains chitineuses.

« Je vais apporter à manger à Hek, elle doit crever de faim, » dit-il en s’éloignant.

Dans la caravane, la troglodyte comptait ses dents pour tuer le temps. Elle trouvait que ses compagnons prenaient beaucoup trop de temps à commander la nourriture et ne put s’empêcher de souffler un “enfin !” quand elle vit Ipyrt pousser les portes de l’auberge.

« Alors ? » demanda-t-elle en s’avançant de la caravane.

« Des baies pour madame, » répondit le thermosaure, offrant un bol rempli de perles noires juteuses.

« Oh, ça ? Ce sont de puissants somnifères. Si j’en mange, je vais sombrer dans un sommeil sans rêves et j’ai besoin de rêves pour que ma magie divinatoire marche. Cependant, je pourrais faire sécher ces baies, elles seront plus qu’utiles pour garder notre oie docile. »

« Ah… D’accord. »

Ipyrt regarda en l’air, sentant la culpabilité lui monter au nez parce qu’il n’avait pas deviné les propriétés de ces petits fruits.

« Je… Je vais aller voir si le mouton rôti est arrivé, » dit-il. « Donne-moi une ou deux pièces d’argent, je vais m’occuper de payer. »

« Non, non. Je vais venir et payer en personne. Ça va être moins compliqué. »

« Mais… Et si l’aubergiste nous sortait de là parce que tu es une troglodyte ? »

« Relaaaaaxe. Je vais demander aux cartes d’abord pour voir si le monde va prendre feu si je mets le nez dans l’auberge. »

Hek sortit de son sac ses cartes de tarot en cuir, les brassa méticuleusement en marmonnant pendant environ une minute, puis les étala devant elle pendant qu’elle les examinait.

« Alors ? Est-ce que le monde va prendre feu si tu entres dans l’auberge ? » demanda Ipyrt, se penchant au-dessus des cartes par curiosité.

Les yeux de la divinomancienne étaient remplis d’une inquiétude jamais vue depuis que les deux reptiliens s’étaient rencontrés.

« Et ben… Peut-être bien, » affirma-t-elle, réorganisant lentement ses cartes. « Les cartes sont claires. La catastrophe arrivera. Donne-moi juste une minute, il y a quelque chose qui me chicote. »

Ipyrt observa à nouveau tout le processus de divination de Hek. Après une autre minute, elle arriva à un verdict.

« Finalement, je m’inquiétais pour rien, » dit-elle en rangeant ses cartes. « Il faut juste que je reste dans la caravane pendant que vous mangez sous un toit qui a de l’allure. »

La troglodyte soupira, puis sortit quelques pièces de métal pâle de sa bourse.

« Tiens, deux pièces d’argent. N’oublie pas de me rendre la monnaie. »

Le moine acquiesça et s’empara des pièces avant de retourner dans l’auberge. Lorsqu’il revint parmi son groupe, les assiettes fumantes de mouton et de potage étaient déjà servies.

« L'aubergiste est arrivé avec la nourriture pendant que vous étiez partis, » dit Karnan en aspirant son potage.

« Pas besoin de te forcer à parler avec ce ton sans émotion, » répondit Ipyrt en prenant une assiette de mouton rôti. « Je suis au courant, maintenant. »

Les aventuriers mangèrent allègrement, puis se payèrent une chambre chacun. Ils se souhaitèrent chacun bonne nuit avec plus ou moins d’enthousiasme avant de se glisser sous leurs couvertures rudimentaires dans l’espoir d’avoir un sommeil reposant. Hek, obéissante, se contenta de dormir dans la caravane sans se plaindre.

Plusieurs heures silencieuses passèrent dans l’auberge, faute de clients. L'aubergiste s’approcha silencieusement des chambres, marchant avec une grâce troublante, et s’arrêta devant la porte fermée qui dissimulait Fiavq. Avec le plus de discrétion possible, il s’empara de l’une des clés de sa ceinture et la fit tourner lentement dans la serrure, jusqu’à ce que la porte s’ouvre d’elle même, révélant la paladine profondément endormie, son armure déposée à côté de son lit. L’intrus observa méticuleusement l’occupante et, peu à peu, son corps se métamorphosa. Ses cheveux noirs et courts pâlirent et s’allongèrent jusqu’à ce qu’ils arrivent à ses épaules. Le teint de sa peau changea, son corps se muscla et ses vêtements copièrent ceux que portaient Fiavq dans son lit. Bientôt, l’aubergiste ressemblait à deux gouttes d’eau à l’aventurière, sauf pour un menu détail : les longs tentacules frémissants qu’arborait sa tunique. L’aubergiste continua à avancer jusqu’à ce qu’il soit face à face à la paladine, assez proche pour que ses étranges tentacules puissent brusquement immobiliser son visage et s’infiltrer dans ses oreilles, laissant sur sa peau et ses conduits auditif une substance gluante et nauséabonde. Fiavq se réveilla rapidement et, se sentant profondément en danger, se débattit le plus possible et frappa l’abomination en essayant de faire le plus de boucan possible. Mais hélas, la pression sur sa tête et son cou étaient trop fortes et la guerrière sombra dans l’inconscience.

Cette nuit, Ipyrt avait le sommeil léger. Il se retournait sans cesse dans son lit, puisque les craquements du plancher, aussi minimes furent-t-ils, ne cessaient de l’arracher à l’inconscience superficielle qu’il avait tout juste atteint. Ce fut lorsque des bruits de coups émanèrent de la chambre d’à côté que le thermosaure abandonna définitivement ses tentatives d’endormissement pour aller jeter un coup d’oeil à ce qui faisait autant de bruit. Il arriva devant la chambre de Fiavq, grognon, face à une porte verrouillée. Le mieux qu’il pouvait faire était de cogner à la porte et de demander à sa compère ce qui pouvait bien se passer.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » cria une voix de femme irritée depuis la chambres.

« J’entends des genres de coups qui viennent de ta chambre et ça m’empêche de dormir. Qu’est-ce que tu fais, bon sang !? »

« Je suis tombée de mon lit ! Ça te dérange !? »

« Oui ! Silence, maintenant. Il y a des gens qui essaient de dormir. »

Ipyrt retourna dans sa chambre, prenant de grandes respirations pour dissiper sa frustration et s’endormir sereinement. Dans la chambre de Fiavq, l’imposteur avait encore ses tentacules enfoncés dans la boîte crânienne de la vraie Fiavq, aspirant petit à petit la matière cérébrale de l’humaine inconsciente. Lorsqu’il aspira les dernières gouttes de conscience de sa proie, il sortit de la salle en suivant l’ordre du moine insomniaque en essayant d’être le plus silencieux possible. Le polymorphe décida ensuite de s’attaquer à Karnan, puisqu’il n’était toujours pas rassasié. La naine grise fut encore plus facile à drainer, puisqu’une seule étreinte suffit pour la tuer. Une fois le cas de Karnan réglé, ce fut autour d’Ipyrt. L’abomination qui avait encore les traits de Fiavq prit la peine d’attendre quelques minutes que le thermosaure se rendorme, puis commença à déverrouiller la porte. Or, lorsque la chambre se dévoila au dévoreur d’esprits, il fut confronté à un Ipyrt parfaitement réveillé, les yeux grands ouverts, le coeur battant à toute vitesse, qui avait compris que quelque chose n’allait pas. Après tout, pourquoi Fiavq entrerait dans sa chambre avec les clés de l’aubergiste en l’observant avec un appétit prédateur ?

« Salut, Ipyrt, » salua l’imposteur.

« Qui… Qui es-tu !? » s’insurgea le thermosaure, sur le qui-vive.

Sachant qu’il était démasqué, l’aberration cessa de se cacher. Sa forme humaine fondit en une silhouette dégoulinante de chair sans forme qui se déplaçait malgré tout avec une agilité sans pareille. Ses tentacules gluants fouettèrent l’air dans l’intention de saisir la tête d’Ipyrt comme celle des deux regrettés avant lui. Voyant l’abomination indescriptible foncer vers lui à toute vitesse, le moine se tient à l’affut, effectuant une manoeuvre acrobatique impressionante pour éviter un destin fatidique. Puis, une fois derrière le monstre, il poussa de toute ses forces la masse informe à travers la fragile cadre de fenêtre en bois, éjectant son agresseur hors de l’auberge avec quelques éclats ligneux. N’attendant pas une seule seconde, le thermosaure s’empara de son sac à dos et de ses armes et fonça en trombe hors de sa chambre, appelant le reste de l’équipe pour leur aide.

« Karnan ! Fiavq ! » cria-t-il à travers les couloirs. « Nous sommes attaqués ! »

Or, ses appels furent accueillis par un silence complet. Ipyrt appela à nouveau, puis, voyant que personne ne répondait, défonça les portes des chambres de ses compagnons aventuriers. S’attendant à voir des gens gronchons d’avoir été réveillés de force, il vit plutôt des corps sans vie qui reposaient sur leurs lits dans des positions trahissant l’agonie. L’étreinte des tentacules de l’aberration qui les avait agressés avait laissé des traces rouges sur leur peau. Cette vue grotesque perturba grandement le moine, qui vit un sentiment d’urgence enfler rapidement en lui. Il fallait quitter la taverne très vite avant que le monstre revienne à la charge.

Ipyrt courut dans les corridors jusqu’à la salle à manger et la porte d’entrée, qu’il referma rapidement derrière lorsqu’il sortit en trombe de l’auberge. Puis, avec une agilité digne d’un moine, il sauta sur le siège du cocher, qui n’avait maintenant plus de meneur de cheval attitré. Ce serait le thermosaure en panique, qui n’avait jamais tenu les rennes d’un animal, qui devrait mettre les équidés en marche avant que le monstre sorte de l’auberge lui aussi.

Ipyrt commença par réveiller les chevaux, ce qui lui prit plusieurs essais, mais l’insistance de ses tapes finit par arracher les bêtes de traite de leurs rêves. Puis, il tira sur les rennes, essayant de se rappeler ce que faisait Fiavq pour mener ces animaux.

« Hue ! » cria le moine d’un ton dominateur incertain.

Les chevaux, entendant la voix rauque inhabituelle de leur nouveau cocher, refusèrent de flancher. Ils émettèrent un soufflement et restèrent immobile face à ce qu’ils considéraient comme un chef illégitime. Alors qu’Ipyrt insistait pour faire bouger les animaux, il aperçut à son grand horreur la poignée de la porte de l’auberge de la Dague Mortelle se débloquer pour révéler lentement l’horreur qui était à ses trousses.

« Hue ! Hue ! » cria à nouveau le moine, cette fois-ci animé par l’urgence et la détresse.

Les animaux têtus refusèrent encore d’écouter les ordres de leur cocher, mais voyant le monstre sans forme qui fonçait vers eux, hennissèrent de panique et partirent à la course, entraînant la caravane sur un trajet chaotique et incertain. Ipyrt serra les rennes avec misère, mais l’adrénaline lui donna assez d’énergie pour que ses biceps ne flanchent pas face à l’effort.

« Par Laogzed, qu’est-ce qui se passe !? »

C’était le cri de Hek, qui avait été arrachée violemment de son sommeil par tous les brimbalements de la caravane.

« On est poursuivi par un monstre polymorphe qui a assassiné Karnan et Fiavq ! » répondit Ipyrt en criant.

« Ils sont MORTS !? » s’écria la troglodyte. « Mes cartes m’ont menti ! »

La divinomancienne jeta un oeil dans la petite fenêtre arrière, et aperçut le traqueur sprinter sur des membres longs et grotesques, puis bondir pour couvrir plus de distance.

« Une apparition stellaire !? Ipyrt, on avait un paladin ! Ils peuvent sentir les aberrations avec leur sens divin ! Comment vous avez fait pour le laisser passer !? »

« J’en sais rien ! On a pas le temps de penser, il faut fuir ! »

Hek se pencha vers l’aberration, puis, depuis la petite fente, lança un sort de Breuvage Caustique sur le poursuivant d’outre-monde, qui l’esquiva de justesse. Des éclaboussures d’acide tachèrent la chair impie de l’abomination agile, faisant apparaître des cloques encore plus grotesques que la bête elle-même.

« Plus vite ! » hurla Ipyrt aux chevaux, agitant à nouveau les rennes.

Les chevaux, alimentés au danger, accélérèrent pour semer l’apparition stellaire, qui rapetissait de plus en plus à l’horizon. En guise d’au-revoir, Hek lança un deuxième sort acide qui aspergea l’abomination de plein fouet, la laissant se dissoudre peu à peu dans l’agonie alors que sa proie disparaissait dans la forêt.
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 3 : Arrivée à Arquillères
Sans la duergar et la paladine, le voyage de Hek et d’Ipyrt était bien plus morne et difficile. Les regrettés connaissaient bien leurs chevaux, ainsi que le trajet vers Arquillères, contrairement aux reptiliens. De plus, Karnan et Fiavq étaient très douées pour puiser dans l’abondance de la forêt pour avoir assez à manger pour tout le monde, même l’oiseau qui faisait deux fois leur taille. Ipyrt avait dû chasser pour survivre durant son voyage vers Oinet, mais il n’était pas aussi bon que ceux qui avaient été dévorés par l’apparition stellaire. Quant à Hek, pour une troglodyte, ses talents de chasse étaient abyssaux. Par conséquent, les aventuriers durent subsister sur les nombreuses rations que Karnan et Fiavq avaient laissé derrière eux. L’oie était toujours ligotée sur le toit de la caravane. Hek la gavait de baies somnifères séchées à chaque fois que le volatile devait être gardé au calme. Heureusement, l’oie aimait bien le goût de ces baies et les aventuriers purent, au cours de leur voyage, commencer à la laisser se balader sous surveillance.

