Scénario 4 – Une volonté de pierre
Ce scénario comporte quelques emprunt à Duel au pinceau de Denis Beck
Une semaine s’était écoulée depuis l’affaire du mage mort. Mademoiselle Roserouge, l’infirmière que le gang avait croisé à l’hospice du Vrai-Savoir quand il avait rendu visite à Elke Destan, rendit visite à Eschell pour lui annoncer une bien triste nouvelle. Mme Destan venait de se donner la mort par pendaison dans sa chambre la veille. Eschell et ses amis ayant été les seuls visiteurs de Mme Destan pendant son séjour à l’hospice, elle ne savait pas à qui d’autre remettre les effets personnels de la malheureuse. Parmi les modestes possessions, un objet détonnait : un médaillon en or avec des lapis-lazuli incrustés formant un œil. Trop coûteux.
Scooby gang rassemblement !
Après quelques recherches, il s’avéra que le médaillon était caractéristique de ce que portaient les moniales de Shalvira la Claivoyante. Renseignements pris auprès du Temple d’affiliation de l’ordre, et voici le gang en route pour le chantier de la Reconquête où les moniales étaient en mission.
Le gang fut reçu par Sœur Claire-Obscur qui à la vue du médaillon présenté les mena prestement à la Mère Supérieure. La vieille femme leur apprit que le médaillon qu’il détenait était celui de Sœur Clairure et que cette dernière n’avait plus donné de nouvelles depuis qu’elle était partie cartographier le quartier frontalier dit du Sans-Soleil, cela faisait bientôt deux mois. Le fait que le gang lui présenta son médaillon lui fit craindre le pire. La Mère Supérieure demanda alors au gang s’il consentait à enquêter sur la disparition de la religieuse.
Le gang se rendit donc dans le quartier du Sans-Soleil, où les pauvres hères qui vivaient-là ne leur offrit pas un accueil des plus chaleureux, à l’exception de Diaron, un cul-de-jatte se déplaçant sur une planche à roulette, et qui se proposa de leur servir de guide comme il l’avait fait pour la none qu’ils recherchaient.
Diaron conduisit ainsi le gang dans un dédale de ruelles sombres et tortueuses, pour mieux les abandonner au détour de l’une d’elle. Le temps que le groupe réalise que le cul-de-sac avait filé à une vitesse surprenante, les voilà rapidement cerné par une meute de rats décalottés laissant ainsi entrevoir leurs cerveaux luisants.
Les rats exterminés, le groupe se remit chemin, mais les enquêteurs constatèrent rapidement qu’ils étaient perdus. Les ruelles semblaient changer de configuration, un passage par lequel ils venaient de passer pouvait fort bien avoir disparu s’ils venaient à vouloir faire demi-tour. Après plusieurs jours d’errance, ils finirent par arriver à la place des mille-parfums, haut lieu chamarré de la terrasse, où ils retrouvèrent Diaron, bien moins enjoué à les revoir.
Sous la contrainte, Diaron leur raconta qu’il avait proposé ses services de guide à Sœur Clairure et son escorte, mais que celle-ci avait décliné la proposition. Il les avait alors suivis jusqu’à ce que la Sœur sembla prise d’hystérie et se mit à courir en direction d’un chantier de construction. Était-ce qu’elle avait perçu l’orage qui allait éclater (« jamais vu ça, un déluge ! »), en tout cas les trombes d’eaux qui s’abattirent l’empêchèrent de filer le groupe. Il ne sut donc jamais ce que devinrent la moniale et son escorte ce soir-là.
Direction le chantier indiqué par Diaron, pour interroger les ouvriers sur un événement survenu voici plus de deux mois. L’orage était encore présent dans les mémoires, mais rien sur une éventuelle nonne qui se serait trouvée dans le secteur. Quelques questions plus poussées et le gang apprit qu’il y aurait peut-être pu avoir un témoin. En effet un artiste underground (ou un vandale pour l’architecte en chef) se plaisait à peindre de temps à autres des tags sur les murs et palissades, et ses créations suscitaient un certain intérêt chez des collectionneurs fortunés. Et une fresque avait été découverte le lendemain de l’orage. Ce fut d’ailleurs la dernière. L’un des ouvriers avait eu l’occasion de croiser l’artiste, il apprit à cette occasion qu’il résidait parmi les artistes de l’échelles des Toits pointus.
