J4 - Coquille saint jacques
Il s’agit du mot qui m’a donné le plus de mal car saint Jacques est fortement connoté par le pèlerinage de Compostelle. Mais comme toujours, plus la contrainte est forte, plus elle permet de s’exprimer. J’en ai donc tiré un module dont voici les 3 textes introductifs qui serviront de support aux aventuriers qui s’échineront à traquer des coquines coquilles et qui les amèneront aux portes de la folie. Veuillez m'excuser d'avance pour ce pavé.
Coquines coquilles
Sur les rivages de la baie de Jeckla, les enfants s’endorment souvent au son de la douce voix de leurs mères chérie ou celle plus rude de leur père. La comptine qui suit est une mise en garde aux enfants sur une espèce de bivalve particulièrement vorace et plus généralement sur les dangers de la mer à la fois nourricière et meurtrière.
Coquines coquilles, coquilles sacrées,
Où vous cachez vous sous cette mer dorée ?
Quand allez-vous émerger du sable mouillé ?
Un pied devant l’autre je vous trouverais.
Incroyable, je te vois enfin, ma beauté !
Ne crois pas que ta douce noix, j’épargnerais.
En brochette ou en lamelles, je te mangerais.
Sortez de votre cachette amies désirées.
Coquines coquilles, coquilles sacrées,
Où vous cachez vous sous cette mer dorée ?
Quelle bénédiction, vous emplissez mon panier.
Une après l’autre, je vais vous dénicher.
Incroyable, celle-ci est grosse comme un rocher,
Loin du rivage dans les remous s’est ancrée,
L’eau froide engourdit mes membres gelés,
Étranges dents que tu agites sous mon nez,
Sous la cruelle mer, mangé, j’ai terminé.
Mais sans nul doute sur les rivages de la douce mer, il se trouve d’autres dangers qu’il vaut mieux taire aux enfants si l’on veut qu’ils grandissent dans l’insouciance qui sied à leur âge. Dans les tavernes de matelots quand le rhum délie les langues, d’étranges histoires rapidement tues par des regards mauvais, s’échangent à voix basse.
Premières lignes du testament d’Alabaron - Mage-major de l’armée de Kéolande
Pour l’observateur profane, la jungle d’Amedio est une contrée nimbée de mystère qui fascine par ses légendes tout autant qu’elle effraye. Ses forêts tropicales et ses cours d’eau regorgent de ressources pour qui sait les collecter mais aussi, de périls pour qui ne prendrait pas garde à la cruauté implacable de la nature.
Si tenté qu’il soit quelque peu attentif, tout explorateur, peut deviner ou croire deviner dans l'ombre de l’épaisse canopée, les signes d’une atroce monstruosité. Plus encore impitoyable et ancienne que la Création elle-même. Elle est si terrifiante que sa vision, si fragmentaire soit-elle, suffit à emporter toute raison.
Au fil du temps, plus les témoignages s'amoncellent et plus il devient indéniable que les légendes qui donnent vie à des êtres innommables qui rampent silencieusement sous le couvert de la végétation à la recherche d’âmes à dévorer, ne sont pas toutes le fruit d’esprits torturés ou de fous.
Des voix éclairées tentent de hurler des avertissements à l’homme de la rue qui sont immédiatement bâillonnés par leur indifférence ou leur incompréhension. Pire, ces alertes sont, souvent au nom de la morale, étouffés dans de sordides cachots ou leurs écrits sont mis au secret dans les coffres ferrés de certaines bibliothèques par nombre d’inquisiteurs zélés.
Néanmoins, quelques rares fois, le murmure de ces vérités remonte jusqu’aux oreilles incrédules d’un quidam moins obtus que ses congénères qui poussé par une irrépressible curiosité cherchera à percer ces mystères. Espérons qu’un jour viendra où ces évidences seront perceptibles par tous ; d’ici là, priez pour que ce ne soit pas trop tard.
L’affaire des peignes de mer
Par un jour de grand soleil, dans une barque au large de Monmourg, des pêcheurs tiraient une lourde drague remplie de peignes des mers et d’un flacon de verre cacheté. Sans le savoir, leurs humbles mains de travailleurs de la mer enserraient le destin de monde.
Ce même jour, dans la ville portuaire, on ouvrit le testament d’un mage qui s’était défenestré de la plus haute tour de la bibliothèque princière et dont le texte introductif laissa dans la plus grande confusion héritiers et hommes de loi. Dans l’heure qui suivit la mort de l’érudit, on amena à son successeur une étrange bouteille qui semblait sortir du cœur de l’océan.
Le verre couvert de balanes prouvait que le récipient avait dérivé des décennies durant au au gré des courants. Le cachet de cire avait partiellement joué son rôle et les parchemins conservaient quelques signes encore déchiffrables. L’avertissement inscrit sur ces pages à demi rongées par le sel, rendit perplexes les plus grands érudits de la ville qui cherchèrent à lever le mystère auprès d'aventuriers puissants ou inconscients.