Un après-midi, la caravane passa près de ruines si défigurées que les aventuriers ne pouvaient même pas déterminer c’était les ruines de quoi. En fouillant un peu, Hek tomba sur une armure de chaînes en piètre état, déchiquetée par le temps et quelque créature non identifiée, portant un insigne de phénix doré ainsi qu’un médaillon de cuivre tordu où était inscrit « Lariche est bénite et pure. » Hek reconnaissait l’insigne des Purificateurs, une faction de clercs qui travaillaient fort à dépouiller la forêt d’Arigny de ses goules. Étant donné le terrible état dans lequel était l’armure, les aventuriers décidèrent de la laisser là et de continuer leur chemin.

C’est après deux semaines de long voyage que Hek et Ipyrt aperçurent finalement des signes de civilisation à l’horizon. Des bâtiments rustiques aux cheminées fumantes se pointaient parmi les troncs, tandis que plusieurs immenses tours de pierres dépassaient les cîmes. Bientôt, ils virent un gros panneau de bois sur le bord du chemin où “Bienvenue à Arquillères” était inscrit.

« Hek ! Hek ! » grogna Ipyrt, se tournant vers sa compagne morte d’ennui. « On est arrivés ! »

À peine Ipyrt eut fini de parler que la troglodyte sortit le museau de la caravane avec une énergie jamais vue depuis cette douzaine de derniers jours. À la vue de la petite ville, sa queue s’agita avec excitation et enthousiasme. En fait, Hek était si contente de voir à nouveau de la civilisation que ses glandes à puanteur se déclenchèrent et empestèrent tout le véhicule de l’odeur caractéristique de son espèce.

« Une chance que Karnan et Fiavq ne sont plus coincés dans la caravane à côté de toi, » taquina Ipyrt en couvrant ses narines avec ses habits.

Arquillères était une grande ville pour les standards de la forêt d’Arigny. Les grandes tours de pierre au centre du lieu, inhabituelles au milieu des sapins, faisaient en fait partie d’une petite université qui était bien fréquentée malgré son isolement. La population était majoritairement composée d’humains, mais arborait une quantité non négligeable d’elfes et, à la grande surprise d’Ipyrt, de thermosaures.

« Tiens, ça me fait penser… » songea le moine, « Maintenant que Karnan n’est plus de ce monde et qu’elle ne peut donc plus s’occuper de sa forge, qu’est-ce qu’on fait de la grosse pierre de feu ? »

« On peut la garder, » répondit Hek. « On n’aura plus jamais froid. »

Lorsque l’équipe installa la caravane dans le caravanserail de la ville, ils furent abordés par une vieille dame portant un manteau épais qui s’approchait d’eux avec un énorme soulagement.

« Oh, bon dieu, j’ai cru que cette caravane ne reviendrait jamais… » s’écria-t-elle, au bord des larmes. « Mais qui es-tu, toi ? C’est la première fois que je te vois ici. Et où sont Fiavq et la duergar ? »

« Tués par une apparition stellaire, » répondit Ipyrt d’un ton désolé.

« Oh, les pauvres ! Cela devait être dur pour toi. Et que fait cette oie enchantée sur son toit ? »

« Hé, bien, à vrai dire, on l’a capturé dans la forêt. Elle est à nous, maintenant. »

« Oh, a-t-elle pondu un oeuf en or, à date ? Si on en vendait à la capitale, peut-être que le roi Mouerade accorderait plus d’attention à notre pauvre demeure. Les temps sont durs, voyez vous ? »

« Selons les dernières vérifications, on n’a toujours pas d’oeuf en or, » déclara la voix familière de Hek depuis l’intérieur de la caravane.

« Tiens, tu n’es pas seul, thermosaure ? » demanda la dame.

« Mais non, » ajouta la magicienne en sortant du véhicule. « On est deux. Moi c’est Hek ! »

La vieille dame eut une réaction visible de dégoût en voyant la créature des Profondeurs.

« Oh, un… Troglodyte… » bafouilla-t-elle, tentant à peine de dissimuler son dédain. « Il n’en passe pas souvent, par ici… »

« Vous ne me semblez pas à l’aise, madame, » constata Hek, un peu perplexe. « Un problème ? »

« Non, non… Je vais juste… Partir… »

La dame s’éloigna en pressant le pas, ne voulant pas passer plus de temps avec un individu faisant partie d’une espèce ayant la réputation d’être sale, misanthrope et sanguinaire, sous les yeux écarquillés des deux reptiliens.

« On dirait que les gens sont moins tolérants qu’à Tirolle, ici, » constata Ipyrt. « Il vaut mieux qu’on reste discrets. »

Les aventuriers sortirent de la caravane et se dirigèrent vers la taverne locale, tenant l’oie géante en laisse. La peau de Hek, pour éviter de trop attirer les regards, changea d’un gris pierre morne à un vert forêt typique des hommes-lézards qui vivaient dans les Bois de Darcellon, plus au nord.

« Bon, maintenant qu’on n’a plus Karnan ni Fiavq, qu’est-ce qu’on fait ? » demanda le grand moine en promenant l’énorme volatile dandinant sur les chemins de terre.

« J’y ai pensé, » commença la magicienne camouflée. « On pourra toujours trouver un moyen de discuter avec la royauté de Milia. Mais pour ça, il faudra que j’apprenne à lancer le sort Altération d’Apparence, pour que je ressemble à une garde royale et pas la reptile sans titre que je suis. Je suis sûre qu’ils ont le sort sur parchemin dans l’université. On y jettera un oeil. »

« Tu… Tu vas copier le sort dans ton livre ? Je crois qu’on a pas assez de ressources pour le faire. C’est quand même un gros sort, Altération d’Apparence. »

« Oui, tu as raison. C’est pourquoi je pense que c’est essentiel que nous commencions à explorer des ruines et des donjons. Parlant de ça… »

La troglodyte déguisée pressa le pas vers un large tableau couvert de parchemins, fort probablement le tableau de quêtes local, laissant son compagnon seul avec l’immense oie. Pendant qu’elle farfouillait parmi les appels à l’aide et les offres d’emploi, un passant curieux s’approcha de l’animal au plumage immaculé, qui ne manqua pas de lui crier après pour l’éloigner. Peu après, Hek se saisit d’un papier, qu’elle agita devant la face d’Ipyrt avec détermination.

« Regarde, Ipyrt ! » cria-t-elle alors que le moine recula son visage pour ne pas être victime d’un pugilat de la part de la pièce de parchemin. « Ça parle d’un donjon qu’ils ont découvert il y a quelques mois, les Mines Réfléchissantes. Si personne ne les a pillés, on pourrait devenir riches ! »

« Uuuuuh… D’accord. Mais on prend un morceau avant. »

Les reptiliens se dirigèrent vers la taverne, un édifice de pierre à deux étages nommé l’Abacus Doré. Lorsqu’ils entrèrent, ils furent accueillis par une atmosphère inquiète, la vapeur d’un chaudron bouillant, ainsi qu’un abacus doré si grand qu’il touchait le plafond. Une femme aux cheveux blonds habillés de vêtements usés mais élégants était en train de préparer des boissons alcoolisées aux clients impatients, apparemment trop absorbée dans sa tâche pour voir ses deux nouveaux clients excentriques. Ipyrt s’approcha lentement, incertain de la manière dont il devrait l’aborder.

« Heu, hum… Bonjour ? » marmonna-t-il, la timidité commençant à le gruger de l’intérieur.

Un moment de silence persista, jusqu’à ce que la dame lève subtilement le regard pour voir ceux qui éaient au comptoir, avant de passer directement à sa tâche précédente.

« Quelle boisson vous voulez ? » demanda-t-elle sans flancher. « Rhum ? Bière de groseilles ? Tepepec ? »

« Hé bien, avant de penser aux boissons, est-ce qu’on pourrait avoir du fromage ? » insista le thermosaure affamé.

« Nous n’avons pas de fromage, » répondit la femme, « mais nous avons du gruau, des oeufs, du porc, de la truite et du saumon. »

« Du saumon pour moi ! » cria Hek sans attendre. « Et tiens, de la bière de groseilles. »

« Ce sera de la truite pour moi, » marmonna Ipyrt en regardant le sol. « Pas d’alcool. »

« Noté, noté, » la barmaid répéta, allant chercher une bouteille de bière et des poissons fumants de son chaudron, avant de les présenter devant les voyageurs affamés. « Cela va faire un total de 2 pièces d’or. »

« C’est… Cher, » constata le thermosaure, tendant ses pièces à l’humaine.

« C’est vrai, » aquiesca la divinomancienne. « Pour un plat semblable dans une taverne d’une ville voisine, on a payé presque deux fois moins. »

« Je comprends, mais en ce moment, les prix montent partout en ville, » rétorqua la femme. « Si nous baissons nos prix, nous allons faire faillite. »

« Je vois, » dit Hek en tendant sa propre paie.

Les aventuriers commencèrent à manger leur repas et à discuter de leur visite des Mines Réfléchissantes. La troglodyte goûta à son verre de bière de groseille, avant de le glisser près d’Ipyrt pour qu’il puisse y goûter lui aussi.

« Selon le parchemin, la Mine se situe au sud du Lac Charmeau, pas trop loin d’ici, à environ 4 jours de marche, » expliqua la magicienne, la bouche pleine de saumon. « Par contre, il va nous falloir une carte, c’est sûr. As-tu vu un cartographe dans le coin ? »

« Bien sûr, » répondit le moine en goûtant délicatement le produit de baies des bois fermentées. « J’en ai vu un pas loin de la taverne, à deux rues de là. »

Pendant qu’il buvait, le thermosaure cessa complètement de parler, ayant ouï ce qu’il pensait être des ragots intéressants de la bouche des clients. Pas loin de l’endroit où les aventuriers se désaltéraient, une demoiselle racontait à ses amies gloussantes qu’elle avait vu un magicien invoquer des méphites de fumée à l’extérieur de la ville, qui l’ont aussitôt attaqué. Serpentant parmi les tables hurlait une lunatique au sujet d’une soi-disant sorcière vivant dans la Tourbière de Ceaux, mais personne ne la prenait au sérieux. Un homme grand et maigre buvant à une table près de la femme gesticulante réagit en expliquant à ses confrères que si ce qu’elle disait était vrai, il lui serait bien plus difficile que prévu de trouver des tentacules oculaires de tyrranoeil conservés dans la tourbe. Cet homme ne semblait pas être un aventurier, c’est pourquoi le moine cuirassé se leva et l’aborda avec l’intention de l’aider (et d’en tirer une récompense).

« Bon… Bonjour. Mon nom est Ipyrt. J’ai entendu dire que vous aviez besoin d’aide pour une mission de plus haute importance, d’un niveau de difficulté tel que des aventuriers pourraient être nécessaires pour concrétiser ce projet. Moi et ma partenaire sont justement des aventuriers au chômage, et nous serions plus que ravis de vous aider, pour un prix modeste. »

La nervosité d’Ipyrt était visible à travers ses mouvements erratiques, qu’il peinait à dissimuler malgré tous ses efforts. L’homme, dont le visage avait été creusé prématurément de rides profondes, remarqua son peu d’assurance mais ne semblait pas trop en être dérangé.

« Tu m’as l’air d’un mec assez fort, toi, » dit-il en regardant de tous les côtés, comme s’il s’attendait qu’un autre client lui saute dessus et l’étripe. « Si tu me prouves que tu es un combattant décent, peut-être que je te laisserai m’accompagner. »

Le moine peu sociable chercha du regard une planche qu’il pourrait casser pour montrer ses compétences en arts martiaux, mais dut se résigner à utiliser une table. Discrètement, il fit une danse typique de son monastère, avant de cibler le meuble de bois avec un coup de poing karaté bien ciblé. Le coup laissa une petite marque sur la table, mais rien de trop impressionnant.

« Oups, d’habitude je frappe plus fort que ça, » s’excusa-t-il. « Mais ma partenaire va faire beaucoup mieux. Hek ! »

« J’arrive, j’arrive. »

La magicienne à écailles observa la table un moment, avant de réciter l’incantation typique du sort Éclaboussure Acide. Lorsqu’elle eut terminé, un jet sans précédent de liquide corrosif fut éjecté de son bâton pour s’attaquer à la cellulose de la table, transformant la marque de coup de poing en trou au centre du meuble.

« Alors ? » demanda-t-elle en s’inclinant, comme pour solliciter des applaudissements.

