Le Grixitt
Je ne sais pas combien de temps je pourrais tenir.
Mes attaques nocturnes sur les portails de la cité m'épuisent. Je dors plusieurs jours de suite, me cachant dans ce trou puant jusqu'à la tombée de la nuit, pour rôder à nouveau dans les rues. Tant de seuils à fermer, à détruire. Ils m'appellent - des lueurs orange au sein des lumières violettes d'antipic. Seuls mes yeux peuvent les voir clairement. C'est ce qui rend ma mission limpide. Mes sales yeux dépareillés - un noir et un bleu - sont l'héritage d'un siècle de descendance Expansionnistes, notre chance d'évincer définitivement La Dame. Chaque portail que je ferme, c'est comme une gifle que je lui mets.
Je me donne corps et âme à ma mission. Je ne suis que ce que je fais. J'oublie de manger. J'ai oublié mon nom. J'ai tant de fois griffonné un X - le sigle de mon nom d'adoption, le Grixitt - sur mes scènes de crimes, que je n'arrive pas à me souvenir d'un autre. Ma vie antérieure est détruite. Comme tout le reste.
Mais La Dame n'a pas réussi aussi bien qu'elle le pense à éradiquer les Expansionnistes des plans. Lorsqu'elle exila notre bien-aimé factol Timlin dans un Dédale et nous força à quitter Sigil, ses attaques ne firent que renforcer les survivants dans leurs convictions. Certains disent que nous avons fui comme des fillettes en Ysgard, mais je dirai plutôt que dans ce royaume de Vanaheim nous ne partagions que haine envers La Dame - jamais de la peur. Cela remonte à près de mille ans. Ils sont tous morts à présent, m'a-t-on dit, et La Dame nous a certainement oubliés. Mais moi je suis là, et je n'ai pas oublié.
Je suis la dernière de mon espèce, comme les grixitts nocturnes d'Ysgard, ces petits mammifères au pelage noir menacés d'extinction à cause de leur épaisse fourrure. Mais je ne me laisserai pas attraper si facilement. Lorsque je rôde la nuit, je me dissimule sous plusieurs couches d'habits sombres et d'une écharpe en tissu enroulée autour de ma cagoule noire - rien ne dépasse hormis mes yeux et mon nez. Je dénoue souvent mon écharpe pour m'en servir de corde. Des chaussons de cuir souples atténuent mes bruits de pas. Et l'anneau magique à ma main gauche fait de moi une cible difficile.
Je porte des mitaines qui me permettent de grimper partout à tout instant afin de m'échapper. Chaque jour je me suspends à ma porte du bout des doigts et aussi longtemps que possible pour les muscler. Je n'ai d'autre protection que la furtivité. Et je suis une suppliante sans espoir de renaître si je me fais tuer ici.
Ils sont tous contre moi. Ramander le Sage (Planaire, humain, Magicien 18, Marqués, Neutre Mauvais) veut me tuer - chaque portail que je ferme est un portail de moins qu'il peut vendre. La fiélonne acariâtre Shemeshka et toutes les factions despotes - exceptés les Anarchistes et leur sympathique chercheuse de portails Lissandra -- souhaitent mettre fin à mes "opérations ennuyeuses" qui nuisent aux voyages et aux routes commerciales. Et, bien entendu, il y a La Dame des Douleurs. Je ne sais pas pourquoi elle me laisse faire. Si elle me considère insignifiante, elle se fourvoie. Peut-être pense-t-elle que ce feu se consumera de lui-même.
Mais la flamme qui m'anime continuera de brûler férocement. Mes attaques sont aléatoires et sans fin. Certaines nuits je m'en prends directement aux espaces délimités des portails - en scellant un passage dans une ruelle, en mettant le feu à une armoire, en coupant une arche torsadée de lierre-rasoir. D'autres nuits, je ferme simplement les portails les plus empruntés de façon temporaire avec mes runes planaires - un mot prononcé et le portail reste fermé pendant des semaines. J'ai réuni bon nombre de ces runes en Ysgard et les portails que j'entrave à présent succombent plus longtemps, leur inactivité me permettant de mieux continuer mon œuvre. C'est comme si les portails eux-mêmes voulaient ma réussite.
- Lissandra la Chercheuse de Portails, épluchant son carnet de notes
Il semblerait que quelqu'un d'autre fasse de même. Des colis remplis d'outils de destruction ont commencé à apparaître sur le pas de ma porte - des haches, des torches, des briques et des lames - laissés là pendant la journée tandis que je dormais. Il y a de cela quatre jours, je me suis réveillée d'un rêve agité et j'ai entendu des bruits sourds derrière ma porte. Je frissonnais de panique mais ne pouvais le supporter un moment de plus. J'ouvris la porte, sortis dans la rue et grimpa dans un arbre avant de regarder derrière moi. Une githyanki à la peau beige courrait dans la direction opposée. Elle laissa tomber un paquet qu'elle portait et un terrible bruit métallique retentit lorsqu'il percuta les pavés de la rue. Une heure plus tard, un bariaure remarqua mon paquet et se l'appropria. Et bien que ma porte fut ouverte, je suis restée cachée dans l'arbre jusqu'à la tombée de la nuit.