(Première page)
Rien dans mes études théologiques ni dans ma vie dévouée à la prêtrise ne m’avait préparé affronter ce mal indicible qui consumera certainement le monde comme il a dévoré ma raison. Face au malheur et à l’horreur, le réflexe de l’homme résiste peu à enfouir ses traumatismes derrière une scotomisation rassurante. Si les dieux ont seulement une once de miséricorde, qu’ils fassent que ces écrits vous parviennent. À la lecture de ce qui va suivre, j’espère que vous saurez dépasser l’incrédulité et le rejet du surnaturel. Et qu’ainsi, vous pourrez sonner la mobilisation générale avant que le mal ne gangrène notre chère Terrae.
Pour que vous puissiez appréhender toute cette histoire, il me faut vous narrer l’affaire depuis son commencement.
(Deuxième page)
Tout débuta de manière fortuite un jour brumeux de printemps alors que je revenais de ma promenade matinale sur les quais de Monmourg. Dans ce port, tout respirait l’exotisme ; venus des confins de la baie de Jeckla, épices et bois précieux exhalaient des fragrances capiteuses.
J’avais pris pension chez la vielle Mina qui m’avait accueillie grâce à une lettre de recommandation de mon ordre. La discipline était aussi stricte que ses tenues. Et à mon grand regret, la femme rompue à son métier d’hôtesse ne me laissait que peu de tâches à effectuer pour lui venir en aide. Bien que peu habitué à l’oisiveté, j’avais pris l’habitude de déambuler sur les quais avant de me mettre à mes travaux de recherche sur les maladies exotiques. Pour ce faire, je fréquentais assidûment la bibliothèque princière riche en récits de marins et de contes extravagants. Son scribe en chef, Albaron,un ancien mage-soldat retiré des arts militaires m'accueillait toujours avec une coupe de vin des rives du Nyr-Div vieilli durant le long voyage au travers de la Mer d’Azur. Au fil des semaines, nous avions noué des solides liens d’amitié et il me laissait en grand secret les clés de la poterne arrière pour me glisser la nuit au milieu des parchemins. Une partie des rayonnages frappés du coquillage en forme d’éventail me restaient toutefois interdits. Je me devais de rendre redevable un noble de la région pour espérer poser mes yeux sur cette collection mystérieuse aux ouvrages millénaires.
En ce matin, alors que je grignotais une brochette de peigne des mers achetée dans une gargote ambulante ; un petit plaisir coupable que je m’offrais toujours avant mon jeûne hebdomadaire, un enfant m’aborda. Il me tendit une missive marquée d’un sceau princier à la forme de l’animal dont je croquais la noix. Le Prince Dulan Batang de la maison des Iliens de l’Ouest réclamait mon aide pour une affaire des plus discrète. Porté par l’intérêt, je suivis sans réfléchir l’enfant dans les ruelles tortueuses du quartier des esclavagistes.
(20 pages illisibles où l’on peut deviner des cartes, des plans et des dessins de créatures inimaginables. Les dégradations des papyrus font que tout y semble tout droit sorti du rêve d’un dément. Les rares runes encore déchiffrables de ces pages sont écrites d’une main tourmentée. Les croquis à demi-effacés sont tracés d’un trait grossier et malgré leur naïveté provoquent le dégoût.)
(Dernière page)
Les raisons qui m’ont amené à patauger dans ce cloaque boueux restent encore à ce jour troubles dans mon esprit. Avant que ma raison ne vacille emportée par des hallucinations cauchemardesques de créatures plus hautes que des temples à la face d'élédone. Seule l’impression d’avoir vécu un mauvais rêve perdure.
Le peu de souvenirs auxquels je peux me raccrocher sont ceux écrits dans le recueil de parchemins cousus que je m’apprête à livrer au destin du fleuve, las de devoir lutter contre des chimères. J’ai beau lire et relire ces lignes qui visiblement sont de ma main et bien que tous les noms et les lieux me soient familiers, le sentiment d’avoir traversé ces évènements s’estompe. Étrangement, seul le goût des peignes de mer, la dernière nourriture que je me rappelle avoir mangé, est mon unique lien avec le passé. Certains jours même, il devient si écœurant que la bile me monte aux lèvres. Dans ce cauchemar, ce coquillage, je me dois de vous en alerter, pourrait dissimuler une part du mystère.
Que les dieux vous gardent, votre dévoué Charles-Agile du Quartier.
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Remerciements à H.P. Lovecraft pour son œuvre inspiratrice. Les textes sont écrits à sa manière et j’avoue que son style est vraiment ardu à imiter.
Et merci à ceux qui sont arrivés jusqu'ici.