Autochon le Sonneur de Cloches

Les ménestrels de Sigil tissent des contes charmants au sujet de braves courriers qui arpentent les rues, porteurs de messages d'amour, d'affaire et de trahison. Ces chansons éveillent l'esprit des enfants de la cité qui s'amusent à interpréter ce rôle - en délivrant des messages codés, en esquivant les obstacles et en se précipitant juste à temps à leur quartier général secret.
Cette histoire-ci n'est pas une de celles contées par les bardes, car elle est véridique.

Il y avait jadis un courrier nommé Autochon, un jeune et charmant jeune homme qui ridiculisait les autres courriers, tellement il était assidu et rapide. Très tôt, tout le monde dans le Quartier de La Dame faisait uniquement appel à lui pour délivrer ses messages ; l'ambitieux jeune homme vit cela comme un présage et qu'il pourrait alors créer son propre service de courriers dans le quartier. Ce qu'il fit d'ailleurs, et il devint rapidement connu comme l'un des meilleurs.
Les riches seigneurs se fiaient aux "courriers silencieux" - des coureurs qui portent des bâtons enchantés avec un sort de bouche magique qui délivre le message uniquement au destinataire correspondant - et les mages confiaient leurs mystérieux colis aux courriers d'Autochon seulement, magiquement liés comme l'étaient leurs marchandises.

"J'aurai - il me faut - le plus important service de courrier de Sigil" disait Autochon, et il a bien failli ne pas y arriver - notamment à cause des attaques croissantes sur ses employés, on lui dérobait les messages, les clients et parfois les courriers eux-mêmes.

Quand personne ne put garantir à Autochon la protection qu'il voulait, tout semblait perdu. Et ce jusqu'à ce que l'arcanaloth Shemeshka la Maraudeuse fasse sa connaissance. Elle lui suggéra de rencontrer Noxana l'Indésirable (Planaire, femelle tieffelin, Prêtre 6, Libre Ligue, Chaotique Mauvais) au redoutable Temple des Abysses. C'était l'endroit de dernier recours, mais les contrats avec les fiélons du temple sont toujours honorés. (Noxana l'Indésirable est la responsable de ces contrats). Autochon la rencontra alors, dans la pénombre du clocher du temple.

Et quelle rencontre ce fut.
Noxana était attirée par le visage élégant du jeune homme - sa peau brune, ses yeux verts clairs, l'encre brillante d'un dragon tatoué sur sa pommette.
Et tandis qu'elle passait le doigt sur ce symbole de la Libre Ligue, Autochon dégagea la chevelure de corbeau disgracieuse de son visage et aperçut un symbole similaire en or qui pendait à son oreille.

Pendant un moment, ils ne dirent rien, puis ils entamèrent les négociations, et leurs paroles enthousiastes s'attirèrent l'une à l'autre. Autochon commençait chaque phrase par "Il me faut", mais Noxana l'Indésirable, à son tour, était tout aussi exigeante.
Finalement, le contrat fut signé, par le sang - promettant la protection des fiélons en échange de la gratuité de son service de courrier. Mais les deux continuèrent de se voir dans les ombres. Car pour Autochon, Noxana n'était pas si indésirable que ça.

Malheureusement pour le couple, un espion dénonça leur rendez-vous galants à Noshteroth des Ecailles Ambrées, le plus haut prêtre du temple (planaire, tieffelin, prêtre 10, voleur 12, Morne Cabale, Chaotique Mauvais).
Enragé par la nouvelle, Noshteroth empala l'espion sur la façade acérée du temple, où il gigota et mourut tandis que les corbeaux dévorèrent sa chair.
Que Noxana ait été la sœur chérie ou l'amour secret du grand prêtre demeure incertain, toujours est-il que Noshteroth se jura qu'Autochon paierait pour ses actes. Il condamna l'humain à la punition encourue par tous ceux qui trahissent le temple : pour toujours, et aussi longtemps et loin qu'il puisse fuir, Autochon serait maudit à entendre l'éternel et macabre son des Cloches de Baphomet.