Je n'ai pas beaucoup de contact avec les autres. Je dois m'occuper de moi-même et à l'occasion je revêts un habit clair et affronte la lumière du jour (les maux de tête dus à mon strabisme me rendent fou) pour m'asseoir à la taverne du Rat Tacheté. Personne ne connaît mon nom là-bas, mais le tenancier reconnaît mes pièces d'argent. Il m'envoie des primaires et des planaires pour que je leur fournisse les cartes des portails actuels de la Cage. Entre les portes qui apparaissent selon les désirs de La Dame, celles que je ferme et celles qui changent d'emplacement tel un pickpocket, il n'est pas évident de se tenir à jour. Quand un nouveau client débarque à ma table, je suis souvent en train de rayer des portails de la carte.
Il y a des moments - bien que rares - où je croise des curieux lorsque je suis en pleine destruction de portail. En général, il s'agit d'un groupe d'aventuriers malchanceux qui tombe sur moi quand je mets trop de temps à sceller un seuil (lorsque je me délecte de cette douce saveur). Si je ne peux pas fuir, la négociation est ma seule défense. Quelquefois, j'achète leur silence avec quelques pièces ; le plus souvent, j'accepte d'entraver ou de fermer un portail de leur choix. Les célestes m'envoient près des portails menant aux Plans Inférieurs. Les fiélons désignent invariablement les portails qui conduisent aux Plans Supérieurs. Et les membres de factions me réclament la destruction d'un portail stratégique qui appartient à une faction rivale.
Mais j'angoisse au fond de moi dès que je suis distraite de ma tâche pendant un moment. Et désormais, ça devient plus difficile de me reposer durant la journée. Mon esprit est assailli de pensées. C'est comme si tous les esprits des Expansionnistes s'étaient entassés au fond de mon crâne, me piquant avec des pointes acérées, m'exhortant à me dépêcher, en criant "souviens-toi de Timlin ! La Dame doit payer !" Ces voix d'outre-tombe ne cherchent pas l'expansion mais le confinement. Je m'assoie dans mon lit et attends que la nuit tombe. Alors, je me revêts de noir et sors pour dire à La Dame que sa Cité des Portes est en train d'être fermée.
Le Grixitt
(Suppliant/humaine/Voleur 1/Neutre)
CA 2 (anneau, Dex) ; VD 12 ; Pv 7 ; TACO 20 ; #AT 1 ; Dég 1d3+1 (poings, For) ; AS attaque sournoise (x2), bonus de Force ; DS grimper, perception des portails, immunité aux sorts ; Faiblesses Spécifiques liée à Ysgard ; TA M (1,50 m) ; NM fanatique (18) ; PX 35.
Source : Boite de Base Planescape (informations sur les suppliants).
Notes : AS - sa Force lui confère un bonus de +1 aux jets de dégâts.
DS - grimpe sur n'importe quelle surface comme si elle avait une corde et des outils ; perçoit automatiquement tous les portails de Sigil ; en tant que suppliante, les sorts de soins et de nécromancie (qu'ils soient nuisibles ou bénéfiques) n'ont aucun effet sur elle ; +2 à tous les jets de sauvegarde grâce à l'anneau de protection.
Faiblesse Spécifique : en tant que suppliante d'Ysgard, le Grixitt sera détruite de façon permanente si elle est tuée hors du plan.
For 16, Dex 18, Con 10, Int 12, Sag 10, Cha 8.
Personnalité : obsessionnelle, paranoïaque.
Equipement spécial : runes planaires, anneau de protection +4. (Les runes planaires sont des blocs de pierres marbrées conçues à partir de portails détruits de Sigil. Les runes du Grixitt se composent par groupe de quatre. Lorsqu'elles sont placées autour d'une zone et activées avec un mot de commande, les runes empêchent le portail de s'ouvrir au sein des délimitations. Seul un second mot de commande peut désactiver les runes ; autrement, le portail ne peut être utilisé pendant 1d4 semaines même si les runes sont enlevées).
Talents de voleurs : Vol à la tire 30, Crocheter des serrures 25, Trouver/désamorcer des pièges 10, Déplacement silencieux 40, Se cacher dans l'ombre 40, Détecter les bruits 35, Grimper 80, Lire des langues inconnues 0.
Emplacement : en train de vendre des cartes et des informations à la taverne du Rat Tacheté (dans le Bas-Quartier) ou de rôder la nuit pour détruire des portails.
Interprétation : le Grixitt est tellement obnubilée par sa mission qu'elle s'y est perdue. Elle semble un peu perturbée et est surprise au contact des autres, essayant toujours d'éviter les rencontres en baissant ou en détournant le regard vis-à-vis des gens. Lorsqu'elle est contrainte de discuter, le Grixitt d'ordinaire silencieuse parle avec fébrilité et de façon nerveuse pour mettre un terme à l'entrevue, en mettant rapidement à plat les différentes options.
Combat : le Grixitt évite le combat à tout prix, craignant de mettre prématurément un terme à l'œuvre de sa vie (et de sa mort). Si elle ne parvient pas à négocier pour éviter la situation, elle essaiera de s'enfuir par n'importe quel moyen, ce qui se résume souvent par des poursuites effrénées dans les rues et sur les toits.