« Ce ne sera pas une perte de vous recruter comme escorte jusqu’à la tourbière, » conclut l’homme maigre en se levant et en s’éloignant du groupe d’humain avec qui il avait conversé. « Allez hop, on y va. Qu’est-ce que vous attendez ? Ah, et au fait, mon nom est Cétrin. »

Les aventuriers se levèrent à leur tour et suivirent Cétrin pour l’escorter vers la Tourbière de Ceaux. L’homme recouvert d’un épais manteau de fourrure avait sur lui une carte des environs d’Arquillères, ce qui lui permettait de mieux s’orienter dans la forêt boréale qui constituait le paysage. Avec un moine, une magicienne et une oie de la taille d’un ogre, il était sûr de rester en sécurité pendant le trajet.

Après quelques heures de route, une étendue de boue épaisse et bouillonnante se profila à l’horizon. Les troncs autour étaient morts et noircis, attaqués par une force d’outre-monde. Sentant le danger, l’oie tirait sur sa laisse, ne voulant pas rester une seconde de plus ici. Cétrin avança jusqu’à ce que ses collants soient tachés de tourbe, puis s’adressa à son escorte.

« C’est ici qu’un tyrannoeil aurait été fauché il y a quelques décennies, » expliqua-t-il en gesticulant nerveusement. « Son cadavre devrait avoir été conservé profondément dans cette tourbe. Prenez ces pelles. »

Le grand humain lança de grosses pelles à Hek et Ipyrt, manquant d’atterrir sur leurs têtes. La magicienne s’empara de la laisse de l’oie et rendit sa pelle à Cétrin.

« Cette tourbière m’a l’air fichtrement dangereuse, » commenta-t-elle. « Je vais m’occuper de surveiller l’oie et de monter la garde. Vous, occupez vous de creuser. C’est vous qui avez des muscles, pas moi. »

Le grand et musclé Ipyrt enfonça profondément son outil dans le sol mou et commença à jeter de grosses mottes de tourbe derrière lui, bientôt suivi par l’humain émacié.

« Mes copains thermosaures m’ont appris que les tyrannoeils étaient des habitants des Profondeurs, » raconta-t-il en forçant des bras. « Je me demande pourquoi l’un d’entre eux se serait rendu ici, dans un marais. »

« C’est vrai, » acquiesça Hek en balayant la tourbière effrayante du regard. « Je connais bien les Profondeurs, et je sais qu’il n’y a pas une seule entrée vers cet endroit à des dizaines de kilomètres à la ronde. »

« En toute honnêteté, je ne sais pas, » répondit Cétrin, déjà essoufflé. « J’ai juste entendu dire des rumeurs à propos d’un tyrannoeil qui aurait été tué ici. J’espère que ces rumeurs sont vraies. »

« J’espère, » insista Ipyrt, accélérant l’excavation. « Si j’avais le choix, je pense que je décamperais d’ici. »

« Hé, les gars, j’ai une idée ! » s’écria la magicienne reptilienne. « Normalement, le cadavre d’un tyrannoeil devrait avoir une signature magique spéciale. Avec un sort de Détection de la Magie, je devrais pouvoir le trouver même sous cette couche de tourbe. »

Tenant la laisse de l’oie d’une main, la troglodyte commença à murmurer des incantations complexes et à faire des mouvements presques chamaniques. Une fois qu’elle eut terminé, elle commença à vagabonder tout autour, guidé par un sens nouveau.

« Je vais faire le tour de la tourbière, » annonça-t-elle, concentrée. « Une fois que je sentirai de la magie aberrante, je vous avertirai. »

Ipyrt et Cétrin observèrent leur compagnonne des Profondeurs s’éloigner avec l’oie vers nul ne savait où, avant de continuer à pelleter de la matière organique en décomposition.

« Sinon, pourquoi tu veux trouver des morceaux de tyrannoeil ? » demanda le thermosaure, attelé à sa tâche. « Pour en mettre dans un sandwich ? »

« Beurk, non ! » rouspéta l’homme, s’arrêtant de creuser pour faire dissiper sa nausée, causée par l’odeur insupportable de la tourbe et le commentaire sorti de nulle part du moine.

Pendant ce temps, Hek vagabondait dans le marais guidée par son scanner à magie. Elle avait déjà fait une certaine superficie du marais, sans avoir trouvé quoi que ce soit ressemblant à la signature d’un tyrannoeil. Tout ce qu’elle sentait, c’était une puissante magie de conjuration impie qui émanait des boues centrales, lui faisant un effet analogue à la puanteur. Cependant, elle entendit des cris de détresse provenant des parties les plus fourbes de la tourbière.

« À l’aide ! À l’aiiiiide ! » criait une voix faible, rauque et étouffée de jeune troglodyte.

Le coeur de Hek se serra alors que cette dernière eut le réflexe de s’approcher et de sauver un potentiel allié. Cependant, alors qu’elle fut plus proche, elle put se rendre compte qu’il ne s’agissait qu’un simulacre de voix, une pâle imitation dans le but de la duper. Ne voulant pas être dévorée par un monstre, la magicienne tourna les talons et continua son exploration du marais. C’est alors qu’elle aperçut un objet brillant dans la tourbe…

De leur côté, Ipyrt et Cétrin avaient fait une pause d’excavation, ayant décidé d’attendre le compte-rendu de leur amie troglodyte. Leurs bras étaient endoloris par l’effort et bien contents que les deux archéologues du dimanche aient cessé leur travail acharné. Tandis que les deux mâles se reposaient gisants sur le sol humide, essayant d’ignorer l’eau qui infiltrait leurs vêtements juste le temps de récupérer leurs forces, un bruit étrange et écoeurant atteignit leurs oreilles. On aurait dit qu’une armée s’était penchée pour creuser bruyamment la tourbe avec leurs mains. Cétrin, toujours alerte, balaya les alentours du regard et aperçut éventuellement une main grise, rampante, à moitié décomposée qui avançait vers eux avec une vitesse surnaturelle. Bientôt, il n’en virent pas qu’une mais deux, trois, quatre, dix, vingt, bientôt une centaine de mains et de pieds désincarnés animés par un seul désir : les tuer.

« Ipyrt ! Regarde ! » cria l’homme maigre, son visage ridé déformé d’effroi.

Le thermosaure interromput sa sieste pour jeter un oeil aux créatures grotesques qui l’avaient choisi comme proie et fut tout aussi horrifié que son compagnon de dimensions plus modestes. Presque immédiatement, ils prirent la décision de grimper dans un arbre pour se mettre à l’abri, mais ils découvrirent avec effroi que les membres zombies pouvaient grimper encore mieux qu’eux. Il ne restait qu’une seule option, soit combattre.

« Cétrin, as-tu une arme sur toi ? » demanda Ipyrt, se préparant à donner une volée de coups de pieds inhabituelle pour son espèce aux jambes très courtes.

« Oui, j’ai une petite massue, » répondit-il en sortant un bâton de bois épais, ainsi qu’un vaste disque d’acier. « Et un bouclier. »

Ensemble, prisonniers de leur pin tordu, les deux proies se défendirent contre les morceaux mort-vivants qui voulaient les entraîner dans leur simulacre de vie. À peine l’homme effiloché eut le réflexe de lever sa massue, un torrent de mains grimpèrent sur son corps fragile pour l’étrangler, le faisant tomber de l’arbre en entraînant quelques membres dans sa chute. Animé par son propre instinct de survie, Ipyrt jeta un Sauma, une arme de lancer en forme de couteau dentelé très agile utilisée par son monastère, avant de piétiner les membres grouillants qui voulaient lui mener dans le même destin que son compère humain.

« Hek ! Hek ! À l’aide ! » cria-t-il dans l’espoir que son amie troglodyte vienne à son secours.

En attendant qu’elle arrive, Ipyrt cria le plus qu’il pouvait alors qu’il lançait ses saumas de tous les côtés et piétinait comme un troupeau de buffles en panique. Les membres zombies devinrent immobiles une à une, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une, agrippée à la gorge du moine, qu’il retira avec force et lança dans la tourbe. Puis, il descendit de l’arbre et vérifia si Cétrin était toujours en vie. Ce dernier respirait, mais à peine. Sa vie ne tenait qu’à un fil.

« Cétrin ! Je vais t’aider, » marmonna le thermosaure, essayant de réparer les pots cassés.

Il s’approcha du torse décharné de son client et commença une maneuvre de réanimation qu’il avait appris à son monastère. La respiration de Cétrin se stabilisa peu à peu, jusqu’à ce que la mort ne soit plus un enjeu immédiat.

« Fiou, » souffla le sauveur de vie, l’adrénaline commençant à se diluer dans ses veines.

Après ce qui sembla être une éternité, Ipyrt aperçut Hek arriver d’un air désolé.

« Ipyrt, Cétrin, » dit-elle, ne semblant pas remarquer le fait que ce dernier était inconscient. « Je n’ai pas trouvé un seul signe de présence aberrante dans ce marais. Mais j’ai trouvé ça. »

La divinomancienne tenait dans ses mains une demi-armure de plates couverte de runes, apparemment construite pour quelqu’un de costaud.

« Ça puait la magie de conjuration, » ajouta-t-elle, contente que son sort de Détection de la magie se dissipait.

« Ça a l’air super intéressant, mais aucun d’entre nous n’est capable de se battre avec une armure aussi lourde, » rétorqua le thermosaure avec un peu de dédain. « Et puis on a des problèmes un chouia plus urgents. »

C’est alors que Hek buta dans le corps sans vie de Cétrin, le remarquant pour la première fois.

« Oh ! Que lui est-il arrivé ! »

« Étranglé par une main zombie, » répondit Ipyrt. « Je l’ai réanimé. »

« En tout cas, je n’ai pas trouvé un seul signe de vie de tyrannoeil dans le marais. Pense-tu qu’il va quand même nous donner une récompense ? »

« J’en doute. »

« Dans ce cas, pickpocketons-le ! »

Le moine, surpris de la suggestion de son alliée, acquiesça et se frotta les mains avec intérêt. Il fouilla les poches de leur client inconscient et en ressortit une bourse modeste, ainsi qu’un pendentif terni avec le nom Mennaalae Dantranna. Le dernier objet n’ayant aucune valeur autre que sentimentale, Ipyrt le remit dans les poches de Cétrin avant de prendre l’homme léger sur son épaule.

« Allez hop, ramenons-le à la taverne avant qu’il ne se réveille, » ordonna-t-il avant de prendre la route vers Arquillères.
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 4 : L'Université d'Arquillères

Hek, Ipyrt et l’oie géante marchaient tranquillement vers Arquillères, leur client Cétrin allongé sur l’épaule du plus grand des deux. Quelques nuages se profilaient à l’horizon, baignant la ville universitaire d’une ombre froide paisible. Alors que le thermosaure baissait la tête juste pour ménager les muscles de son cou, son amie troglodyte lui sauta dessus et agrippa sa petite tête de ses longues griffes effilées.

« L’araignée mangeuse de cerveau ! » cria-t-elle d’un ton joueur.

« Où ça !? » s’écria le moine, paniquant à l’idée d’une petite bête dévorant sa matière cérébrale, surtout après la rencontre avec l’apparition stellaire, une semaine plus tôt.

Hek descendit du dos de son compagnon de grande taille et fit tomber mollement sa main au sol.

« Ah non, elle est morte de faim, » dit-t-elle d’un ton déçu.

Le thermosaure fixa longuement la magicienne, profondément confus par ce qui venait juste de se passer.

« Oh non, ne me dis pas que tu n’as pas compris la blague ? » se plaignit-t-elle.

« Quelle blague ? » demanda Ipyrt, encore plus perplexe.

« Pff, peu importe. » La troglodyte se tourna vers l’oie géante. « Je suis sûre que Glukt l’a comprise. »

Durant le voyage, Hek avait décidé de nommer leur oie pondeuse d’oeufs d’or Glukt, en l’hommage à une amie troglodyte qui était restée dans les Profondeurs, avec son clan, quand Hek est partie pour ne jamais revenir. Le thermosaure avait du mal à prononcer ce nom, c’est pourquoi il persistait à l’appeler « l’oie. »

Lorsque les aventuriers arrivèrent à Arquillères, ils se dépêchèrent de se délester de Cétrin, le déposant au pied du mur de l’Abacus Doré. Puis, sans perdre de temps, ils se dirigèrent vers l’Université d’Arquillères, immanquable par sa taille immense. C’était une sorte de citadelle de pierre dotée de plusieurs tours, ses murs étant intacts comme un établissement de matière résiliente ayant été construit il y a à peine quelques décennies. Hek n’avait jamais vu de tel à la surface, mais Ipyrt trouvait que l’université n’était rien comparé au monastère où il a aiguisé ses talents en arts martiaux.

Le bâtiment était scellé par une énorme porte en bois doté d’un gros anneau de métal à son centre en guise de poignée. C’est en faisant cogner cette dernière trois fois sur le bois dur qu’ils purent signaler au personnel de l’université qu’ils voulaient entrer. La grande porte s’ouvrit lentement, révélant une femme élancée aux cheveux blonds coupés très courts et portant une robe soignée de professeure. Elle dominait Hek d’au moins deux têtes et pouvait fixer Ipyrt droit dans les yeux sans lever la tête.

