La Salle des Fêtes et le Manifeste des Sensats

"Alors comme ça vous souhaitez rejoindre les Sensats, c'est bien ça ?"
Elle murmura à travers la pièce, et je ressentis soudainement un attrait pour sa voix, comme une irrésistible envie de la rejoindre - Erine Flambenoire Montgomery, la factole des Sensats. Je me tenais dans une petite antichambre du vaste complexe de la Salle des Fêtes, et contemplais mon hôte. Mon regard croisa le sien et, pendant un moment, je m'imaginais en train de nager dans ses yeux, telles des mares de couleur citronnée. Mais je souris uniquement d'un air pitoyable, avant de répondre, "Non, gente dame, je crains que non".

Elle s'approcha de moi, sa robe pâle scintillant à la lueur des bougies. "Eh, j'aurai pu le deviner à l'instant même où vous avez foulé mon tapis" dit-elle froidement. "Vous avez pris grande peine à me rencontrer, messire. Pourquoi êtes-vous ici alors ?"

Je secouais la tête. "Croyez-moi, je suis bien tenté, mais je ne peux rejoindre vos rangs - mon travail me l'interdit."

"Votre travail ?" Ses mots furent accompagnés d'un froncement de sourcils.

"Oui gente dame. Je suis chroniqueur pour le Tempus Sigilian."

"Hmph" répondit-elle, sans être apparemment impressionnée. Avait-elle perçu mon mensonge ? "Et quel rapport cela a-t-il à voir avec moi ?"

"Je souhaiterai vous interviewer… en savoir plus au sujet de votre faction," dis-je avec impatience, persuadé que j'avais réussi à la duper. "Ma mission…"

"Hé attendez, qu'est ce qui vous fait croire que je vous accorderai une interview ?" m'interrompit-elle. Ses yeux me contemplaient, tandis qu'elle croisait ses bras sveltes et dénudés contre sa poitrine.

Je la fixais sans hésitation, sans cacher mon admiration tremblotante - ou bien était-ce la peur ? Puis je pris son visage entre mes mains et l'embrassai avec toute la fougue qui était en moi.

Elle me repoussa gentiment, et un sourire amusé se dessina sur ses lèvres charnues. "Je crains que ce ne soit une raison suffisante, mon ami".

Je lui retournais son sourire. "Alors, comment était-ce, gente dame : vous n'aviez jamais été interviewée de la sorte".

Montgomery s'arrêta pour reprendre son souffle, puis jeta sa tête en arrière et se mit à rire, tandis que ses cheveux cuivrés ondoyaient sur ses frêles épaules. "Bien, vous avez gagné !" Elle désigna le canapé couvert de soie qui se trouvait derrière nous, et nous nous assîmes. Elle me regarda pendant un moment, assez curieuse. "Très bien", dit-elle, "mais je tiens à avoir l'approbation finale de cet article".

"En général nous n'accordons pas cela, gente dame," répondis-je lentement. Peut-être suspectait-elle quelque chose finalement ?

Elle eut un petit sourire narquois, et une certaine allégresse illumina son visage. "Et moi, normalement, je n'étale pas les soltifs qui me concernent ni ceux de ma faction. Ce sont mes conditions, chroniqueur. Acceptez-les ou partez !"

Je levais ma main, un sourire grandissant lentement sur mes lèvres. "Je suis d'accord avec vos conditions, gente dame, je les accepte !"

Elle me regarda avec une telle inspiration dans ses yeux, dans son corps tout entier. Je savais que je me tenais en présence de quelqu'un qui me donnerait tout - quelqu'un qui serait entièrement présent, ici et maintenant, et qui ferait de moi la seule chose la plus importante de sa vie, même si ça ne devait durer qu'une conversation. Je faillis lui révéler mes secrets, sans attendre, manquant de dévoiler que je n'appartenais à aucune gazette d'enfumés.

Mais j'ai gardé mon sang froid. Et c'est ainsi que j'appris le soltif sur Erine Flambenoire Montgomery, la factole des Sensats.

- Rathvold Rathson

(Ce chapitre est dédié à la mémoire de Rathvold Rathson. Le pauvre bougre a été retrouvé mort peu de temps après m'avoir rapporté ses découvertes, et plusieurs pages de ses notes disparurent de mes dossiers avant qu'elles ne puissent être incorporées dans ce recueil. Bien que sa mort soit assurément une tragédie, je suis persuadé que Rathson serait d'accord pour dire que le plus grand crime fut d'avoir dérobé la vérité. - Ed.)

Ressentir, vivre, savoir

Un Sensat serait prêt à sauter dans la rivière Styx dans le seul but de renouveler chaque chose.
- l'Editeur

(La factole Montgomery fut plus qu'heureuse - sans aucune sollicitation pour Rathson - de parler longuement de sa faction, chacune de ses paroles brûlait de la passion d'être une Sensat. Ces mots parleront à présent d'eux-mêmes. -Ed)

Etre un Sensat est, purement et simplement, la meilleure chose à travers les plans - à condition que le bige soit un vrai Sensat, cela va sans dire. Ce qui est sûr, c'est que la Société des Sensations possède une légion de membres, mais nombre d'entre eux n'y sont que pour le plaisir. Selon toute probabilité, ils ne comprennent pas qu'être un Sensat, c'est bien plus que cela. J'entretiens ces pauvres bougres, malgré tout, parce qu'ils sont utiles ; ils œuvrent au bon fonctionnement de la Cage. Et il y a même de l'espoir pour eux. La plupart apprennent en temps et en heure qu'il y a plus important dans la vie que de satisfaire son ventre ou ses envies sexuelles.

Chaque civilisation possède son lot de personnes qui en sont avertis - mais surtout qui se permettent de laisser tomber leurs inhibitions. Et c'est la volonté de tout essayer, que ce soit physiquement, intellectuellement ou émotionnellement, qui distingue le vrai Sensat. C'est avec un tel état de conscience et de préparation que la peur ne vous affecte plus - uniquement le désir d'expérimenter la prochaine sensation, le moment qui va suivre. Seul le risque de perdre la vie ou un membre fera qu'un Sensat refusera une nouvelle expérience alléchante. Nous vivons chaque moment comme si c'était le seul qui importait, cherchant toujours de nouvelles expériences, de nouvelles sensations, de nouvelles réalités, de nouvelles perspectives - tout ce qui nous procure une meilleure emprise sur le monde entier.

