Le Moulin Vert
Ce sanctuaire de verdure est à moitié une taverne, à moitié un refuge ; il subvient aux besoins des plus puissants elfes primaires, ceux qui recherchent la gloire d'Arborée, d'Alfheim et des Terres des Bêtes. Les humains, les demi-elfes, les bariaures et les Primaires y sont tolérés, mais les clients sylvestres représentent la majorité. Les githzeraïs et les tieffelins ne sont pas admis. De nombreux béjaunes épuisés ont été ravis par le Moulin Vert - ils prétendent que c'est comme rentrer chez soi dans leurs sphères de cristal. (En fait, ils gémissent comme des mauviettes nostalgiques).
Les péquins ne peuvent pas rater le bâtiment : le Moulin est peint dans un jaune-vert éclatant qui contraste avec les murs des bâtiments alentours assombris par la suie, et il est nettoyé chaque semaine pour garder cet aspect. Les plus grands arbres de Sigil - et peut-être même les seuls - poussent dans la grande cour centrale. La chanson raconte que les elfes ont planté un Frêne du Monde miniature (et les milliers d'années qu'ils vont passer à le faire pousser ne semble pas les gêner). La rumeur est amusante, mais peu probable, car la plupart des elfes d'Arborée et d'Alfheim savent que les graines d'Yggdrasil ne sont pas fertiles.
A l'intérieur, le Moulin Vert est luxuriant, avec des colonnes et des poutres de cèdre parfumé, somptueusement dorées et sculptées afin de ressembler à des vignes et à des feuilles. Les murs sont faits de tentures épaisses et insonorisantes qui alternent des motifs végétaux sombres et lumineux, tels des rayons de soleil dans la forêt. La lumière est tamisée à toute heure, et l'air est empli de senteurs de fleurs et de mousse.
Les bardes entonnent des airs elfiques, et l'absence d'écho rappelle l'acoustique d'une véritable forêt. La plus célèbre des sagas épiques du Moulin Vert s'appelle "Saynètes de Sigil", une balade qui a acquis une grande popularité en dehors des murs de la taverne ; on a même entendu des yugoloths fredonner le refrain. Les dabus s'y rendent de temps en temps, et ces soirées sont inoubliables. Leurs réactions véhiculent toujours des feux d'artifices qui se répandent dans la salle en de rapides séries d'images, telles des notes de musiques et des interprétations visuelles. Certains affranchis du Quartier de La Dame sont même venus voir les dabus, et des rumeurs prétendant que la Dame elle-même y serait apparue se répandent comme la suie.
Le moulin fonctionne encore, les eaux croupies du Fossé font tourner sa grande roue et génèrent l'énergie qui sert à faire les pains elfiques et les gâteaux des voyageurs. Durant les périodes calmes, il est équipé d'un petit moulin à vent, de voiles et d'engrenages, mais c'est encombrant et moins efficace que la roue à aubes.
Quelques jeunes elfes affirment que le Moulin se situe dans le Quartier de La Dame, mais la plupart s'accordent à dire qu'il fait partie du Bas-Quartier. Toutefois, son charme et sa vivacité ont gagné le cœur des riches et des puissants du Quartier de La Dame ; que ce soit juste amusant ou non, la distraction des grossiums mérite d'être vue, même si on l'oublie vite. Le Bas-Quartier est célèbre pour ses fabricants de flèches, tisserands, et meuniers, mais même ici se trouve une exceptionnelle oasis d'élégance, dans cette désolation de fumée, de sueur et d'acier.