« Bonjour, » dit-elle d’une voix plate et autoritaire. « Je suis Jopaële, membre de l’Université d’Arquillères. J’espère que votre requête portera honneur à notre grandiose établissement. »

Le moine se prépara à bafouiller une réponse, mais il se fit couper rapidement par Hek.

« Nous souhaitons recopier le sort Altération d’apparence dans notre livre de sort, et nous nous demandions si vous aviez le sort en parchemin ainsi que les ressources nécessaires pour la copie dans l’Université. »

« Et vous avez quelque chose à donner en échange ? » rétorqua Jopaële, son visage se tordant avec dédain.

Hek sortit la demi-armure de plates du sac d’Ipyrt et la présenta devant l’humaine sévère.

« Nous avons déterré cela dans la Tourbière de Ceaux, » expliqua Hek en essayant d’imiter un marchand imbu de lui même. « Elle est en très bon état et elle dégage une forte magie de conjuration. Une armure magique, vous voyez ? »

« Je suis navrée, mais je doute que l’Université d’Arquillères puisse faire quoi que ce soit avec… »

Jopaële fut interrompue par l’arrivée certes lente, mais immanquable d’un autre membre de la faculté de l’université, un thermosaure à l’allure détendue, en arrière d’elle. C’était un individu imposant, rondouillard, dont la tête manquait de se cogner contre le haut du cadre de porte déjà hors norme. Même Ipyrt était intimidé face à lui.

« Bonjour, » commença-t-il d’une voix rauque. « Des nouveaux visiteurs, je vois… J’imagine que vous êtes là pour nous quémander les composantes matérielles de Mot de Pouvoir : Mort ? »

« Hum, vous savez que les mots de pouvoir n’ont pas besoin de composantes matérielles ? » corrigea Hek, se sentant froissée par l’erreur.

« Bien sûr que je le savais, » répondit l’énorme thermosaure, un sourire rigide sur son visage reptilien. « C’est ça la blague. Plus sérieusement, quels sont les motifs de votre visite ? »

« Je souhaite recopier le sort Altération d’apparence dans mon grimoire, » commença la divinomancienne. « Puisqu’il est fort possible que l’un d’entre vous l’ait dans leur propre livre de sorts ou dans un parchemin, je me disais que vous étiez les bonnes personnes envers qui faire cette demande. »

« Vous avez raison, nous l’avons sous forme de parchemin. Avez-vous tout le matériel que vous avez besoin pour cela ? »

« Non, et c’est pourquoi nous souhaitons vous en emprunter pour l’opération. Pas de panique, nous vous offrons quelque chose en échange. Nous l’avons déterré dans la Tourbière de Ceaux. »

Le thermosaure examina longuement l’armure, sous toutes ses coutures, d’un oeil digne de celui qui avait consacré sa vie à ce sujet.

« Hmm, cette armure est assez récente. Elle a une dizaine d’années au plus. C’est ce que les paladins royaux portent pendant leurs missions. À mon avis, une escorte de la capitale a voulu exorciser la tourbière… Ou faire un pacte avec les présences de là… Peu importe. Quoi qu’il en soit, le porteur de cette armure ne s’en est pas sorti vivant. Mais on pourrait rentabiliser cette armure, certainement, même si elle n’a pas été forgée par des géants. Une demi-armure de plates, ça a énormément de valeur si on trouve le bon client. En plus, celle-ci semble être enchantée. Bref, vous avez définitivement mérité notre aide, et même plus. Y’a-t-il autre chose que vous souhaitez avoir de notre part ? »

« Le gîte pour la nuit, » répondit Ipyrt, croisant les bras pour tolérer le vent glacé.

« C’est noté, » affirma le très grand professeur. « Suivez-moi, maintenant. Et au fait, mon nom est Maolnysska. »

Les aventuriers partagèrent leurs noms avec Maolnysska avant de le suivre dans les couloirs de l’université. Comme il faisait déjà très sombre dehors, un homme-lézard costaud aux yeux dorés allumait les torches une à une afin de dissiper du mieux qu’il le pouvait la noirceur. Hek était soulagée par l’affaiblissement de la lumière aveuglante du soleil.

« Outre le sort que vous voulez recopier, qu’est-ce qui vous amène à Arquillères ? » demanda Maolnysska, saluant un étudiant sur son passage. « Vous ne venez clairement pas d’ici. »

« C’est une longue histoire, » expliqua Hek en faisant attention de ne pas trébucher sur le sac d’un professeur qui traînait au milieu du couloir. « Nous allions porter une pierre génératrice de chaleur à la forge d’une duergar, en ville, mais notre cliente a été tuée par une apparition stellaire. »

« Une pierre génératrice de chaleur ? » répéta Maolnysska, curieux. « Nous en avons trouvé plein dans les Mines Réfléchissantes. Dommage que nous n’ayons pas pu explorer ses profondeurs. »

« Comment ça ? » demanda Ipyrt.

« Elles sont infestées d’élémentaires de feu. Nous aurions bien aimé que ce soit de gentils élémentaires qui acceptent de faire griller nos saucisses et notre pain gratuitement, mais non. Ce qu’ils aiment griller, c’est nous. Donc nous n’avons pas encore exploré ses profondeurs. »

« On peut p’t’être vous aider, » proposa Hek.

« C’est vrai ? »

« Oui oui. Nous sommes des aventuriers, après tout. C’est notre travail. »

« Oh là là. Alors là, c’est Yvabrol et Chrangaenca qui vont être contents. »

Après quelque temps de marche, le groupe arriva dans ce qui semblait être une salle d’études encombrée. Des parchemins et des livres gisaient absolument partout dans un état de chaos total, émettant un son de froissement à chaque fois que l’un des visiteurs faisaient un pas. Un homme élancé dont le charmant visage était camouflé par un bandana jouait de la flûte avec confiance, ne portant son attention vers les nouveaux arrivés qu’après une longue et joyeuse mélodie.

« Hé, bonjour Nyss ! » dit-il en manipulant ses longs cheveux d’un air absent. « Et des visiteurs ! Qu’est-ce qui les amène ici ? »

« Ces gens veulent inscrire un sort dans leur grimoire, » répondit Maolnysska, reculant pour laisser de l’espace à Hek et Ipyrt. « Et ils veulent vous accompagner pour explorer les profondeurs des Mines Réfléchissantes. »

« Mais c’est génial, » affirma l’humain. « Plus on est de fous, plus on rit ! Et à qui ai-je l’affaire ? »

« Hek, » commença la troglodyte déguisée en femme-lézard. « Et le grand gaillard à mes côtés s’appelle Ipyrt. »

« Je vois. Hek, Ipyrt, je suis Yvabrol, le seul et unique. Je suis enchanté de vous connaître. »

Ipyrt jeta un oeil derrière elle et se rendit compte que le thermosaure qui les avait accompagnés avait disparu.

« Bon, mettons-nous au travail, » déclara-t-il en s’asseyant lourdement à une table. « Et, s’il vous plaît, allez-y mollo avec la flûte. Nous devons nous concentrer. »

« Mais mes mélodies ne déconcentrent pas les gens, » rétorqua doucement Yvabrol. « Au contraire. J’insuffle dans chaque note le potentiel dont vous avez besoin pour vos tâches. »

La conversation fut interrompue par le retour brusque de Maolnysska, qui était maintenant accompagné par une drow au front entièrement rasé, enrobée d’une tenue académique verte comme un trèfle dont les motifs de spirale donnaient des nausées aux aventuriers. Son visage morose semblait ne jamais avoir souri de toute son existence.

« Chrangaenca, ces aventuriers souhaitent vous accompagner, vous et Yvabrol, dans les profondeurs des Mines Réfléchissantes, » commença le thermosaure professeur. « Souhaitez-vous vous présenter ? »

« À quoi ça leur servirait ? » répondit-elle sans émotions. « Je veux juste que personne ne soit dans mes pattes. Surtout la troglodyte, là. »

« Euh, ok… » marmonna Hek, un peu confuse. « On fera de notre mieux. Sinon, Maolnysska, où est le parchemin d’Altération d’Apparence ? »

Le professeur imposant s’avança près des nombreuses étagères de livres et en sortit gracieusement une feuille de parchemin soignée et couverte d’écritures arcaniques.

« Ta-dam. »

« Merci ! » s’écria la divinomancienne avant de s’emparer d’une plume et d’un pot d’encre.

Alors que Hek commençait à retranscrire le sort Altération d’Apparence dans son livre de sorts, Yvabrol se leva et rejoignit ses compères. Le groupe semblait être pressé de partir.

« Nous devons vous laisser, car le souper sera bientôt servi dans la cafétéria, » déclara Maolnysska, serein. « Si vous voulez, vous pouvez nous rejoindre, pour discuter de l’expédition dans les mines. »

« Bien sûr, » répondit Ipyrt. « Hek, tu viens ? »

« Nah, » dit la troglodyte, le nez dans son grimoire. « Je ne viendrai qu’une fois ma tâche finie. Tu peux y aller seul, toi. »

« D’accord, d’accord. »

Ipyrt, Maolnysska, Yvabrol et Chrangaenca se dirigèrent à pied vers la petite cafétéria, occupée par une dizaine d’étudiants et de professeurs qui attendaient, plus ou moins blasés, leur pitance. Une femme dégingandée aux traits fatigués serpentait parmi les tables, des assiettes pleines dans une main et un verre de bière dans l’autre. Elle s’approcha de la table des aventuriers sans un mot, et lorsque Maolnysska lui versa une poignée de pièces d’argent, elle écarquilla les yeux sans grande conviction.

« C’est plus que d’habitude, » constata-t-elle.

« Oui, » aquiesça le gros thermosaure. « Du fromage bleu pour tout le monde. Je me sens généreux, ce soir. »

« Entendu. »

La serveuse s’éloigna vers la cuisine exigüe, laissant au groupe l’opportunité de discuter ensemble.

« Donc, » commença Ipyrt, « c’est quoi le plan, exactement ? On fonce vers les Mines Réfléchissantes aussitôt levés demain ? »

« Il faudra prendre le temps de refaire notre inventaire avant de partir, » expliqua Yvabrol, essuyant les miettes sur son bord de table. « À notre dernière excursion, nous avons quitté les mines dans le chaos et il se pourrait qu’il nous manque de l’équipement. »

« D’accord. Et après cette tâche faite, on part ? »

« Il semble bien que oui. »

S’en suivit alors un long silence, alors que chacun ne savait pas comment poursuivre la discussion. Ipyrt tripotait un sauma avec inconfort, tandis que Chrangaenca restait dans un silence sinistre, ce qui n’aidait pas l’ambiance. Finalement, Yvabrol décida de briser la glace.

« Quelle étrange arme que tu as, Ipyrt, » dit-il avec intérêt. « Comment ça s’appelle et d’où ça vient ? »

« C’est un sauma, » répondit le moine thermosaure, agrippant la lame. « Je les tiens du Monastère des Cultivateurs. »

« Intéressant, » répondit l’humain. « Tu les as achetés aux moines ? »

« Non. Je les ai parce que je SUIS un moine. »

« Oooooooh ! » s’exclama Maolnysska, impressionné. « Et comment tu as fait pour en devenir un ? Ce n’est pas tous les jours qu’on croise un moine, encore moins un moine thermosaure. »

« C’est eux qui m’ont accueilli quand je me suis perdu dans la jungle, » raconta Ipyrt. « Puis, ils ont commencé à me partager leur philosophie et leur savoir. Selon eux, tout ce que ce qu’on ressent, c’est une illusion. La seule manière de se libérer de ce monde de sensations factices et de désirs superficiels, c’est de cultiver notre talent de moine et notre monde intérieur jusqu’à atteindre un niveau d’existence supérieur, d’où leur nom de Cultivateurs. Par contre, le jour où je leur ai suggéré que la satisfaction intérieure de leur mode de vie monial, la sensation de s’élever spirituellement, et même le désir de se libérer d’un monde d’illusions sont aussi des illusions, ils m’ont botté hors du monastère. Je pense que j’ai touché mes mentors à un point sensible. Et je pense sincèrement que j’avais raison à propos de la nature entière du monde, car sinon ils n’auraient pas réagi aussi vivement. »

« Tu penses que la moindre de nos pensées est une illusion ? » demanda Yvabrol, curieux.

« Oui ! Nous sommes les marionnettes d’entités si puissantes qu’il nous est impossible de concevoir leur nature. Tout notre libre-arbitre n’existe pas, tous nos sentiments sont la fabrication de ces êtres. Quant à ceux qui disent qu’il est possible d’en sortir, ils le disent aussi sous l’influence de nos marionnettistes. Rien n’est réel, rien n’a de sens ! »

« Tu as pensé à devenir philosophe cosmologue ? » demanda le professeur.

« Ben, je sais pas… Je ne pense pas être assez intelligent pour avoir un métier aussi raffiné. »

« Ne dis pas ça, » renchérit Maolnysska. « Si un homme aussi incompétent que Mouerade est devenu roi, tu peux certainement avoir un métier académique ! »

Alors que ce dernier s’esclaffait à sa propre blague, Ipyrt réfléchit à la suggestion. Toute sa vie, il s’était senti comme un bon à rien parmi les thermosaures, et même maîtriser les arts martiaux ne lui permettaient pas de chasser ce sentiment. Mais peut-être que cela changerait grâce à l’Université d’Arquillères ? Sa réflexion fut interrompue par l’arrivée des repas : des roues de fromage persillées de bleu et très odorantes. Le moine avait beau passé les derniers mois avec une troglodyte, l’odeur du fromage bleu était d’un tout autre niveau. La nausée le prit assez fort.