Bien sûr, nous payons le prix fort pour notre bonne volonté d'expérimenter sans aucune réprimande ou répugnance. Certaines autres factions nous voient comme des paillards débauchés ou des ivrognes, ne pouvant servir qu'à nettoyer les caniveaux. Les bougres tels les Rectifieurs, la Morne Cabale, la Garde Fatale, et les Homme-Poussière sont des quoquerets, chacun d'entre eux. Et les Fatalistes - autrement dit les Gardes Fatals - aiment nous contempler dans cette célébration de débauche, s'imaginant qu'une poignée de Sensats ivres ne peut que mieux servir leur sacro sainte entropie. Ces factions sont trop bornées pour se rendre compte que la vérité est en toute chose. Et qu'en expérimentant chaque chose, nous apprenons cette vérité.

Mais nous voyons également la souffrance qu'une vie aussi restreinte engendre, et nous faisons de notre mieux pour apaiser les souffrances des autres bougres par le biais de réjouissances. "Le Plaisir est le baume qui tient la violence et la folie en échec", à ce qu'on dit. Et il est vrai que sans la Société des Sensations - sans les plaisirs que nous distillons dans la Cage - les biges deviendraient azimutés. C'est juste qu'il y a trop de gens serrés les uns contre les autres, trop de passions et de désirs opposés, et de philosophies qui toutes se battent pour parvenir au sommet. Alors nous sommes une sorte d'exutoire ; nous apportons une douce libération.

Bien sûr !
- Réponse habituelle d'un Sensat à n'importe quelle proposition

La chanson raconte qu'il y a longtemps, la Cage était beaucoup plus ordonnée et organisée, et qu'elle était un peu moins sur le point d'exploser. Mais les temps changent, n'est-ce pas ? Sigil attire des biges - comment dirais-je - aux penchants un peu chaotiques. D'étranges créatures et même d'étranges philosophies se sont installées dans la cité. Les forces de la Loi et du Chaos, du Bien et du Mal, ont eu à se mélanger et seule une neutralité véritable peut maintenir l'équilibre. A l'époque, il y a quelques 700 ans, les Sensats n'étaient pas vraiment une organi-sation, juste des gens qui se rassemblaient de temps en temps pour s'amuser et prendre tout ce qu'il y a de bon dans la vie. Nous avons entrepris quelques petites escapades - comme aller jeter un petit coup d'œil dans les Carcères et revenir - ou apporter de nouvelles distractions étranges dans un coin caché de la cité.

La rumeur a couru à propos de ce qu'on faisait, et les autres nous rejoignirent naturellement. Oh, certains opposants ont bien dit que nous n'étions que des gens ennuyeux, ou lourds, ou tout simplement curieux. Mais les matois un peu plus avisés ont compris que la Cage était entrée dans une nouvelle ère, et que le temps était venu de libérer les esprits. Et les premiers Sensats comprirent rapidement qu'il y avait là matière à faire du profit en réunissant les besoins des autres bougres. Pas mal de jonc servit à construire la Salle des Fêtes, un palais destiné au théâtre et autres spectacles en provenance des recoins les plus éloignés du multivers. Comme par exemple un leucrotta dressé qui sautait à travers des cerceaux tout en récitant de la poésie Ardistanienne. Ou encore la naissance d'un cambion, avec son père balor qui se tenait prêt, tenant la main de la mère humaine et caressant son front couvert de sueur. Oui, les affaires allaient bon train. Et même si aujourd'hui nous préférons des œuvres plus cérébrales, les Sensats organisent toujours ce genre de performances.

Et les nouveaux venus à Sigil ont toujours besoin qu'on les affranchisse sur le Multivers, n'est ce pas ? Particulièrement les Primaires naïfs qui viennent juste de réaliser qu'il y a quelque chose au-delà de leur petit monde ! Nous, les Sensats, étions attractifs pour eux, parce que nous acceptions tous les arrivants. Mais peut-être bien que nous étions trop ouverts à l'époque. Les biges qui n'étaient pas de vrais Sensats voulaient les mêmes distractions nuit après nuit, la même ivresse, la même euphorie. Satisfaits d'une unique stimulation, les bougres ne pouvaient pas voir pourquoi quelqu'un aurait besoin d'autre chose. Et ça, ce n'est pas être un Sensat.

Mais d'autres philosophies apparurent dans Sigil. Et on raconte qu'il y avait deux ou trois factions pour chaque tendance possible - toutes persuadées de détenir le soltif, et toutes essayant de convertir autant de biges qu'elles pouvaient. Le matois suffisamment futé pour réclamer des honoraires pouvait se faire pas mal de jonc en rejoignant une demi-douzaine de factions chaque jour ! C'était le Chaos complet. Et il est certain que La Dame des Douleurs voulait mettre fin à tout ça, avec son décret de réduire le nombre de factions à 15 uniquement. C'était une bonne chose, ça aussi - elle a probablement empêché une guerre civile.

Bon nombre de factions tombèrent, mais les Sensats étaient trop forts pour disparaître. Bien sûr, nous avons perdu une bonne partie de nos membres durant le bouleversement, mais ça s'est avéré être une bénédiction, puisque nous avions pu devenir plus sélectifs à propos des futurs membres. Et nous avons désigné un factol qui aiderait à organiser la Société, ce dont nous avions grandement besoin. Nous laissons encore entrer tous les matois dans notre faction, qu'ils soient bons ou mauvais, loyaux ou chaotiques, primaires ou planaires. Tout ce qui compte, c'est d'avoir un vrai désir de sentir et d'expérimenter ce que le multivers a à offrir. La personne doit réellement désirer goûter à une douzaine de types de miels différents, pour savourer chaque variété, ses qualités et ses défauts. Et là, elle a juste à nous convaincre de sa sincérité. Et comme vous le savez, chroniqueur, nous pouvons distinguer les fanfarons en un clin d'œil.

Tout ça ne veut cependant pas dire que nous n'avons aucun objectif. C'est juste que nos motivations ne sont pas aussi radicales que celles, disons, du Duc Sombrebois. Le factol des Marqués veut s'emparer de la Cité des Portes - c'est certain. Mais les Sensats dirigent déjà la cité ; on n'a pas besoin d'une déclaration formelle pour le savoir. En ce moment même, il y a plus de 40000 Sensats dans la Cage. Si je les réunissais tous, cet endroit finirait en guerre civile en l'espace d'une quinzaine de jours. Après tout, nous contrôlons toutes les maisons de divertissement publiques et privées - qu'est-ce que ces pauvres bougres ici présents auraient à faire d'autre si nous n'étions pas là, à part faire la guerre ?