Il me faut un rendez-vous !
- Autochon s'adressant à Iarmid, à l'Autre Endroit

Autochon essaya de chasser le bruit dans sa tête, en vain, pas même par la distance, la magie, ni même avec du tissu fourré dans ses oreilles.
Ses amis n'entendaient rien, mais les cloches l'empêchaient de dormir et le précipitèrent au bord de la folie en à peine trois jours. Et lorsqu'il survécut de justesse à un combat contre le dissonant Démon des Cloches, Autochon se rendit à la célèbre maison connue sous le nom de Roue de la Fortune, pour y trouver Shemeshka la Maraudeuse.

"S'il vous plaît, gente dame" hurla le guerrier en s'effondrant au sol, les mains sur ses oreilles, "Il me faut votre aide !"
Shemeshka l'observa attentivement, puis elle acquiesça et pointa le creux de sa main vide vers lui.
Autochon arracha désespérément un sac de pièces d'or de sa ceinture, mais elle se mit à rire et le refusa - il pouvait lui fournir davantage.
D'un geste de la main, les gardes-toiletteurs de Shemeshka s'avancèrent, apportant une remarquable armure de couleur grisâtre - une armure spéciale de plaque complète provenant de la Gaste Grise.

Ils habillèrent l'homme en sanglot avec le métal rembourré et glissèrent le lourd heaume sur sa tête ; Shemeshka s'avança elle-même pour fermer brusquement la visière.
Et quand elle eut finit, le vacarme résonnant dans le crâne d'Autochon s'estompa jusqu'à devenir un son de cloche retentissant dans le lointain - le son qu'il entendrait pour le restant de sa vie, une vie passée sans arrêt à l'intérieur d'une armure.

Autochon fit un premier pas maladroit dans sa nouvelle carapace. Et l'armure produisit un son étrange. L'armure magique absorbait les sons des fiélons afin de le protéger des cloches du temple et de son démon chatoyant. Mais la maille grise ne pouvait tout contenir. Et au lieu de cliqueter quand son nouveau porteur se déplaçait, l'armure tintait.
La taverne devient subitement silencieuse, tous les regards se tournèrent vers le son délicat et tintant. C'est de là qu'Autochon tire son surnom, connu dès lors comme le Sonneur de Cloches.

Depuis ce jour-là, Autochon porte l'armure complète à tout moment, malgré la chaleur étouffante ou la fatigue harassante. Au fil du temps, sa grande silhouette rectiligne d'autrefois se courba sous le poids du métal.
Beaucoup de gens dans Sigil pensaient qu'il portait l'armure pour cacher une quelconque affreuse défiguration. Ils étaient souvent surpris lorsqu'Autochon levait sa visière pour avaler une petite bouchée de pain ou une bouffée d'air frais, révélant au passage un beau et saisissant visage. Dans ces moments là, il lui arrive de tressaillir en entendant le son des cloches augmenter, et il referme alors la visière.

C'est ainsi que les conversations d'Autochon, autrefois si courantes, devinrent de brefs murmures, et ses sourires devinrent aussi rares que des pierres précieuses.
Bien souvent, il ne dit rien du tout, mais on peut l'entendre se maudire sous son heaume grisâtre. L'homme tenace, qui jadis commençait chacune de ses phrases par "Il me faut", fut réduit à la place à dire de simples supplications : "Il me faut du silence". Il devint intolérant et fougueux, en particuliers avec les courriers qui jouissaient d'une protection à ses frais. Autochon commença à les traiter avec violence, arrachant la langue de ceux qui refusaient de lui payer une taxe pour avoir le droit de livrer des messages.
Cela, bien entendu, rendit la situation plus calme pour lui - et donna un sens macabre à la notion de courriers silencieux.

Un seul courrier a toujours refusé de lui faire un tel paiement tout en gardant sa langue : une gamine nommée Kylie, qui démissionna en plein milieu d'une prestation, vola le message, et laissa Autochon dans l'embarras. Fou furieux, ce dernier voulut la tuer, mais Shemeshka la Maraudeuse intervint à temps pour arrêter son geste, insistant sur le fait qu'il devait, au lieu de ça, la protéger secrètement.
Autochon se demanda alors si l'arcanaloth n'avait pas tout planifié depuis le début.