« J’avais espéré manger du fromage aujourd’hui, mais… Pas ça ! » gémissa-t-il en couvrant sa bouche avec ses robes.

« Tu n’aimes pas le fromage bleu !? » s’exclama Maolnysska, qui dévorait allègrement sa propre roue de fromage. « Tu en rates beaucoup, tu sais… En plus, tu m’as l’air affamé. »

« Ce n’est pas grave, je peux sauter un souper sans problème. Mais il n’est pas question que je fasse entrer ce moisi dans ma bouche ! Peut-être que Hek ne sera pas de cet avis. »

Ipyrt quitta la table et emporta son fromage bleu alors qu’il revenait dans la salle d’études de l’Université d’Arquillères. Il arriva face à sa compagnonne quelques minutes plus tard, alors qu’elle était toujours en train de transcrire son sortilège de transmutation. La troglodyte, dont les écailles avaient abandonné leur vert forêt pour leur gris naturel, n’avait pas beaucoup avancé dans sa tâche et ne leva pas le museau quand le moine déposa la roue de fromage puant sur sa table.

« C’est le repas de ce soir, » déclara-t-il silencieusement, ne voulant pas déranger la magicienne. « Bon appétit. »

Ipyrt s’éclipsa rapidement, laissant Hek seule avec la portion de fromage bleu, qu’elle goba d’un seul coup, sans hésiter. Les arômes très fongiques de cette oeuvre la transportaient au paradis des saveurs, à l’extrême opposé de son ami moine qui craignait ce fromage comme la peste.

Lorsqu’Ipyrt revint à sa table, Maolnysska était en train de discuter avec la serveuse blasée, tandis que Yvabrol et Chrangaenca étaient en train de manger en écoutant silencieusement la discussion. À son arrivée, le professeur thermosaure se détourna de l’humaine et porta son attention sur le moine.

« Je m’excuse, Ipyrt, » commença-t-il, tripotant le bord de la table avec ses griffes. « Je ne savais pas que tu n’aimais pas le fromage bleu. Supportes-tu le vinaigre ? »

« Bah, hum… » hésita-t-il. « Je ne sais pas, je n’ai jamais été en contact avec du vinaigre… Mais pourquoi me poses-tu cette question ? »

« Je me sens vraiment mal de ne pas avoir pris tes goûts personnels en compte. Un hôte se doit de bien nourrir ses invités. Le seul autre plat adapté aux prédateurs servi dans la cafétéria est un poulet mariné dans du vinaigre. Si tu veux, je peux demander à Aurine de t’en servir du non-mariné. »

« Heu, d’accord… » répondit Ipyrt, qui n’avait pas reçu autant d’hospitalité depuis qu’il avait quitté Canta. « Si tu insistes… Du non-mariné, donc. »

Maolnysska confirma la requête à Aurine et celle-ci se dirigea vers la cuisine rapidement, avant d’en revenir avec un poulet entier dans la main. L’animal n’avait effectivement pas été mariné, il n’avait en fait pas été cuisiné du tout : il était cru. Une fois dans l’assiette, Ipyrt observa le repas avec hésitation, car bien que son système digestif de carnivore opportuniste lui permettait de consommer de la chair de volaille crue avec autant de chances de tomber malade qu’un humain croquant dans une pomme, il avait toujours mangé son poulet grillé. Cependant, ne voulant pas être impoli envers son hôte en refusant de la nourriture une deuxième fois, le thermosaure croqua dans la chair tiède et molle de l’oiseau. Le professeur était ravi d’avoir finalement pu satisfaire son visiteur thermosaure.

« Sinon, » commença Ipyrt entre deux bouchées, « où pourrons-nous dormir cette nuit ? »

« Dans les dortoirs au bout de ce couloir, » répondit Maolnysska. « D’habitude, ils sont pleins, mais plusieurs étudiants et professeurs sont partis en expédition cette semaine, donc je pense que vous pourrez y trouver de la place. »

Une fois le repas terminé, le moine informa Hek de leur lieu de repos désigné, avant de se diriger vers les dortoirs pour se reposer. Plusieurs individus, surtout des humains, s’y trouvaient déjà, étudiant des textes, passant du temps avec leurs collègues ou étant déjà assoupis. Secoué par sa longue journée, il se roula en boule sur un lit qui semblait être assigné à personne et s’endormit.

Hek, de son côté, continuait à transcrire le sort d’Altération d’Apparence dans son livre de sorts bien après que le reste de l’université se soit dirigé dans les dortoirs ou dans leurs chaumières. Étant une créature native des Profondeurs, une minuscule chandelle lui suffisait pour poursuivre sa tâche avec précision. Avec sa plume, la divinomancienne appliqua les dernières lignes d’encre qui lui manquaient pour avoir un schéma de sort complet. Et voilà, un sort prêt à être lancé lorsqu’elle atteindrait le château de la royauté de Milia.

La troglodyte pensa à se coucher immédiatement, mais une meilleure idée pointa son nez dans son esprit. Elle était peut-être la seule debout dans toute l’Université d’Arquillères, qui était pleine de livres comme toute université qui se respecte. Qu’est-ce qui l’empêcherait d’en lire, voire d’en subtiliser quelques uns ? La magicienne se leva donc de son siège, fourrant son livre de sorts dans son sac, remettant le pot d’encre là où elle l’avait pris et marchant vers les étagères désordonnées de la salle d’études. La majorité des ouvrages étaient en assez mauvais état, victime des éléments et de lecteurs brusques. Quelques uns touchaient à des sujets qui intéressaient beaucoup Hek, incluant un journal de voyage dans les Profondeurs écrit par un auteur thermosaure obscur ainsi qu’un livre d’astrologie accompagné de cartes du ciel. Et ce n’était que le début.
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 5 : Un coup d'oeil dans les Mines Réfléchissantes

Ipyrt se réveilla assez tard en avant-midi, bien reposé et fin prêt pour l’aventure qui l’attendait. Il se frotta vigoureusement les yeux et balaya les dortoirs du regard pour trouver son amie troglodyte, en vain. Après avoir vérifié une deuxième fois l’absence de Hek, le coeur du moine se serra. C’était le pire moment pour disparaître, où était-elle donc ? Était-elle perdue quelque part dans l’Université d’Arquillères ? Était-elle sortie seule pendant la nuit pour être ensuite dévorée par des goules ? Ou était-elle juste cachée quelque part dans le dortoir, si bien camouflée que le moine ne pouvait pas l’apercevoir ? Cette incertitude lui était insupportable et il commença à hurler le nom de la magicienne.

« Hek ! Hek ? Heeeeek ! »

Personne ne répondit à l’appel dans les dortoirs, si ce n’étaient quelques étudiants confus face au spectacle que le thermosaure inquiet leur donnait. Voyant que Hek n’était effectivement pas là, Ipyrt se précipita en direction de la salle d’études, puisque c’était le dernier endroit où il l’avait aperçu, la veille.

Lorsque le moine arriva dans la pièce en désordre, il fut profondément soulagé de voir l’aventurière qu’il cherchait, le museau ronflant enfoncé dans un livre grand ouvert. La troglodyte était profondément endormie, ayant préféré plonger au royaume des documentaires au lieu d’avoir une nuit de sommeil décente. Or, vu la clareté dehors, l’équipe d’aventuriers que les reptiliens devaient accompagner étaient sûrement déjà en train de préparer le départ.

« Hek ? Hek ! Réveille-toi, on part bientôt, » siffla Ipyrt, secouant le visage de son amie à écailles.

Ses efforts portèrent leurs fruits, car Hek commença à remuer, à demi-éveillée. Elle marmonna quelque chose d’entièrement inintelligible avant de s’encombrer de son sac et suivre son compagnon thermosaure à l’extérieur.

Dehors, le ciel était parfaitement clair, mais l’air était frisquet et de la fumée de condensation était émise par les narines de tout le monde autour. Une caravane modeste était stationnée près de l’entrée de l’université, fourmillante de boîtes et de ressources. Yvabrol et Chrangaenca attendaient en face du véhicule, probablement depuis longtemps.

« Bonjour, les marmottes, » commença Yvabrol d’un ton joueur. « Cela fait plus d’une heure que nous avons fini les préparatifs. J’ai eu peur que vous vous soyez enracinés ! Nous sommes prêts à partir. »

« Mes excuses, » répondit Ipyrt. « Je me rattraperai une fois dans les Mines Réfléchissantes. »

« Est-ce que j’ai le temps de récupérer des livres dans votre bibliothèque ? » demanda Hek. « Sinon, je risque de mourir d’ennui. »

« Désolé, il est trop tard pour cela, » s’excusa l’humain aux cheveux longs. « Mais j’ai un livre sur moi, si ça t’intéresse. »

Il sortit de son sac un petit livre, un roman poétique classique très connu nommé « L’avarice du déplacé. » La magicienne le renifla, incertaine que le livre l’intéresserait, mais s’en empara par politesse. Une fois les aventuriers installés, la caravane se mit en marche, tirée par des boeufs, et laissa l’Université d’Arquillères derrière eux pour qu’elle s’occupe de l’oie géante en leur absence.

En journée, le voyage fut relativement sans événement. Le déplacement était accompagné de la flûte d’Yvabrol, qui en jouait en même temps qu’il contrôlait les boeufs attachés à la caravane. Ipyrt, trop grand pour s’assoir dans le véhicule, marchait à ses côtés avec vigilance. Chrangaenca et Hek étaient recroquevillés aux antipodes de la salle de stockage, évitant mutuellement leur regard. La divinomancienne était profondément captivée par le seul livre de l’université qu’elle avait gardé sur elle, un livre de sort au propriétaire inconnu qui, vu les sorts contenus dedans, était du même niveau qu’elle.

Peu après que la nuit fut tombée, plongeant la forêt dans une noirceur d’encre, les aventuriers s’arrêtèrent pour se reposer. De crainte d’être abordés par des morts-vivants ou des prédateurs, tous se compressèrent dans le compartiment de stockage exigü de la caravane. La nuit fut longue, partiellement à cause de l’automne à l’extrême sud, mais aussi à cause des râles lointains qui retentissaient dans l’air et gardaient tout le monde éveillé.

Soudain, les aventuriers furent réveillés par des meuglements affolés, les boeufs sentant quelque chose arriver. Ipyrt fut le premier à s’extraire du sommeil, rapidement suivi de Chrengaenca, puis du reste du groupe.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Hek, frustrée de s’être encore fait interrompre son sommeil.

« Quelque chose arrive, » marmonna Ipyrt, son long cou sortant de la caravane. « Vu l’état des vaches, ce n’est certainement pas quelque chose de gentil. »

« Des goules, Ipyrt, » siffla Chrengaenca d’un ton sinistre. « Des goules. »

À ces mots, plusieurs corps humanoïdes décomposés sortirent du feuillage austral, émettant des gargouillis à glacer le sang à la vue de tous ces corps vivants et appétissants. Rapidement, Ipyrt monta sur le toit de la caravane et lança un sauma dans l’abdomen d’une goule, tandis que Hek lança un sort de Breuvage Caustique sur le groupe de mort-vivants, en aspergeant un d’acide. Chrengaenca sortit son symbole sacré, une amulette représentant une spirale colorée, symbole de Maulbe, dieu de la pensée et de l’imagination, et marmonna une prière à propos de la destruction des morts-vivants. Avant même que Yvabrol puisse réagir, la majorité des goules étaient en train de s’enfuir de la magie divine.

« Déjà ? » s’exclama l’humain, prenant sa flûte. « Tant mieux. Tiens, Ipyrt, prends cette motte de potentiel. »

Yvabrol souffla quelques charmantes notes dans sa flûte, faisant apparaître un pétale de rose fantômatique qui orbitait autour du thermosaure avec grâce.

« Tu es un barde ! » s’écria Hek, contente d’avoir enfin pu comprendre le rôle d’Yvabrol dans cette caravane.

« En chair et en os, » répondit-il.

Une fois leur horde réduite, les goules restantes furent faciles à exterminer, à coups de sorts et de saumas. Puis, pour être sûrs qu’aucune goule ne revienne, Chrengaenca répandit de l’eau bénite tout autour de la caravane pour qu’enfin ils puissent dormir sur leurs deux oreilles.

Le lendemain au zénith, la caravane arriva face à une bouche béante et complètement sombre à l’exception de faibles scintillements qui faisaient penser à une forêt de diamants. L’entrée des Mines Réfléchissantes aurait pu aisément être confondue avec l’entrée d’une caverne normale si ce n’était pour les piliers de pierre qui stabilisaient le plafond rocheux et ces scintillements étranges. Hek avait profité du voyage pour étudier le livre de sort et, étant tombée avec surprise sur des formats d’écriture qu’elle comprenait, avait arraché et glissé dans son propre livre deux pages de ce grimoire. Chrengaenca, ayant remarqué ce petit manège, lui souhaita de ne jamais croiser le propriétaire original de ce livre.