(Après cette discussion, cher lecteur - et j'utilise le terme "discussion" ironiquement, vu que Rathson m'a dit avoir été hypnotisé par les paroles de Montgomery - la factole a déclaré que l'entretien était terminé. Rathson est resté dans la Salle des Fêtes pour dénicher le reste des informations nécessaire à son recueil. Les résultats de ses efforts, fructueux ou superflus, se trouvent ci-dessous).

Factole Erine Flambenoire Montgomery

Femme humaine planaire
Prêtresse de Diancecht de niveau 9, Société des Sensations (factole)
Loyal Bon

For 9
Dex 14
Con 13
Int 14
Sag 17
Cha 18
PV 45
CA 5
TACO 16

Equipement : Baguette de projectiles magiques, pierre ioun pourpre (enchâssée dans une tiare d'argent, contient jusqu'à 8 niveaux de sorts), masse de cristal (+2, +4 contre les créatures mauvaises, doubles dégâts contre les créatures liées au Plan d'Énergie Négative, crée des cercles de poussière solaire une fois par jour - voir le Recueil de Magie pour plus de détails).
Sorts/Niveau : 6/6/4/2/1.
Spécial : Montgomery a accès aux sphères de sorts générale, animale, création, divination, soins, végétale et protection. Sa puissance lui octroie la capacité de mémoriser et de lancer n'importe quel sort de la sphère de soins comme s'ils étaient d'un niveau inférieur, avec un minimum de 1. Elle possède aussi un talent psionique natif (prêt de santé, 36 PFP), de même que les capacités standards des prêtres et de sa faction.

A 33 ans, Erine Montgomery a vu et fait plus de choses que la plupart des planaires trois fois plus âgés qu'elle. Alors qu'elle grandissait dans le petit village de Tristepointe en Outreterre, au sein du royaume de Tir Nan Og, sa famille découvrit son talent mental à guérir les autres. A l'âge de 10 ans, elle devint novice de Diancecht, la divinité Celte de la guérison. A 13 ans, elle était prêtresse à part entière, destinée à prodiguer des soins équitables à tous les blessés, qu'ils soient amis ou ennemis. Quelques années plus tard, un raid de la Guerre Sanglante passa par Tir Nan Og, et Montgomery participa de toutes ses forces à soigner les blessés. Malheureusement, elle n'avait plus rien à offrir lorsque le capitaine tanar'ri Za'rafas et quelques-uns de ses compagnons s'écroulèrent devant elle. La plupart des fiélons moururent, mais quelques uns retournèrent dans les Abysses pour rapporter le désastre. Il se trouvait que Za'rafas était le favori d'un puissant Seigneur des Abysses, et le fiélon accusa Montgomery d'avoir laissé mourir le capitaine. Il commença alors par envoyer des assassins à ses trousses ; et personne ne saurait dire comment elle a pu leur échapper jusqu'à ce jour.

Tout expérimenter signifie tout comprendre.
- Factole Erine Montgomery

A 17 ans, Montgomery quitta Tir Nan Og, espérant épargner sa famille et ses amis de la colère des tanar'ris. Durant la décennie qui suivit, elle erra presque exclusivement de monde en monde sur le Plan Matériel Primaire. (Le récit du temps où la factole Montgomery voyageait avec les chevaliers Cielériens a disparu de mes notes avant que cet ouvrage ne soit compilé. - Ed.) Elle était encore suffisamment jeune pour vouloir mener une vie tumultueuse - ce qu'elle n'aurait jamais pu faire en redevenant prêtresse à Tir Nan Og. De ce fait, elle rejoignit un groupe décadent appelé la Pax Imperia, hypnotisée par leurs spectacles et par l'aisance avec laquelle ils menaient leurs plaisirs et leurs vies. Elle apprit à apprécier les bons vins et la bonne chaire, et elle s'adonna à un désir grandissant pour les divertissements charnels.

Cuatha Da'nanin (Primaire, demi-elfe, Rôdeur 15, Sensat, Loyal Bon) était esclave à la cour du roi où Montgomery était une invitée favorite - et fréquente. Ses yeux de jade ne pouvaient qu'être charmés par ce qu'elle vit : un corps grand et admirablement musclé, combinant les meilleurs traits des ascendances elfiques et humaines. Ses yeux, qui attirèrent tout d'abord son attention, était d'un vert surprenant - si semblable aux siens qu'à chaque fois qu'elle regardait Da'nanin, elle avait l'impression de se regarder elle-même. Mais l'image que ces yeux lui renvoyaient était déplaisante : fière, sadique, égoïste et arrogante. Montgomery avait encore suffisamment de distinction pour ressentir de la honte à chaque fois qu'elle contemplait Da'nanin, et elle évita le demi-elfe pendant un certain temps. Et puis un jour, Cuatha fut appelé pour une distraction nocturne connue sous le nom de la Broche, un cirque d'atrocités où le demi-elfe n'avait aucune chance d'y survivre.

Même si elle avait assisté - et même participé - aux horreurs de la Broche de nombreuses fois auparavant, Montgomery n'en avait pas l'envie cette nuit-là. Elle libéra Da'nanin en secret et utilisa une clé de portail pour fuir vers Sigil ; depuis, ces deux-là sont en couple. Bien sûr, le besoin de sensations de Montgomery ne pouvait être entièrement réprimé, juste canalisé, et elle rejoignit les Sensats un an après son arrivée dans la Cage. Elle sait que l'hédonisme détruisit plus d'un membre de la faction et, en tant que factole, elle tente de pousser les Sensats dans des recherches plus cérébrales, plutôt que le plaisir immédiat à n'importe quel prix.

Da'nanin rejoignit lui aussi la faction, vu qu'il était l'époux de la factole ; il l'a aidée dans sa rapide ascension au pouvoir et agit désormais comme son bras droit. Le demi-elfe porte de l'intérêt à tous les visiteurs, spécialement les aventuriers et voyageurs de pays étrangers - même un béjaune est susceptible de recevoir de sa part un accueil assez chaleureux, contrairement aux coutumes de la Cage.

La Salle des Fêtes

Elle tient à la fois lieu d'opéra, de salle de concert, de musée, de galerie d'art, de taverne, de bar à vin et de quartier général de faction ; le tout mêlé à d'autres services qu'il vaut mieux ne pas tenter de décrire. Cela pourrait sembler curieux si l'endroit n'était pas géré par les Sensats, dont le désir de faire des expériences s'applique non seulement aux arts, mais aussi à bien d'autres domaines. On raconte de drôles d'histoires sur ce qui se passe dans les arrière-salles de leur quartier général...