Située sur la terrasse de la Main-qui-Travail en contrebas du Châtiment, l’échelle des Toits pointus était un gigantesque squat d’artistes en devenir (ou ratés). Le peintre recherché fut rapidement identifié, Eldharan un jeune demi-elfe torturé. A son domicile, le gang fut reçu par Aymotin, enfin après que celui-ci tenta de s’échapper. Aymotin raconta qu’il n’avait plus de nouvelles d’Eldharan depuis plusieurs jours. Cela fait plusieurs semaines qu’Eldhran n’allait pas bien. Il ne savait pas ce qu’il avait pu se passer lors d’une de ses virées nocturnes, quelque chose de dramatique dont il refusait de parler. Il avait depuis commencé à prendre des substances pour dormir. Substances qu’ils n’avaient pas les moyens de payer et qui le rendait invivable sans lui apporter de réconfort. Et si Aymotin avait tenté de s’enfuir c’est par qu’il pensait que le gang était envoyé de nouveau par le dealer d’Eldharan pour être payé. Pour conclure, Aymotin précisa que le dealer d’Eldharan opère au Rat Crevé, une taberge sordide de la Chaussée du Lac, située à proximité du rempart de la Main-qui-Travaille.
Aymotin n’avait point menti. Le Rat Crevé et tout le quartier étaient fréquentés par une fange de personnes tous plus patibulaires les uns que les autres, de prostituées usées par la vie et autres, de drilles, de francs-mitoux. Aymotin n’avait cependant pas préparé le gang aux effluves si typique du coin. Au Rat-Crevé, le maître des lieux fut rapidement identifié : Miri, un félys borgne, lieutenant de quartier du Poignard Sanglant, toujours flanqué de ses deux sbires, Aruk et Sam. Le gang est vite invité a quitté les lieux. Ils apprirent tout de même d’une pauvre fille en manque, que le peintre avait été vendu à Roudigueur un trafiquant d’esclave.
Direction le repaire de Roudigueur, toujours dans ce quartier fort pittoresque : un vieil entrepôt où manifestement les visiteurs impromptus ne sont guère appréciés. Un assaut en bonne et due forme, et voici le gang avec un groupe de pauvres hères promis à une vie d’esclavage secourus, dont un peintre demi-elfe et une petite fille qui s’est attachée à une jeune utruz qui fit bien comprendre à Eschel qu’elle ne souhaitait pas devenir responsable de l’enfant.
La petite fille fut confiée à l’orphelinat du Convent Céleste dont Eschel était un donateur bienfaiteur, et Eldharan fut ramené chez lui. Le peintre leva alors le mystère sur l’affaire. Alors qu’il peignait son inspiration du moment sur une des palissades du chantier, il entendit des cris et des bruits de combats. Il se cacha et assista à la scène. Il vit alors des malandrins forcenés s’acharner sur trois personnes à terre. Un éclair illumina un instant la scène, et il vit alors un adolescent malingre au bec de lièvre avec un regard malsain massacrer une religieuse avec une pierre. Il resta caché et prostré un longtemps, incapable de bouger, alors que la pluie tombait abondamment. Au bout d’un long moment, alors que les agresseurs étaient partis depuis longtemps, il vit une silhouette sortir des fondations de la grande bâtisse, fouiller les corps et disparaître dans le déluge qui s’abattait.
De retour sur le chantier, le gang apprit que qu’un gamin à bec de lièvre trainait de temps à autres dans les parages, sûrement pour chaparder des choses. Le gang décida alors de poursuivre ses investigations à l'intérieur du bâtiment, un futur hôtel particulier en cours d’achèvement. S’y infiltrant discrètement à la faveur de la nuit, le gang traça sa route jusqu’au sous-sol où le médaillon de Sœur Clairure porté par Eschel se mit à tiédir légèrement. Le gang fut rapidement assailli par des sensations de panique et de peur, voire un appel à l’aide qui résonnait dans la tête des membres mais qui sembla destiné à Face-de-Rat et ses complices puisque ces derniers arrivèrent rapidement après. Sœur Clairure et ses compagnons furent vengés. Mais un nouveau visiteur fit son entrée, une statue vivante que le gang avait croisée quelques jours plus tôt dans la salle des coffres de la Haute-Guilde. L’être de pierre qui n'était pas menaçant expliqua télépathiquement par évocation d’image et par mots isolés qu’il venait secourir quelqu’un. Le geste fut joint à au message, quand un pan de mur s’écarta comme s’il était mou et que le golem extirpa une pierre de l’arc boutant de l’alcôve qui venait de se révéler. Avant de partir, il répondit à une dernière question. Ce qu’il cherchait ? Se libérer lui et ses semblables du Lithoracle.
Ne resta plus au gang qu’à faire son rapport à la Mère Supérieure, qui pria Eschel de conserver le médaillon de Sœur Clairure alors qu’il s’apprêtait à lui restituer l’objet.