« Bienvenue aux Mines Réfléchissantes, là où les pierres crachent du feu, » cria Yvabrol tel un commentateur de spectacle. « Vous n’êtes pas les premiers à pénétrer ces lieux légendaires. Bien d’autres sont passés, et bien d’autres ont péri. »

« La dernière fois, à quel endroit vous vous êtes rendus avant de battre en retraite ? » demanda Hek, ayant soif de préparation.

« C’était un moment terrible, » raconta le barde, utilisant le ton intense d’un raconteur. « Nous étions sur le pas de la partie la plus profonde des mines, là où personne n’avait jamais foulé le pied. Nous étions accompagnés d’un thermosaure dont la magie était si chaotique qu’on ne savait jamais ce qu’ils nous sortirait, ainsi que d’un troglodyte dont l’énorme étoile du matin était faite d’ivoire tachée de sang. Quand nous avions avancé, une silhouette reptilienne humanoïde orange luisante apparut devant nous, ses petits yeux dégoulinants de soif de sang. Il était juché sur un horrible oiseau géant, tout aussi malfaisant que son cavalier. Nous n’avons pu qu’apercevoir du feu et des flammes avant de voir que nos deux compagnons étaient tombés, carbonisés. Nous devrons être prudents lorsque nous arriverons au même endroit. »

« Quel était le nom du troglodyte ? » demanda Hek.

« Zinelk. »

« Zinelk !? Mais je le connais ! Il était dans mon clan avant que je m’en aille ! Je suis surprise qu’il ait collaboré avec vous, vu sa loyauté aveugle envers le clan. Comment ? Et… Il est mort !? »

« Il a voulu nous obéir lorsqu’il nous a vu vaincre un paquet de gobelours, » expliqua Yvabrol. « Il était impressionné et il a été un membre inestimable de notre équipe. Enfin, jusqu’à cette rencontre. Carbonisé par un rayon de feu provenant d’une bête plus assoiffé de sang que lui. »

« Hé ben. Bizarre. Il a dû se passer quelque chose dans mon clan pour que Chef Mut perde suffisamment d’estime aux yeux de Zinelk pour qu’il quitte le clan pour obéir à des gens de la surface. Je me demande ce qui a changé depuis mon départ… »

« Bon, et si on allait explorer cette mine ? » insista Ipyrt, un peu impatient. « Et donner une bonne leçon au monstre qui vous a hanté jadis. »

« Oui ! J’ai hâte ! » s’écria Hek.

Les aventuriers s’engouffrèrent dans les tunnels scintillants de la Mine Réfléchissantes, la magie de Chrengaenca illuminant le chemin pour Ipyrt et Yvabrol, qui voyaient mal dans le noir. Les murs avaient l’apparence de neige, reflétant la lumière comme une infinité de minuscules paillettes. Hek, impatiente de finalement explorer ce qui semblait être un donjon, décida de jouer les éclaireurs, se faufilant dans les passages minéraux avec une aisance digne d’un natif des Profondeurs. À certains endroits, la pierre blanche laissait place à d’énormes plaques lisses réfléchissantes comme des miroirs.

« Ouah ! » s’exclama Hek, se regardant dans ce miroir de fortune. « Regardez-ça ! J’ai lu que cette formation de minéraux se génère dans les cavernes dont la température est passé d’étouffante à confortable. Ça signifie que les mines ont été chaudes par le passé ! »

« De la magie élémentaire de feu… » marmonna Chrengaenca. « Ça ne m’étonnerait pas que les tunnels supérieurs de cette mine en abondaient, vu les pierres de feu que nous avons trouvé là et la rencontre enflammée que nous avons eu par le passé à cet endroit même. »

« Regardez ! »

C’était encore la voix enjouée de Hek, qui était accroupie près d’une grosse pierre qui luisait d’une lumière chaude, orangée. Près de la pierre, l’air était beaucoup moins frisquet.

« Une pierre de feu ! » continua-t-elle à s’exclamer. « Et… Oh ! Il y en a tellement, plus loin ! »

« Attention ! » avertit Yvabrol. « C’est là que nous avons été attaqués la dernière fo… »

« Chut. » siffla Chrengaenca avec aggressivité. « J’entends quelque chose. »

En effet, il y avait des bruits de cailloux qui roulaient non loin du groupe d’aventuriers. Quelque chose approchait. Vigilants, les aventuriers se mirent dos à dos, prêts à se défendre du potentiel ennemi.

Soudain, deux silhouettes orangées pâles se révélèrent, semblables à des salamandes dégingandées et décomposées, bondirent dans la ligne de vue des explorateurs, leurs bras griffus pendouillant de manière dérangeante. Bien que toute vie avait quitté leurs corps depuis des lunes, une chaleur inconfortable se dégageait encore de leurs cadavres. L’un d’entre eux était juché sur ce qui semblait être un gros poulet sanguinaire, aussi mort-vivant que leurs dresseurs.

« Des tritons ! » s’écria la divinomancienne, commençant déjà ses incantations. « Des goules tritons ! »

À peine les aventuriers s’étaient mis en place que Chrengaenca leva son symbole sacré et conjura les prières de vade-retro. Or, ces mort-vivants-là étaient trop puissants pour flancher face à l’influence de Maulbe et s’empressèrent de prendre leur revanche avec une salve de feu qui manqua de faire entièrement carboniser la prêtresse, avant de se jeter sur le groupe. Ipyrt se jeta sur le grotesque oiseau-lézard monture et le fit tomber au sol avec son cavalier, avant de casser leurs cous, aidé par les sorts et les enchantements d’Yvabrol. Quant à Hek, se voyant prise au piège, matérialisa une lame d’ombre dans sa main et se défendit de la goule en la poignardant frénétiquement. Alors que son adversaire s’apprêtait à la griffer de ses pouvoirs paralysants, Ipyrt bondit et lui donna deux puissants coups de poing, mettant fin à la menace.

« Merci, Ipyrt ! » remercia Hek alors qu’Yvabrol lançait un sort de soin sur Chrengaenca.

« Hé bien, je pense que nous avons la voie libre, à présent, » remarqua le barde en pointant les longs tunnels faiblement éclairés par des pierres de feu.

« Je vais jouer les éclaireurs ! » proposa Hek avec enthousiasme. « Je vois dans le noir, et j’ai le sort Invisibilité sur moi. »

« Parfait, on t’attend, » acquiesça Ipyrt. « Et pendant ce temps, nous, on monte la garde. »

La troglodyte lança son sort, son corps se fondant parfaitement avec les alentours, avant de s’engouffrer dans les profondeurs des Mines Réfléchissantes. Cela ne prit pas beaucoup de temps avant qu’elle ne tombe sur un mur créé par un éboulement il y a probablement des années. Puisque le tas de rochers était en majorité composé de pierres de feu, le reste du groupe accepta d’aider Hek à le dégager tout en chargant ces précieuses pierres dans un contenant spécialisé. Puis, elle dût descendre plusieurs pentes plus ou moins abruptes avant de voir une silhouette se déplacer dans l’ombre, dans le tunnel où elle se déplaçait. Plusieurs, en fait. Des myriades. C’était un énorme essaim de chauves-souris qui se dirigeait vers la sortie de ces tunnels avec hystérie, mordant tous ceux qui avaient le malheur de se trouver sur leur passage. Hek était couverte de morsures invisibles lorsque le passage se dégagea enfin.

Les tunnels étaient tortueux, et Hek n’en pouvait plus de tourner à gauche, à droite, à gauche et à droite encore. Elle finit par aboutir au bord d’un trou très profond, de 70 mètres au moins, dont elle peinait à voir le fond. Tout ce qu’elle y apercevait, c’était de faibles lumières orangées. Elle dût revenir voir le groupe pour avoir ne serait-ce qu’une toute petite chance d’atteindre le reste des mines.

« 70 mètres, tu dis ? » répéta Yvabrol. « C’est… Brutal. Mais nous allons trouver une manière de descendre tout ça. On a du matériel d’escalade. »

Le groupe s’installa près du trou et, à coups d’équipement d’escalade et de manoeuvres très complexes, réussirent à descendre ce chemin dangereux. Une fois arrivés au sol, ils se virent face à une grotte visiblement creusée artificiellement, ayant une forme trop carrée pour être naturelle. Des sources thermales couvraient la majorité du sol de la caverne et remplissaient l’air avec une quantité étouffante de vapeur. Des brasiers crépitants avaient été placés en rangées avec un soin inhabituel, leurs flammes dansant de manière furieuse. Une créature semblable aux tritons zombies que les aventuriers avaient croisé plus tôt était en train de danser avec une vigueur que seule un vivant pouvait montrer. Sa peau était d’un orange vif comme le feu et plusieurs bijoux usés ornaient son corps maigre. Trop absorbé dans sa transe, le triton de feu n’avait pas remarqué les intrus qui s’étaient profilés dans son territoire sacré.

« C’est lui qui nous avait attaqué la dernière fois, » chuchota Yvabrol. « Peut-être aurons-nous notre revanche, cette fois. Il n’a même pas sa monture. »

Ipyrt s’approcha sur la pointe des pieds, suivi par Hek, qui tenait son livre de sorts avec soin. Mais, comble de malheur, le moine marcha sur une pierre de feu particulièrement brûlante et hurla de douleur et de surprise, interrompant la danse du reptilien aux yeux brillants d’une lueur meurtrière. Voyant le pétrin dans lequel il s’était mis, Ipyrt bondit sur le monstre et le poussa au sol, envoyant sa tête heurter le sol de la caverne. Le triton de feu émit un cri de surprise, un grincement bouillonnant, avant de se relever et de faire pleuvoir des rayons de feu sur son assaillant. Ipyrt dût s’essuyer beaucoup de flammes avant que le reste du groupe puisse le rejoindre. Cependant, les aventuriers n’étaient pas les seuls renforts du combat. Une petite armée de tritons de feu avaient été appelés par celui qui semblaient être leur chef, armés de cimeterres usés et impatients d’en découdre.

Les deux troupes d’adversaires se lancèrent dans un combat à mort enflammé. Ipyrt confrontait le triton de feu lanceur de sorts en duel, faisant pleuvoir une multitude de techniques d’arts martiaux et esquivant des attaques de feu meurtrières. Un guerrier triton vint en aide à son chef, faisant trébucher le thermosaure par terre avec un croche-pied malin et profitant de sa vulnérabilité pour défouler sa lame sur lui, mais le moine était agile et put rendre la pareille à ses adversaires. Quant au reste de la bataille, c’était un chaos puant de gerbes de feu et de sorts lancés à tort et à travers. L’odeur pestilentielle de Hek poussaient les tritons à penser à deux fois avant de s’en approcher, mais ils réussissaient quand même à accumuler les coups, d’autant plus qu’ils pouvaient cracher du feu à distance sans mettre en péril leurs narines. Yvabrol, après avoir gagné du temps avec ses nombreux enchantements, tomba, vaincu. Chrengaenca se révéla être une cible difficile à toucher grâce à un sort d’image-miroir et ne cessa de forcer ses attaquants à se rediriger vers Ipyrt, mais étant de faible constitution et manquant beaucoup d’adresse pour une drow, fut grièvement blessée.

Alors que les tritons de feu semblaient prendre le dessus, Hek aperçut du coin de l’oeil Ipyrt frapper son dernier adversaire en plein dans le coeur, le faisant tomber dans les pommes instantanément. Voyant le reste du groupe lutter pour rester en vie, il se précipita vers le champ de bataille et asséna assez de coups fatals pour réduire le danger à néant. Tous les tritons avaient été neutralisés. Chrengaenca utilisa ses pouvoirs de clerc pour guérir tout le groupe et ceux qui étaient encore debout se mirent d’accord pour faire une pause.

Les aventuriers prirent le temps de panser leurs blessures dans le couloir dans lequel ils étaient descendus. Hek passa un peu de temps seule dans les sources chaudes pour se détendre et vider les poches des adversaires tombés, mais tous les autres étaient occupés à se donner des soins médicaux mutuellement. Il n’eut pas beaucoup de bavardage, car tout le monde était trop secoué pour dire quoi que ce soit d’intelligent. Après sa séance de pillage, cependant, la magicienne brisa la glace.

« Hé, avez-vous vu ces pièces de cuivre ? » demanda-t-elle, tenant des pièces de cuivre aux motifs effacés dans les mains.

« Qu’est-ce qu’elles ont de spécial ? » Ipyrt répondit, se grattant la crête.