Mais ceux qui viennent ici pour le spectacle s'en moquent totalement. Ils veulent prendre du bon temps - du bon temps culturel et sécurisant, empreint de juste assez d'audace pour leur donner l'impression de courir un danger. Mais en dehors des peleurs et des coupeurs de bourse, les rues qui entourent la Salle des Fêtes n'abritent rien de très dangereux. De fait, les Sensats se rendent dans d'autres parties de la ville lorsqu'ils veulent vivre de "véritables" expériences.

Avec la Salle des Fêtes comme figure de proue, le quartier attire beaucoup de commerces en rapport avec l'art. On y trouve des marchands de curiosités artistiques originaires de tout le multivers, ainsi que tavernes réputées pour le talent des bardes qui s'y produisent, pour leurs vins fins, leur nourriture raffinée ou leur confort à nul autre pareil. Les jongleurs parcourent les rues, les marionnettistes s'installent aux carrefours, les cracheurs de feu exposent leurs talents dans les ruelles, et les magiciens élaborent de magnifiques illusions pour la foule. Même les étrangers participent parfois au spectacle en faisant une démonstration de leurs pouvoirs étonnants pour amuser les passants.

Ceux qui vivent et travaillent dans le quartier - les artistes, les acteurs, les musiciens et les saltimbanques - sont à peine fréquentables si l'on en croit la plupart des autres Sigliens. Pourtant, les distractions qu'ils fournissent ne sont que l'honnête produit de leur entraînement et de leur talent. Bien entendu, l'idée qu'un chanteur ou un acteur doive travailler dur pour son art semble totalement absurde à la plupart des biges.

Entrée principale

Salles de rassemblement des Sensats

Salles de réunion

Estrade

Hall de réception privée du factol

Salle de conférence

Salle de classe : combat

Salle de classe : roublardise

Salle de classe : Arcanes

Scène

 

Cour

Vestibule

Guichet

Sensoriums de luxe

Sensoriums individuels

Sensoriums à deux

Escaliers vers les Archives

Quartiers des invités

Quartiers d'Erine Montgomery

Sanctum Sanctorum

De toute l'architecture inhabituelle que l'on trouve à Sigil, nombreux sont ceux qui disent qu'aucun n'est plus imposant que la Salle des Fêtes, le quartier général de la Société des Sensations, un bâtiment d'une grâce et d'une beauté stupéfiante. Cette magnifique structure s'élève à plus de 300 mètres de haut, ses soubassements et ses colonnes allant d'un pinacle à l'autre, faisant de la Salle des Fêtes un endroit distinctif dans l'horizon de la cité. On la remarque aussi assez facilement depuis la rue, vu que des foules de jongleurs, de chanteurs, de danseurs et autres, se rassemblent autour des entrées du bâtiment, espérant récolter une pièce de cuivre ou deux de la part des passants admiratifs.

La Salle des Fêtes a plus de 600 ans et sa construction dura à l'époque près d'un siècle, car les Sensats parcoururent les plans et un millier de mondes primaires dans le seul but de trouver la bonne pierre, le bon bois, la bonne peinture, vitre ou matériau. En effet, les murs de granit de la Salle des Fêtes sont constitués de 50 textures différentes qui appellent toutes à être touchées, ses sols de marbre veiné aux couleurs de l'arc-en-ciel, ses fenêtres teintées délicatement de cristal de roche extraits d'une centaine de cavernes. Tout, jusqu'au mortier, a été mûrement réfléchi et planifié ; partout où le péquin regarde, il y a quelque chose pour émerveiller l'un ou plusieurs de ses sens. Même l'entrée principale est une merveille : les portes sont hautes de 30 mètres, grandes et étroites, elles sont entourées de pierres scintillantes formant des images abstraites qui représentent la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher et le goût. Plaqué contre le mur d'enceinte, un geyser d'eau bleue cristalline jaillit en permanence sur une trentaine de mètres, en se dissipant subitement dans les airs.

La Salle des Fêtes est aussi remarquable du fait qu'elle est l'un des seuls bâtiments de Sigil à prendre en compte les propriétés dimensionnelles particulières de la cité. De l'extérieur, cette structure étendue couvre une surface d'environ 250 mètres de large sur 300 mètres de long. Mais à l'intérieur, le bâtiment est beaucoup plus complexe ; certains sages prétendent que la superficie est deux à quatre fois plus grande que les dimensions extérieures ne le laissent supposer. De toute façon, la Salle des Fêtes est bien plus grande et luxueuse à l'intérieur. Des encens parfument l'air, se mélangeant aux épices, et autres senteurs délicieuses. Des couleurs recouvrent chaque hall et chaque salle, que ce soit par le plus pâle des pastels ou par les nuances les plus vives. Les sons hantent les oreilles du péquin quelque soit l'endroit où il se rend, des entrechoquements d'épées issus d'une des salles d'entraînement aux vivats et applaudissements provenant des théâtres.

Le rez-de-chaussée de la Salle des Fêtes comporte trois théâtres et deux Sensoriums. Il y a aussi les quartiers de la faction - les salles de réunion, de lecture, d'entraînement, ainsi que les appartements privés du factol. Les autres étages abritent un nombre incalculable de distractions qui ne pourraient êtres décrites sur si peu de place. Il suffit de dire que le péquin qui parvient à se faufiler jusqu'aux sensoriums y trouvera des tavernes qui servent les bières les plus douces et les plus aigres qu'il n'aura jamais goûté, des musées aux statues plus vivantes que la foule alentour, des bijoutiers revendant des colliers étincelants qui manqueraient presque d'aveugler celui qui le porte, et pratiquement tous les autres services et distractions qu'un péquin aurait besoin.

Le visiteur qui vient pour la première fois à la Salle des Fêtes pourra rencontrer Annali Tissetoile, une bariaure qui s'occupe des inscriptions et de l'endoctrinement. Elle pourra rediriger le bougre éreinté là où il souhaite se rendre.

Annali Tissetoile

Femelle bariaure planaire
Guerrière niveau 7, Société des Sensations (factotum)
Chaotique Neutre

For 13
Dex 10
Con 11
Int 15
Sag 12
Cha 9
PV 58
CA 4
TACO 14

Equipement : Lame-corne +2 (ressemble à une simple corne portée à sa taille), cape de protection +2, yeux de vision véritable/de charme (lunettes imprégnées d'un sort permanent de vision véritable qui permettent à Annali de savoir exactement ce qui se trouve dans la Salle des Fêtes, et également de charmer tous les agents infiltrés potentiels).
Spécial : Tissetoile possède les capacités standards des guerriers, des bariaures et de sa faction.