Alors que dire d'Autochon le Sonneur de Cloches ? Solitaire, tourmenté, il consacre chaque heure à l'amélioration de ses services. Il doit réussir, il doit honorer l'horrible contrat du temple avec des bénéfices abondants - dont une grande partie va à Shemeshka en dédommagement de l'armure.
Autochon reste dans les halls silencieux du Palais du Bouffon, une zone de rassemblement peu fréquentée, destinée aux riches et aux puissants du quartier, d'où il gère ses courriers. Il préfère garder son esprit occupé (afin de moins entendre les cloches lointaines), et il traite en personne ceux qui viennent embaucher des messagers.
Avec un peu de chance, un client pourrait brièvement apercevoir son visage lorsqu'il soulève sa visière, dévoilant succinctement l'homme que c'était autrefois.

 

Autochon le Sonneur de Cloches
(Planaire/humain/Guerrier 12/Libre Ligue/Neutre Mauvais)

CA 1 (armure de plate complète) ; VD 12 ; Pv 88 ; TACO 9 (6 avec son cimeterre) ; #AT 5/2 ; Dég 1d8+4/1d8+4 (cimeterre et Force) ; AS cimeterre et bonus de Force ; DS armure ; Faiblesses Spécifiques emprisonné dans son armure, tintement, restriction de faction ; TA M (1m80) ; NM stable (12) ; PX 2000.
Notes : AS - le cimeterre de rapidité +3 permet à Autochon de porter la première attaque à chaque round de combat et lui accorde une attaque supplémentaire par round, augmentant son nombre d'attaque de 3/2 à 5/2 (deux attaques au premier round et trois au second) ; la Force de 16 octroie à Autochon un bonus de +1 aux dégâts.
DS - son armure de plates de la Gaste Grise le protège des Cloches de Baphomet du Temple des Abysses et du Démon des Cloches.
Faiblesse Spécifique : lorsqu'il ne porte pas son armure de plate (y compris le heaume avec la visière fermée), Autochon est tourmenté par les Cloches de Baphomet. Le premier jour sans armure, le son des cloches occasionne un malus de -4 au TACO ; -8 le deuxième jour ; et -11 le troisième jour et les suivants. L'armure tinte à chaque mouvement ; lorsqu'elle est portée, il ne peut pas surprendre ses adversaires. Le poids de l'armure impose une pénalité cumulative de -1 à son TACO à chaque round de combat au-delà du 5ème. De plus, en tant qu'Indé, Autochon n'a de représentant dans aucune affaire officielle de la cité et, par conséquent, possède peu de droits de protection.
For 16, Dex 10, Con 16, Int 14, Sag 10, Cha 8.
Personnalité : amer, emporté, professionnel.
Equipement spécial : armure de plate complète de la Gaste Grise ; cimeterre de rapidité +3.
Bénéfices de faction : obtient un bonus de +2 aux jets de sauvegarde contre les tentatives de contrôle de son esprit ; obtient une remise de 20% sur les objets achetés au Grand Bazar de Sigil ; relié au réseau secret d'information des Indés.
Emplacement : au Palais du Bouffon dans le Quartier de La Dame, où il rencontre les clients qui veulent engager un courrier.
Interprétation : Autochon déteste le bruit et est toujours en train de murmurer ; il essaye d'ignorer les tintements de son armure et tous les commentaires que les autres lui font à ce sujet.
Parce qu'il est contraint à réussir, il applique la vente forcée avec les personnes qui viennent engager un courrier, même si ce n'est pas nécessaire. Quoi qu'il en soit, il traite tous les clients avec respect.

Combat : Autochon se sent facilement provoqué et en vient aux mains immédiatement - il sait que ses capacités diminueront si le combat dure plus de 5 rounds (à cause du poids de l'armure). S'il est attaqué en public, 1d4 courriers (roublards de niveau 2 avec des dagues) viendront à sa rescousse en 1d4 rounds.