« Elles n’ont clairement pas été forgées par Oinet. Elles sont plus grandes, bien plus anciennes et elles ont des faces de géants des collines dessus. J’ai ma petite idée de leur origine… »

« C’est pas à moi qu’il faut le dire, » rouspéta Chrengaenca. « C’est l’université qui s’intéresse aux géants, Pas moi. »

« En tout cas, moi je trouve ça intéressant, » dit faiblement Yvabrol, les soins magiques l’ayant réanimé. « Il y en a peut-être d’autres plus loin dans la mine. Mais soyons plus prudents à l’avenir. »

Quelques dizaines de minutes plus tard, les aventuriers étaient assez remis sur pied pour continuer l’exploration des Mines Réfléchissantes. La salle dans laquelle ils avaient combattu les tritons n’était rien comparé au reste des mines, qui ébergeaient d’immenses bouchées laissées par les mineurs avides qui avaient entièrement exploité des filons de la taille de baleines. À certains endroits, de la lave revenait à la surface, chauffant l’air à une température confortable pour les tritons de feu, mais désagréables pour les thermosaures (qui, natifs de terres plus étouffantes que tout lieu présent sur Putréfaia, n’avaient pas reçu le nom de thermo-saures pour rien) et insupportables pour toutes les autres espèces. Des moisissures résistantes à la chaleur poussaient sur les parois de pierre et quelques occasionnelles chauves-souris se réfugiaient en hauteur, là où la denrée rare qu’était la fraîcheur se terrait en petites poches. Dans des tunnels plus discrets, des squelettes de tritons à moitié décomposés gisaient, visiblement négligés depuis longtemps. Des filets usés où quelques chauves-souris étaient piégées dans les mailles pendaient du plafond, mais vu leur état, ils finiraient par tomber dans peu de temps.

Au bout d’un moment, le groupe arriva dans ce qui semblait être un lieu de repos commun aux tritons de feu de la mine. Trois de ces amphibiens oranges pionçaient bercés par la douce chaleur des sources thermales dans la modeste cavité circulaire. Couché parmi les matelas de poussière reposait une choppe si surdimensionnée que Hek jurait qu’elle pouvait s’assoir dedans. Le gros contenant de breuvage était fait de pierre taillée par des mains expertes, incrustée de motifs en or et décorée par une gravure représentant un individu semblable à un nain, muni d’une barbe touffue et d’un marteau immense. Bien qu’il avait trempé dans l’eau chaude pendant peut-être des éons, l’artefact ne portait absolument aucune trace d’érosion.

« Enfin, quelque chose qui risque d’intéresser l’université, » chuchota Hek. « Mais comment allons-nous récupérer un objet de cette taille sans réveiller les tritons ? »

« On s’assure qu’ils ne se réveillent plus jamais, » répondit Chrengaenca, feignant d’étrangler quelqu’un avec sa gestuelle.

« Les asphyxier ? » répéta la troglodyte, sceptique. « Ce n’est pas un peu… Gratuit ? On ne va même pas les manger. »

« Tu te soucies du destin de nos ennemis, maintenant ? » rétorqua la drow. « Ils sont un obstacle sur notre chemin. Un obstacle qui pourrait très bien nous carboniser. »

« En cartographiant les Mines Réfléchissantes, l’Université d’Arquillères vise à récupérer le plus d’artefacts géants possible et la ville elle-même souhaite y établir des mines permanentes, » expliqua Yvabrol à voix basse. « Les sacrifices sont parfois nécessaires, mais mieux vaut éviter de faire du mal si on peut. Pour le moment, je proposerais de nous contenter de trouver une manière de récupérer cette énorme choppe sans réveiller les tritons de feu. Ipyrt, tu sembles assez fort pour soulever et rapporter cet objet. Es-tu volontaire pour aller la transporter avec moi ? »

« D’... D’accord, » aquiesça le thermosaure, un peu incertain.

Les deux volontaires pénétrèrent le centre de repos sur la pointe des pieds, évitant soigneusement de perturber l’eau où dormait les tritons. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent face au colosse de pierre qu’ils devaient transporter. Yvabrol et Ipyrt se positionnèrent de chaque côté de la chope géante et la soulevèrent en synchronicité, serrant les dents à cause de l’effort. Puisque l’objet était très lourd, lorsque les deux hommes sortirent de la salle occupée par les amphibiens, leurs bras étaient déjà très douloureux.

« Hek… Chrengaenca… » marmonna Ipyrt, ajustant sa position pour avoir moins mal. « On a besoin de votre aide. On doit porter ça à la caravane. »

« Vous pouvez le soulever sans moi, » répondit la drow prêtresse tandis que Hek ajoutait sa force à celle des deux hommes. « Vous aurez besoin d’une autre paire de mains pour vous défendre en cas d’embuscade, après tout. »

Les trois aventuriers transportèrent l’artefact de pierre à travers les tunnels des mines, gardés par les sens aiguisés de Chrengaenca. Parmi le bouillonnement de l’eau et de la lave, ils pouvaient percevoir les tritons de feu affairés, seulement séparés du groupe par des murs caverneux. Il semblait y avoir une colonie de taille considérable au sein des Mines Réfléchissantes. Heureusement, les transporteurs se rendirent sains et saufs à la sortie des profondeurs du lieu… Séparés de la sortie par le puit de 70 mètres de haut.

« Aïe aïe aïe… » gémit Hek. « Pensez-vous qu’on va être capables de faire monter ça ? »

« Ne vous inquiétez pas, » répondit Yvabrol, lâchant la chope et sortant sa flûte. « On a tout le temps du monde. »

Les aventuriers passèrent les prochaines heures à faire monter péniblement la relique surdimensionnée qu’ils avaient trouvés, aidés par de longues cordes et des grappins. Tandis que le barde humain jouait de son instrument pour motiver son groupe, les lanceurs de sort des Profondeurs fixaient le matériel, aidés par un sort de Main de Mage, pour que le moine puisse faire monter lentement mais sûrement le butin en haut du puit. La tâche était interminable et lorsque la chope arriva finalement à la surface, il faisait déjà nuit. Tout le monde était éreinté.

« Argh… Je n’en peux plus ! » se pleignit Hek en se laissant tomber sur le sol. « Enfin la surface, enfin le ciel. »

« Nous y sommes parvenus, finalement, grâce à votre travail d’équipe sans faille, » complimenta Yvabrol, se penchant de manière respectueuse.

« Tu peux bien parler, toi, » rouspéta Chrengaenca d’un air hostile. « Tout ce que tu as fait, c’est souffler dans ta flûte pendant qu’on se tapait tout le sale boulot. »

« Certes, mais auriez-vous eu assez de motivation pour faire tout ce bon travail sans cette musique ? »

« Yvabrol, Chrengaenca, s’il vous plaît ! » grogna Ipyrt, couvrant ses ouïes avec irritation. « On vient de faire monter ce gros caillou sur 70 mètres, est-ce que vous pouvez garder votre chamaillage pour quand on aura la tête plus reposée ? »

« Ipyrt a raison, » répondit la troglodyte en déterrant une ration parmi l’équipement en pagaille dans la caravane. « Mieux vaut se reposer pour le moment. Et puis on risque d’attirer les goules en criant comme ça. »

Les deux compagnons soupirèrent, mais furent d’accord avec les sages mots de Hek. Chacun dîna de son côté, mangeant des rations peu appétissantes de pain et de viande séchée. Lorsque les deux reptiliens finirent leur repas, ils se mirent en tandem pour installer l’ancienne chope dans la caravane, avant de se rendre compte, à la fin des efforts, qu’elle prenait toute la place dans le véhicule.

« C’est… plein, » déclara le thermosaure, se grattant la crête en se demandant quoi faire.

« Nous n’aurons pas le choix de décharger notre cargo volumineux à l’université demain, » expliqua Yvabrol, s’allongeant dans le peu de place qu’il restait dans le cargo de la caravane. « Mais je suis certain que le personnel sera heureux de voir un artefact de géant pointer son nez dans l’établissement. »

Les aventuriers installèrent une tente et se couchèrent, soulagés d’enfin pouvoir se reposer après les énormes efforts de la journée, mais déçus de devoir déjà quitter les mines pour revenir à l’Université d’Arquillères.

(J'ai à présent atteint le point où je suis encore en train d'écrire. Le rythme d'actualisation va ralentir, mais je ferai de mon mieux pour poursuivre l'aventure^^⁾
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Avatar de l’utilisateur
Yoshivert555
Dracoliche
Messages : 91
Inscription : Mar 7 Déc 2021 00:03
Localisation : Antre de Prince Manteleur, Profondeurs
Version de D&D préférée : D&D5
Univers de D&D préféré : Planescape
Race : Thri-kreen
Classe : Psioniste
Alignement : Chaotique Neutre
Dieu : Le Prince Manteleur
Mini Feuille de perso :
► Afficher le texte

Re: [Aventure Solo] Putréfaia

Message par Yoshivert555 »

Chapitre 6 : Au retour des Mines Réfléchissantes
Après une nuit de sommeil très fraîche, le groupe fit demi-tour et se dirigea vers Arquillères pour y partager leur trouvaille. La forêt était sombre et grise, arrosée par une fine bruine fraîche qui douchait les boeufs qui tiraient la caravane et les pauvres aventuriers qui s’étaient résignés à marcher sous la pluie. Seule Chrengaenca, qui avait réussi à gagner sa dispute avec Yvabrol, avait le luxe de se reposer dans un lieu sec.

Lorsque les aventuriers furent de retour dans la ville savante isolée, ils furent accueillis par une atmosphère aussi morose qu’en dehors. Sous cette météo déprimante, les gens traînaient les pieds ou perdaient carrément la tête. Au loin, l’Université d’Arquillères semblait être le seul endroit où le groupe pouvait espérer être au sec, abrités par ses vastes murs de pierre. Le véhicule de bois de sapin roula à travers les rues humides en émettant quelques couinements avant de s’arrêter devant la grande porte de l’école. Après qu’Yvabrol y ait cogné trois fois à l’aide du gros anneau qu’elle arborait, ce fut Jopaële qui ouvrit.

« Bonjour, » tonitrua la grande professeur de sa voix sévère habituelle. « J’espère que vous n’êtes pas là pour me dire que vos copains ont encore été carbonisés. »

« Bien sûr que non, nous sommes on-ne-peut-plus vivants ! » cria Hek en se tassant de derrière la caravane. « Et nous vous ramenons une sacrée trouvaille des mines ! »

Hek et Ipyrt collaborèrent pour faire sortir l’encombrante chope du cargo étroit, afin de la présenter à leur client exigeant. Les yeux de Jopaëlle s’exorbitèrent momentanément à la vue de l’artefact inattendu qui avait été récupéré durant l’expédition.

« C’est… Intéressant… » déclara-t-elle après avoir repris son sérieux et son stoïcisme. « Je suis sûre que cela va plaire au doyen. Suivez-moi. »

Les aventuriers entrèrent dans l’université en transportant avec difficulté le trésor de pierre volcanique, peinant à rester à une distance correcte de la professeure aux cheveux coupés très cours. Alors qu’ils parcouraient les couloirs, une jeune femme mince aux longs cheveux roux et à la robe d’étudiante mal attachée s’arrêta pour ausculpter la trouvaille d’un air curieux.

« Intéressant… » dit-elle avec intérêt. « Où avez-vous donc trouvé une chope de cette taille ? »

« Gachançonde ! » aboya en retour Jopaële. « Vous n’avez que faire de mettre le nez dans les affaires des autres. Concentrez-vous sur vos propres travaux ! »

« Mais qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Hek alors qu’elle réajustait sa posture. « C’est juste une chope géante, le monde ne va pas exploser en la regardant. »

« L’Université d’Arquillères est un endroit sérieux, » expliqua la professeure d’un ton sec. « S’il y a bien une chose que je déteste, ce sont les étudiants qui bayent aux corneilles. »

Le groupe continua à se mouvoir méthodiquement dans les couloirs de l’établissement, montant plusieurs volées de marches avec difficulté compte tenu de la charge dans leurs mains. Après avoir zigzagué à travers les étages, il arriva finalement en face d’une porte en bois de sapin où les mots Cinttilène Ferre avaient été gravés avec soin. Jopaële y cogna respectueusement et ce fut une grande femme dans la quarantaine, dont les cheveux bien peignés avaient déjà blanchi et dont la robe avait une forte teinte azur, qui ouvrit.

« Bonjour, » commença-t-elle, de bonne humeur. « Tiens… Je vois que vous avez ramené une sacrée pièce archéologique… Où l’avez-vous trouvé ? »

« Dans les Mines Réfléchissantes, » répondit Hek.

« Mais c’est… fantastique ! » s’exclama la dame. « Vous avez finalement été capables d’entrer les profondeurs de ces mines anciennes ! Avez-vous trouvé d’autres reliques ? »

« Non, mais nous n’avons exploré qu’une petite partie de cet endroit et il y en a probablement d’autres à trouver. Cependant, les deux parties de la mine sont séparées par un trou de 70m de profondeur, ce qui limite fortement le nombre de déplacements qu’on peut faire entre le point le plus bas de la mine et la surface. »

« L’important, c’est que vous avez pu y pénétrer. Cela signifie que nous pourrons y envoyer des savants pour la cartographier et récupérer les artefacts qui y sont encore. »

« Soyez prudents, quand même, » avertit Yvabrol, ajustant sa longue chevelure. « Je dois vous aviser que nous avons fait face à des tritons de feu. Il y en a probablement une énorme colonie, là-bas. »

« C’est pour cela que nous aurons certainement besoin de vous à l’avenir. D’ailleurs, je dois vous donner cela, pour ce que vous avez déjà fait pour nous. »

Cinttilène ouvrit un des nombreux tiroirs de son bureau et en sortit une bourse poussiéreuse, mais bien garnie, avant de la mettre dans la main frêle de Chrangaenca, qui commença à distribuer son contenu, des grosses pièces d’or brillantes, en soupirant.