Tu avales des maelephants enflammés ?
Super, parce qu'on a jamais vu ça auparavant.
- Annali Tissetoile, durant ses auditions quotidiennes

Le pelage d'Annali Tissetoile est d'une variété angora très rare, noire et de plusieurs centimètres de long. Elle a un visage attirant, bien qu'elle louche constamment à travers ses lunettes qu'elle porte en permanence. En plus de s'occuper des enregistrements et de l'endoctrinement à la Salle des Fêtes, elle coordonne la plupart des divertissements, planifiant les évènements jusqu'à deux ans à l'avance. Elle est toujours à l'affût de matois ayant de nouvelles expériences inhabituelles à ajouter aux sensoriums, aussi est-elle très ouverte vis-à-vis des étrangers. De plus, elle est également disposée à accorder aux biges un petit entretien, s'ils ont un talent quelconque à présenter sur l'une des scènes de la Salle des Fêtes.

Les Théâtres

Le Hall de Ren, nommé en l'honneur d'un légendaire héros du primaire des temps anciens, est le plus grand théâtre public de Sigil. Les représentations se déroulent deux fois par nuit, et presque toujours à guichet fermé. Les spectacles varient : une nuit un githyanki joue, le lendemain un ballet orchestré par un homme-lézard, et le surlendemain un opéra mettant en scène les hurleurs du Pandémonium. Les Sensats proposent des spectacles somptueux, ne ménageant pas les dépenses pour les acteurs, les décors, la magie, la musique et autres exhausteurs de sens (tel que diffuser des odeurs au moment approprié).

Le Théâtre d'Elloweth est plus petit et plus intime, généralement utilisé pour les pièces dramatiques et les interprétations de danse. Son plafond est constitué de coquillages de nacre, un matériau fin et quasi transparent qui laisse entrer une lumière considérable. De ce fait, le théâtre est utilisé durant la journée pour les récitations de poèmes et d'essais, les discours improvisés, et autres.

L'Amphithéâtre de Northumber est de la même taille que le Théâtre d'Elloweth, mais il est à ciel ouvert. Les sièges sont taillés dans l'argile et le calcaire, descendant jusqu'à une scène en contrebas. Les débats se déroulent ici, de même que les règlements de comptes entre opposants qui souhaitent avoir un auditoire. Habituellement, trois performances se tiennent chaque jour, bien que certains duels magiques aient lieu durant la nuit - notamment afin de mieux voir les feux d'artifice du duel de mages.

Les Sensoriums

Les Sensoriums sont des pièces au sein de la Salle des Fêtes où les gens peuvent enregistrer ou expérimenter certains évènements ou sensations. La Salle des Fêtes comporte le Sensorium des Sensats et le Sensorium Public, le premier n'étant utilisable que par les Sensats - même une bonne garniche ne vous aidera pas à y entrer.

Heureusement, des membres exubérants de la faction furent désireux de partager les soltifs sur cet endroit. Les expériences qui ont été consignées dans le Sensorium des Sensats sont très détaillées, des évènements accablants, bien souvent des enregistrements convaincants d'autres Sensats. La factole Montgomery a instauré une nouvelle politique visant à ce que tous les jeunes Sensats glanent les sensations nécessaires à travers les sensoriums. Elle a également ordonné que tous les Sensats de Sigil doivent enregistrer toutes sensations nouvelles qu'ils rencontrent afin que d'autres puissent bénéficier de leurs expériences. Favoriser les expériences collectives des Sensats de cette manière est aussi un bon moyen d'évoluer dans les rangs de la faction. L'utilisation des sensoriums ne coûte rien pour les Sensats.

Le Sensorium Public est une autre affaire. C'est un lieu bondé de monde, malgré qu'il soit ouvert 24 heures sur 24. Plus de 200 pièces sont disponibles à chacun des 20 étages de cette partie de la Salle des Fêtes. La plupart sont des salles individuelles offrant des sensations qui durent entre 5 et 20 minutes, et qui coûtent environ 10 pièces d'or. Un certain nombre de duo-sensoriums, conçus pour deux personnes à la fois et durant une demi-heure, coûtent 20 pièces d'or par péquin. Le bige qui a un budget illimité ou un groupe souhaitant expérimenter le même évènement consigné peuvent louer un des sensoriums de luxe. Ces derniers coûtent 100 pièces d'or par participant, durent 4 heures, et doivent être réservés une semaine à l'avance. Des groupes d'aventuriers enregistrent souvent leurs expériences au Sensorium Public et se les rejouent pour s'entraîner, particulièrement si leur incursion a été infructueuse. Certains groupes utilisent même ces salles pour se préparer à des voyages qui les mèneront dans des environnements étranges ou hostiles.

Quelque soit le sensorium utilisé, la procédure est fondamentalement la même. Après avoir sollicité une sensation ou une expérience particulière, le péquin (ou le groupe) entre dans le sensorium. Le client focalise ses pensées tout en tenant un cataliseur - une petite pierre ronde faite de nombreux minéraux semi-précieux et contenant la pleine intensité de l'expérience. (La Salle des Fêtes abrite littéralement des millions de pierres sensorielles ; si on les éloigne des sensoriums, elles se changent en cailloux dénués d'enchantement. - Ed.) Un Sensat reste à proximité pour aider le client à se concentrer. Doucement, la magie contenue dans la pierre se libère, et le bige - particulièrement si c'est sa première utilisation - est susceptible d'être submergé par l'expérience. La pièce perd toute réalité ; rien n'existe pour la personne hormis la sensation qui l'engloutit. Certains bougres deviennent accros aux expériences sans risques, mais les Sensats restreignent l'utilisation des sensoriums à trois fois par jour.

Les Sensats possèdent une formidable collection de sensations, d'expériences, et d'évènements à portée de main, mais ils récompensent actuellement de 500 pièces d'or tout ce qui n'est pas consigné dans leur catalogue. (Plus particulièrement si la chose peut être utilisée contre le Duc Rowan Sombrebois ou contre les Marqués. - Ed.) Le matois convaincu qu'il a quelque chose à partager peut entrer dans le Sensorium Public et se renseigner au guichet. S'il est chanceux, il sera escorté jusqu'à une salle du deuxième étage pour faire un enregistrement détaillé sur une pierre sensorielle vierge. Le processus dure généralement près d'une heure, bien que les expériences plus longues et plus complexes peuvent durer un jour entier. Un Sensat reste avec le matois tout le long, posant des questions pour obtenir des nuances subtiles et renforcer avec empathie les souvenirs.

Les Quartiers, les Salles de classe et le Sanctorum

Le reste du rez-de-chaussée de la Salle des Fêtes est destiné aux nombreux quartiers de la faction et aux salles publiques. La salle de réception au-delà de l'entrée principale abrite des piliers, une estrade, et un trône - tous datant des temps anciens, bien que Cuatha Da'nanin s'assoie généralement sur le trône pour recevoir les visiteurs. Il traite ces affaires publiques près de six heures chaque jour, et les visiteurs de la Salle des Fêtes sont donc assez susceptibles de le rencontrer. Le hall de réception privé d'Erine Montgomery se situe juste derrière l'estrade, et Da'nanin se glisse souvent dans la pièce pour discuter affaires avec la factole. Les passants prétendent que la chambre privée est réputée abriter un grand nombre de portes secrètes dissimulant des salles de gardes et de téléportation - dont certaines mènent directement aux quartiers privés de la factole et de son époux.

Une bonne portion du quartier général des Sensats est consacrée aux salles de conférence et aux salles d'entraînement. Des démonstrations et exhibitions de maniement d'armes, de magie, et de talents de voleurs - accompagnées de lectures concernant tous les sujets du multivers - ont lieu 24 heures sur 24. Les Sensats sont fortement conviés à l'étude et à l'apprentissage, et n'importe quel Sensat passant par Sigil est censé passer du temps dans la zone d'entraînement, que ce soit pour transmettre ou apprendre une nouvelle technique. Les membres d'autres factions peuvent assister à ces sessions, à condition qu'ils soient accompagnés par un Sensat et qu'ils payent la somme de 10 pièces d'or.

Le cœur de la Salle des Fêtes est réputé être le Sanctum Sanctorum, un lieu mystérieux accessible uniquement depuis un couloir des quartiers privés d'Erine Montgomery (Rathson s'est arrangé pour extorquer les soltifs de ce lieu à un matois de la faction après lui avoir payé quelques tournées de bibe. - Ed.) Un affranchi qui prétend avoir été dans le Sanctorum décrit un sol en mosaïque représentant le symbole de la faction et incrusté de lapis lazuli, de saphirs, d'opales et autres pierres précieuses et semi-précieuses. Etrangement, il jure que la mosaïque est une version ancienne et légèrement différente du symbole de la faction, et qu'elle ressemble vaguement à la Dame des Douleurs. (Le reste des commentaires du Sensat disparut de mes notes avant que cet ouvrage ne soit compilé. - Ed.)

Au sein des rangs

La curiosité tue les chats des enfers, mais pas les Sensats - du moins pas tous d'entre eux.
- Proverbe de Baator

(Faire en sorte que les Sensats parlent au sujet de leur faction ne fut pas difficile ; Rathson en a simplement trouvé quelques uns qui n'avaient pas été interviewés auparavant et il les convainquit que c'était une sensation qui valait la peine d'être expérimentée. Après tout, ça a bien marché avec leur factole. - Ed.)

Interpéter les Sensats

De nombreux joueurs pourraient penser qu'un personnage Sensat peut s'essayer à toutes sortes de choses, qu'il peut se faire des éraflures à gogo, et, en terme général, se faire du mal à lui-même - et que le fait de jouer un Sensat n'est qu'une grande orgie de bouffe, de vin et de débauche. La vérité, c'est que les Sensats sont bien plus que des hédonistes, même si cet état de fait n'a pas été acquis pour tous les membres de la faction. Certains Sensats demeurent des chercheurs de plaisir durant leur vie entière, alors que d'autres apprennent finalement qu'il y a plus à expérimenter que la simple satisfaction physique.

Les vrais Sensats désirent apprendre, expérimenter, ressentir chaque chose, c'est vrai, mais ils ont également de la jugeote. Un vrai Sensat respecte les souhaits de ses camarades ; s'ils ne désirent pas essayer une chose, il ne les forcera pas. De la même façon, un vrai Sensat n'essaiera pas une chose qui pourrait causer des lésions corporelles, à lui-même ou à un autre. Bien entendu, il n'y a rien de mal à se proposer d'encaisser des dégâts à la place d'un autre - en d'autres termes, le fait de s'engager dans une expérience difficile n'est pas simplement pour en tirer bénéfice, mais pour épargner à un bougre plus faible une chose qu'il ne pourrait pas être en mesure de surmonter. Mais un Sensat n'avalera pas un breuvage empoisonné "juste pour voir quel goût ça a".

Un Sensat désire de nouvelles sensations. Il ne devrait pas souhaiter se rendre dans chaque taverne locale, essayer chaque vin et chaque pâtisserie et coucher avec tous les taverniers. Il peut tenter cette approche lorsqu'il pénètre dans un nouveau plan, là où tout est différent, mais une fois de retour chez lui c'est une toute autre histoire. A mesure que les Sensats acquièrent des capacités et montent de niveau, la plupart réalisent que les royaumes de la pensée et de l'émotion n'attendent que d'être explorés. Un Sensat pourrait se fixer un objectif en essayant de ressentir tous les aspects différents de l'amour et de la colère, par exemple, tandis qu'un autre pourrait choisir d'expérimenter toutes les nuances de la comédie verbale - dans chaque langage qu'il pourra trouver. A mesure que les Sensats vieillissent, ils évoluent naturellement dans l'acceptation des autres et de toutes choses, étant donné qu'ils en ont vu et ressenti tellement au cours de leur vie.

On trouve des Sensats dans tout le multivers, en nombre variable. Leurs désirs d'expériences les conduit loin, des Plans Extérieurs au Plan Matériel Primaire, en passant par les Plans Intérieurs et au-delà. Cependant, le Hall Doré d'Arborée détient la plus vaste congrégation de Sensats en dehors de Sigil. Dans ce palais immense et sans cesse changeant, de nombreux membres de la faction passent leurs vies dans des festivités sans fin. La factole Montgomery s'y rend rarement plus de deux fois par an même si, lorsqu'elle le fait, les célébrations atteignent des sommets de décadence. Mais le Hall est habituellement l'endroit où elle expédie (ou bannis comme certains le disent) les membres de faction qui ne peuvent comprendre la signification d'être un vrai Sensat. C'est un appel au jugement, bien entendu, mais ceux qui hésitent continuellement à tenter de nouvelles expériences - que ce soit à cause de l'ignorance, de la peur ou de la stupidité - finissent généralement au Hall Doré. Et peu de Sensats arrivent à quitter cette ravissante prison.