« Durant les jours suivants, » continua-t-elle, « l’Université d’Arquillères discutera de la possibilité d’y faire une grande expédition pour y récupérer tous les artefacts historiques des Mines Réfléchissantes. Si vous participiez à notre rencontre, vous pourriez y partager ce que vous y avez appris et rendre l’expédition plus préparée. Pendant l’expédition elle-même, nous serions ravis de vous avoir à nos côtés, afin de nous protéger des attaques de monstres pendant que nous récupérons les artefacts géants. Vous ne repartirez pas les mains vides, car pour chaque relique ramenée à la surface, vous aurez droit à une récompense de 25 pièces d’or. Est-ce que ce marché vous intéresse ? »

« Est-ce que nos blessures seront couvertes ? » demanda Hek.

« Nous avons des potions de soin en cas de blessure. »

« En tout cas… Ça me semble assez rentable comme expédition, » acquiesça Ipyrt, songeur. « J’accepterais bien le marché. »

« Je suis ok avec, » ajouta Chrengaenca d’un ton morne.

« Contente de le savoir, » Cintillène affirma. « La discussion se déroulera demain à 15 heures, soyez-là si vous le pouvez. En attendant, vous pouvez faire tout ce que vous voulez. »

« Même aller dans votre bibliothèque !? » s’excita Hek, écarquillant les yeux à l’idée de passer encore plus de temps au milieu des vieux tomes odorants.

« Bien sûr, mais remettez les livres à leur place une fois que vous avez fini de les lire. »

« Yeeaaaaaaah ! » siffla-t-elle alors que le groupe d’aventuriers se scindait. « Merci, et à demain après-midi ! »

Yvabrol et Chrengaenca se séparèrent du groupe pour aller prendre un repas du soir à la cafétéria. Ipyrt était sur le point de les suivres quand Hek lui barra le chemin avec agilité.

« Suis-moi, j’ai quelque chose à te montrer. »

« On peut pas aller souper avant ? J’ai la dalle. »

« Allez, s’il te plaîîîît… Juste un coup d’oeil. Je ne pourrai pas manger tant que je ne te montre pas ce qui tourmente mon esprit. »

« Ah… D’accord. »

Ipyrt suivit son amie arcaniste à travers les couloirs de plus en plus déserts de l’Université d’Arquillères, jusqu’à la salle d’études où elle s’était endormie, quelques jours plus tôt. Les livres qu’elle avait consulté ce jour-là avaient été sagement rangés dans leurs étagères, mais la troglodyte put reconnaître d’un seul coup d’oeil le livre qui l’avait le plus captivé : “Les ombres sous le monde, un voyage dans les Profondeurs”, d’Iturv Godrox. Hek s’en saisit avec agilité avant de l’ouvrir plus ou moins gracieusement à une paire de pages qui parlait de champignons et de moisissure. Le thermosaure se pencha pour mieux lire ce qui y était écrit.

Guidé par Haleine-de-Bouse, notre caravane prit à nouveau la route dans les tunnels des Profondeurs en direction de Daevonrae, là où Felynra avait été aperçue pour la dernière fois. Nous quittâmes Glannabar et commencèrent à parcourir les Gouffres de Zauvion’lyr, quand la roue de notre véhicule se coinça dans une masse ferme et touffue et nous ralentit pour un temps. Nous dûmes temporairement mettre un terme à notre trajet pour décoincer la roue et Haleine-de-Bouse nous éclaira sur la nature de l’obstacle.

« Moisissure hilarante, » avait-il dit. « À cause de la Baguette Sporigène. Plantée dans un caillou. Fait pousser des champignons. Vieille magie. Beaucoup ont voulu la prendre, mais jamais personne n’est revenu. Mieux vaut contourner. Moisissure hilarante fait mourir de rire. »

Bien que l’idée d’être les premiers à récupérer la baguette me traversa l’esprit, je me rappelai à quel point, nous, les voyageurs, étaient mal préparés à tout ce qui se terrait dans les Profondeurs. Alors, nous continuâmes notre route, évitant soigneusement les moisissures bleues qui poussaient un peu partout dans les tunnels.

« Et… » marmonna Ipyrt en se grattant le menton. « Est-ce que c’est cette histoire de baguette que tu voulais me montrer ? »

« Exactement, » affirma-t-elle en fermant le livre brusquement. « On pourrait essayer de la récupérer, quand on aura fini l’expédition dans les Mines Réfléchissantes. Je sais de quel lieu l’auteur parle, je pourrais nous mener ici. Et puis, ça te permettrait de voir l’endroit où j’ai grandi. Est-ce que ça te tente ? »

« D’aller dans un lieu avec des moisissures qui feraient littéralement mourir de rire ? Je ne sais pas… »

« On trouvera une manière de s’y préparer. On a accès à une grosse biblio, de toute façon. Savoir, c’est pouvoir. »

« Pff… D’accord. Mais on va manger d’abord. »

Le duo se dirigea vers la cafétéria et s’installèrent au milieu d’un groupe d’inconnus dont les regards hostiles leur rappela qu’ils étaient des parias, ici. Avant même qu’elle ait pu se détendre, Hek se leva en sursaut.

« Glukt ! » cria-t-elle, les yeux écarquillés avec détresse. « J’ai pas revu Glukt depuis qu’on est revenus ! As-tu vu Glukt ? »

« Non… » répondit Ipyrt, désemparé face à l’anxiété contagieuse de sa compagne.

« Il faut que je retrouve Glukt ! Si ça se trouve, ils l’ont mangé ! »

La troglodyte se leva rapidement, les nerfs en boule, et s’éloigna rapidement de la cafétéria, regardant de tous les côtés frénétiquement. Après quelques minutes de recherche en panique, elle aperçut avec soulagement l’énorme oiseau blanc qui se promenait aux côtés d’un aarakocra aux plumes dorées dans ses pensées.

« Glukt ! Pardon, monsieur, est-ce que cette oie va bien ? »

« Oui, elle va bien, » répondit l’aarakocra d’un voix sifflante comme un cri d’aigle. « Mais qu’est-ce qu’elle est exigeante ! Ça prend des kilos de grain pour la calmer et quand elle crie, les meubles tremblent dans toute l’université ! J’exige un paiement pour m’être occupé de… de cette diva ! »

Hek jeta un oeil dans sa bourse et lança une pièce d’or à celui qui s’était occupé de la volaille mythique.

« Mais pour qui tu te prends !? » croassa-t-il, le plumage ébouriffé. « J’exige au moins 10 pièces d’or pour le mal que je me suis fais avec votre bête ! »

« Holà, t’exagères ! » cria la troglodyte, la colère commençant à activer ses glandes à puanteur. « Pas plus que deux pièces d’or. »

Dans le regard fixe de l’homme-oiseau, une étincelle de rage passa. Ignorant l’odeur pestilencielle qui se dégageait d’elle, il se jeta de toutes ses forces sur Hek, la faisant tomber sur le sol avec force. Acculée, celle-ci arracha les plumes de son visage pour le déstabiliser. Une sale bataille s’ensuit, les deux combattants se défendant à coups de morsures et de coups de bec. Les autres passants dans le couloir figèrent, s’éloignant pour ne pas être les victimes de dommahes collatéraux. Éventuellement, la magicienne réussit à mettre son adversaire à terre, puis prit la laisse de Glukt et se faufila dans la cafétéria pour rejoindre Ipyrt.

Le début du lendemain fut relativement calme et sans événements. Tandis que Hek s’enfilait livre par livre, Ipyrt se promenait dehors pour s’occuper de Glukt, essayant de profiter du ciel découvert malgré le froid mordant. Vers 14h30, les deux aventuriers se rassemblèrent pour discuter de leur expérience.

« Ipyrt ! » cria la troglodyte, refermant violemment son tome en voyant arriver son compagnon. « J’ai essayé de me renseigner sur la Baguette Sporigène et j’ai trouvé une FOULE de trucs. »

« Quoi donc ? » demanda le thermosaure avec curiosité tandis qu’il tenait la laisse de l’oie géante.

« J’ai appris qu’elle a été construite par une tribu de kobolds aujourd’hui disparue. Apparemment, c’est quand leur chef a été tué loin de leur demeure que la baguette s’est égarée dans la nature, provoquant une pousse anormale de champignons dans la région. Quand aux “moisissures hilarantes” qui l’entourent, ce sont des chaulssarydes, des moisissures qui sécrètent une toxine provoquant des contractions musculaires incontrôlables chez ceux qui l’inhalent. D’habitude, l’effet est très temporaire, mais si la victime est malchanceuse, il peut persister jusqu’à son arrêt cardiaque ou respiratoire. Ceux qui meurent sous l’effet d’une chaulssaryde ne se transforment pas en goules et deviennent le substrat pour plus de cette moisissure. Intéressant, non ? »

« Ouais… Donc, ça veut dire qu’on va vraiment mourir si on essaie de récupérer la baguette ? »

« Possible. Mais avec une protection appropriée, on doit pouvoir trouver une solution. Il doit sûrement exister un antidote… Faut que je continue mes recherches… »

« Attends, faut qu’on vienne à la réunion de l’université, elle commence bientôt. »

« C’est vrai ! Le feuilletage de livres sera pour plus tard, alors. Quel dommage. »

Le groupe pressa le pas dans les couloirs de l’Université d’Arquillères, cherchant la salle où devait se dérouler la rencontre. Après quelques minutes, il arriva dans une pièce où était assise une foule de professeurs et d’érudits, attendant tous le début de la grande discussion. Yvabrol et Chrengaenca étaient tous les deux présents, habillés et coiffés comme s’ils allaient faire une audience avec le roi. Jopaële et Maolnysska étaient parmi les professeurs présents, attendant patiemment sur leurs chaises. Quant à Cinttilène, elle surveillait toute la salle de son regard de doyenne et jetait des coups d’oeil réguliers à l’horloge solaire affichée de l’autre côté de la fenêtre. Lorsque l’ombre de l’aiguille chevaucha la marque des 3 heures, elle commença son discours.

« Bonjour et bienvenue, faculté de l’Université d’Arquillères. Pas plus tard qu’hier, nos braves aventuriers ont réussi à débloquer l’accès à la partie inférieure des Mines Réfléchissantes et ont confirmé nos soupçons : il y a des tonnes de reliques d’origine géante qui n’attendent que d’être exhumées. Nous avions eu l’idée d’envoyer une grande expédition dans les prochains jours, pour envoyer tous ceux qui sont intéressés récupérer ces objets pour leurs projets et ceux de l’université. Nous avions suggéré d’escorter l’opération avec nos aventuriers pour repousser tous les monstres encore présents. Aventuriers, présentez-nous ce que vous avez rencontré dans les mines. »

Hek et Ipyrt racontèrent au groupe l’expérience qu’ils avaient vécu dans le donjon, la pente de 70 mètres qu’il allait traverser pour s’y rendre, la colonie de tritons de feu qui y avait élu domicile, ainsi que la chope géante qu’ils avaient remonté. Le public écouta avec calme, posa quelques questions pour se familiariser avec les lieux et commentèrent leur épopée.

« Très bien, aventuriers, » continua Cinttilène, croisant les bras. « Comme vous avez pu le constater, les Mines Réfléchissantes sont remplies de pièces historiques, mais aussi de dangers que vous devrez garder à l’oeil. Néanmoins, je crois que les visiter sera extrêmement rentable pour notre établissement. Érudits, qui parmi vous souhaitent partir en expédition dans ces mines ? »

Plusieurs mains se levèrent dans la salle. La doyenne hocha la tête et continua son discours.

« Et vous, aventuriers… Qui parmi vous souhaitent jouer le rôle d’escorte dans notre groupe ? »

Hek, Ipyrt, Yvabrol et Chrengaenca levèrent tous la main.

« C’est parfait. Maintenant, nous allons discuter des détails de l’expédition… »

Les heures suivantes furent une longue discussion entre équipes et entre professeurs, pour déterminer les actions à suivre dans les prochains jours, l’équipement qu’il faudrait apporter, les procédures d’urgence, qui garderait quoi, etc. Tandis qu’Yvabrol et Chrengaenca parlaient avec tant d’aisance qu’on aurait cru qu’une divinité discutait à leur place, Hek et Ipyrt se fatiguèrent rapidement, peu habitués à être orateurs, et attendirent la fin de la réunion avec impatience. Lorsque celle-ci arriva officiellement, annoncée par la voix profonde de Cinttilène, les deux poussèrent un soupir de soulagement… Avant d’entendre une voix très rauque les interpeller.

« Hek… Ipyrt… Il faut que je vous parle. »
- Le chaotique neutre est mort après avoir couru sus à une gorgone.
Manuel du joueur AD&D2, page 68

Un grand merci à Betanaelle de m'avoir laissé découvrir Dark Sun et faire de la merde partout avec du poison de type E.
Répondre

Revenir vers « Compte-rendu de campagnes »