Alignement. L'alignement du péquin semble avoir peu d'impact sur un Sensat. L'objectif primordial d'expérimenter et de tout comprendre est prioritaire. Cela ne veut pas dire qu'un Sensat loyal bon tuera un vieux bougre uniquement pour ressentir cette sensation - après tout, il a juste à faire la demande de cette sensation aux sensoriums de la Salle des Fêtes (et presque à coup sûr). Mais il savourera l'expérience du combat avec le même zèle que n'importe quel membre mauvais de la faction. De la même manière, un Sensat chaotique mauvais dévoué à un dieu qui prône la mort plutôt que la charité utilisera un sensorium pour éprouver ce à quoi ça ressemble de donner aux pauvres. Peu de Sensats sont consternés par les actes de leurs compagnons, coopérant souvent afin de contribuer à fournir les expériences que les autres membres de factions recherchent.

Classes. Les Sensats, plus que n'importe qu'elle autre faction, n'ont pas l'habitude de se spécialiser dans des classes, si bien qu'ils ont un nombre proportionnellement élevé de membres biclassés et multiclassés. La spécialisation a tendance à limiter l'étendue des expériences possibles d'un péquin - c'est un problème pour les Sensats. Les guerriers préfèrent s'entraîner dans le plus grand nombre de styles de combat possible, tandis que les magiciens étudient autant d'écoles de magie qu'ils le peuvent, en comptant sur les mages Sensats pour les parchemins et sorts auxquels ils n'ont pas accès. (Les Illusionnistes sont tournés en dérision pour leurs expériences "pastiches", même s'il existe tout de même des Sensats Illusionnistes. - Ed.)

Appartenance aux Sensats

La Société des Sensations possède les prérequis les plus faciles pour entrer dans une faction : c'est-à-dire aucun. Toutes les créatures de n'importe quels races, sexe, classes ou alignements peuvent la rejoindre. Tout ce dont un personnage a besoin, c'est un désir sincère d'expérimenter le multivers.

Annali Tissetoile à la Salle des Fêtes redirigera le postulant vers un factotum qui lui administrera un test conçu pour évincer les simples curieux. En utilisant les pierres sensorielles, le candidat doit apporter cinq expériences dignes d'intérêt à la bibliothèque du Sensorium Public, chacune se focalisant sur un sens différent - la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher et le goût. Autrement, le matois peut contribuer à une seule expérience qui possède de puissants éléments pour chacun des cinq sens. Seul le factotum peut décider si les expériences du postulant sont suffisamment créatives pour lui permettre d'appartenir à la faction. Si le Sensat pense que l'initié n'est pas prêt, il conviera le bougre à s'en aller, à tâter un peu plus le multivers, puis à revenir à la Salle des Fêtes afin de réessayer.

Capacités de la faction. La plupart de ceux qui échouent le test d'entrée finissent par revenir, étant donné qu'être membre des Sensats possède ses avantages. Tel que mentionné dans le Manuel des Plans pour le Joueur de la boite de base PLANESCAPE, les Sensats ont les sens en alerte. Tous les Sensats - quelle que soit leur race - possèdent l'infravision sur 18 mètres. Ils obtiennent également un bonus de +1 à tous leurs jets de sauvegarde contre le poison et aux jets de surprise.

Bien sûr, le groupe possède bien plus d'avantages que ça. En tant que dirigeants de la plupart des divertissements de Sigil, les Sensats sont de loin la faction la plus riche de la Cage, et ils sont généreux envers leurs membres. Les personnages qui rejoignent les Sensats reçoivent immédiatement un avantage significatif - les nouveaux personnages débutent avec trois fois plus d'argent de départ que d'ordinaire. Qui plus est, Annali Tissetoile est plutôt réceptive à l'égard des aventuriers qui sollicitent son aide à la Salle des Fêtes. Si un groupe incluant un Sensat est d'accord pour retourner à la Salle des Fêtes par la suite et enregistrer ses expériences dans les sensoriums, Tissetoile sera susceptible de faire don d'un objet magique ou de quelques sorts afin d'aider leur quête.

Les Sensats lisent également les langages du corps, même des espèces qu'ils n'ont jamais rencontrées. Ils saisissent sur l'instant des indices que d'autres bougres ne remarqueront jamais sur des milliers d'années. Par conséquent, tous les Sensats ont 10% de chance de savoir automatiquement si un bige leur ment ; la chance de réussite augmente de 20% si le Sensat est de la même race que le bige qui est en train de causer.

Vu qu'ils passent leurs vies à essayer de glaner tout ce qu'ils peuvent à partir des expériences des autres, les Sensats plus expérimentés sont naturellement empathiques. N'importe quel Sensat de 3ème niveau ou plus peut effectuer un toucher sensoriel, une sorte d'imposition des mains qui guérit les bougres blessés. Le toucher fonctionne automatiquement, mais il ne peut être effectué qu'une fois par jour et seulement dans un moment de calme réflexion. Le Sensat touche les blessures de l'individu et devient réceptif à la douleur. De ce fait, 1d10 points de soins sont transférés du Sensat à la personne blessée ; le Sensat, à son tour, subit le même nombre de dommage. Les dégâts réciproques ne peuvent être soignés par des moyens magiques - le Sensat ne peut récupérer les points de vie perdus qu'au moyen d'un repos naturel.

A partir du 5ème niveau, la plupart des Sensats ont commencé à explorer bien plus que leur environnement physique. Ils ont accumulé une vaste réserve d'expériences qui leur procurent souvent des idées inhabituelles en cas de problème. Cette expérience se traduit par le fait que les Sensats de niveau 5 ou plus peuvent utiliser la compétence histoire locale et les capacités d'identification du barde comme s'ils étaient des bardes de niveau 1.

La Chanson

La Société des Sensations est très sujette aux rumeurs - après tout, lorsque vous avez la réputation d'essayer tout et n'importe quoi, le public sera prêt à croire tout et n'importe quoi. Bien sûr, la chanson qui circule dans la Salle des Fêtes n'est pas nécessairement véridique ni même entièrement fausse - c'est juste que les Sensats eux-mêmes la déforment.

Le sujet de conversation le plus fréquent semble être le Duc Rowan Sombrebois, qui est devenu factol des Marqués d'une manière rapide et suspicieuse. Plus d'un Sensat murmurent que le Duc veut s'emparer de Sigil, mais la plupart ricanent à cette idée - après tout, le Duc devra avant tout surmonter l'influence redoutable de la factole Montgomery à la Chambre des Orateurs. Ce n'est pas un soltif que le factol Hashkar des Greffiers et la factole Darius des Signeurs votent généralement avec Montgomery, et elle a récemment marqué une victoire en ralliant Karan des Xaositectes de son côté - du moins à l'occasion.

"Ne t'en fais pas trop, chroniqueur", m'a dit un centaure qui sortait d'une représentation au Théâtre d'Elloweth, "Erine n'est pas prêt de perdre la face, pas contre un tyran de la gueuserie tel que le Duc. Ne dis pas que je t'ai dit ça, OK, mais on a placé un ou deux espions dans les rangs des Marqués, et ça ne peut pas faire de mal, n'est-ce pas ?"

Ce fut plus dur de trouver un Sensat disposé à parler des propres plans de la factole concernant la Cité des Portes. Mais il s'avère que la rivalité entre Montgomery et le Duc ne soit pas qu'une simple querelle politique. Elle a commencé depuis longtemps à développer un stratagème qui est sur le point d'arriver à terme, et qui propulsera la Société des Sensations au dessus des autres factions, aussi haut qu'un Seigneur des Neuf par rapport au plus petit lémure. Mais l'ascension rapide du Duc Sombrebois a mis du bouchon dans la bouteille, du moins pour le moment. "Dès qu'Erine se sera débarrassé du Duc", m'a dit un gnome bien vêtu, "il ne fait aucun doute qu'elle mettra son plan à l'œuvre et que nous évoluerons. Rejoins-nous tant que tu peux, chroniqueur, parce que si t'es pas sur notre tapis, tu te retrouveras dans la boue."

Deux autres brins de discute au sein de la Salle des Fêtes méritent d'être rapportées. L'une concerne un écriteau au guichet du Sensorium Public, annonçant le récent vol de nombreuses pierres sensorielles. La faction s'attend au pire - à savoir que les pierres enchantées aient été éloignées de la Salle des Fêtes, et ont perdu par conséquence leurs expériences consignées. Tous les aventuriers désireux d'entreprendre une mission spéciale destinée à recréer ces sensations perdues devraient donner leurs noms à Annali Tissetoile.

L'autre chanson semble encore plus problématique. Un grand nombre de tanar'ris mineurs - alu-fiélons, cambions, et succubes - ont été vus en train de traîner à l'intérieur et autour de la Salle des Fêtes au cours des dernières semaines. De nombreux Sensats craignent que les tanar'ris soient des espions ou même des éclaireurs des Abysses, qui sont là pour punir Erine Montgomery d'avoir échoué à soigner les troupes de la Guerre Sanglante il y a 15 ans de ça, à Tir nan Og.

Les soltifs du MD

Le plan de la factole concernant Sigil implique de transformer la Cage par un seuil de transcendance spirituelle. Elle croit que les Sensats - et en définitive toutes les personnes dans Sigil - peuvent se libérer de leurs formes physiques et explorer le Multivers sans modération, être libre de ne faire qu'un avec la pensée. Montgomery accorde beaucoup de foi dans le pouvoir des croyances qui, après tout, ont une force prodigieuse à travers les plans - suffisamment même pour détruire des dieux et basculer des royaumes d'un plan à l'autre.

Cependant, pour réaliser cette prochaine étape de l'existence, les choses ont besoin d'être calmes dans Sigil. Montgomery fait de son mieux pour influencer les autres à sa façon de penser, et elle a des Sensats profondément enfouis dans la plupart des autres factions. Le moment venu, ils étreindront la Cage avec toute leur philosophie. Bien sûr, les Sensats ne prévoient pas de dire à qui que ce soit ce qu'ils comptent faire ; si tout se passe bien, les gens évolueront sans se rendre compte qu'ils se détachent de leurs corps physiques. Mais le Duc Sombrebois, sans le savoir (du moins on l'espère), a enrayé ce mécanisme. La factole Montgomery consacre tellement de temps et de ressources dans sa lutte de pouvoir politique contre Sombrebois que la transcendance a été mise de côté - pour l'instant.

Il y a plus à dire sur le Sanctum Sanctorum de la Salle des Fêtes que la plupart ne le soupçonnent. Seuls la factole Montgomery, Cuatha Da'nanin et une poignée de leurs plus proches conseillers (tous des magiciens de 14ème niveau ou plus) savent que le Sanctorum dissimule deux des plus grands secrets de la faction. Le premier est un tunnel souterrain qui serpente tout le long jusqu'aux salles situées sous les Archives - l'idéal pour espionner la faction du Duc Sombrebois et fouiller les cryptes des Marqués afin de dénicher des informations sensibles. Mais l'autre secret est encore plus important : un cercle de portails qui mènent vers à peu près tous les plans connus. Les conseillers Sensats, dont le chef est un tieffelin nommé Quellig (Planaire, tieffelin, Magicien 16, Sensat, Loyal Neutre), ont découvert la plupart des clés nécessaires pour utiliser les portails ; ils peuvent voyager jusqu'au Plan Primaire, en Outreterre, dans les Plans d'Energie Positive et Négative, dans le Plan Astral et Ethéré, et dans tous les Plans Extérieurs à l'exception des Limbes, de Méchanus et des Terres des Bêtes. Les magiciens travaillent avec diligence pour découvrir les clés des Plans Elémentaires et Para-Elémentaires. Cependant, l'un des conseillers - Kenda Fretterstag (Primaire, humaine, Magicienne 14, Sensat, Chaotique Mauvais) - s'amuse à l'idée, dit-on, de refourguer le soltif des portails aux autres.

La factole Montgomery épure aussi sa faction des membres les moins productifs. Les Sensats qui refusent d'essayer de nouvelles sensations ou qui se livrent trop souvent aux mêmes expériences sont envoyés au Hall Doré, en Arborée. En terme de jeu, le Maître de Donjon devrait prendre des notes en cachette. Si un personnage Sensat se refuse à de nouvelles expériences quatre fois au cours d'une année de jeu, le MD devrait envoyer le personnage au Hall Doré (en prévenant éventuellement le personnage après la troisième transgression). Bien sûr, ses camarades Sensats peuvent essayer de le sauver, mais le bougre banni devrait refuser de revenir - bien entendu, un vrai Sensat serait heureux de quitter le Hall, mais pas le genre d'hédonistes à l'esprit étroit qui sont envoyés ici en premier lieu.

Malheureusement, aucun Sensat ou espion n'a pu expliquer la présence des nombreux tanar'ris qui rôdent à l'intérieur et autour de la Salle des Fêtes depuis quelques temps. La plupart suspecte que les fiélons sont en effet ici pour la factole Montgomery, mais ils estiment que même les tanar'ris n'oseraient pas organiser une attaque en plein cœur de Sigil, pas quand la Dame des Douleurs serait susceptible d'intervenir. A moins, bien sûr, que la Dame soit impliquée d'une façon ou d'une autre avec les Sensats à titre personnel, pour le meilleur ou pour le pire. Après tout, l'ancien symbole de la faction dans le Sanctum Sanctorum ressemble à la Dame.