Jour 21. Chien méchant
"Bon courage les amoureux, profitez de la vie !" Hurle la servante Félicia aux deux tourtereaux.
Gwendoline et Jacques chevauchent vers la herse du château à vive allure. Ils descendent la colline vers la ville. Rarement les cavaliers vont au galop dans les rues de la ville à moins d'un danger grave et imminent. Les passants se jettent sur les côtés de la rue, les chevaux sautent au dessus des quelques étales qui bordent les boutiques. Ils évitent la place du marché où il serait impossible d'aller à si vive allure. A droite, à gauche, les voilà aux portes de la ville qu'ils franchissent au grand galop.
Ils poursuivent sur le même rythme quelques instants, et enfin ralentissent plus loin au milieu de la campagne qui borde la mer. Ils sont au trot, l'air frais de l'océan est bon à respirer à plein poumons. Ils éclatent de rire comme des enfants, s'esclaffent en repensant à cette fuite éperdue. Enfin, après quelques instants, ils s'arrêtent. Ils sont en haut des falaises qui tombent vertigineusement vers l'eau. Ils descendent de leur cheval, se regardent. L'étreinte qui s'en suit est intense. Ils se laissent tomber à terre, roulent dans l'herbe puis s'immobilisent, les yeux dans les yeux. Ils ne disent rien pendant plusieurs minutes, profitant de cet instant magique qu'il a provoqué et qui ne semble pas tout rendre Gwendoline farouche, au contraire.
Enfin il rompt le silence.
"Gwendoline, ma tendre et chère promise, ma mie, ma chérie, nous voilà délivrés de toute contrainte. Je vie les instants les meilleurs de ma vie. Nous allons tout changer Gwendoline, changer d'habits, changer de noms, changer de région ou de royaume, oubliés de tous avec la vie devant nous pour profiter de ces meilleurs instants".
"Jacques, mon amour, mon amant, je vous suivrai", dit elle simplement, le cœur empli de bonheur.
"Je me nommerai Cliff, ne me demandez pas pourquoi" dit-il en riant.
"Je prendrai le nom de ma grand-mère, Bona, c'est elle qui m'a éduquée après la mort tragique de mes parents… Je lui dois tout"
"J'ai faim !" S'exclama t'il
A une centaine de mètres, une grande propriété bordait la falaise.
"J'ai de la viande séchée mais nous allons aller voir dans cette demeure, demander aux braves gens qui y habitent si ils peuvent nous recevoir. Je n'ai plus de sous mais je pourrai leur laisser mes biens, épée, bouclier et cotte de mailles que je souhaite oublier pour des vêtements plus simples. Allons-y Gwendo … Bona" se reprit-il
Le couple arrive aux abords de la maison, grande et en bonne état, le lieu semble paisible. Une clôture entoure toute la propriété. Ils sont alors accueillis avec des grognements féroces, un molosse se tient derrière une porte grillagé. Mais les hurlements semblent ne faire réagir personne dans la demeure, il n'y a vraisemblablement personne. Ils sont tous les deux immobiles, et la férocité du chien va crescendo, de la bave s'écoule de la gueule grande ouverte.
"Bona, tu t'y connais en dressage de chiens, parce que j'ai l'impression qu'il ne souhaite pas trop qu'on rentre dans cette propriété."
"Il a sans doute faim si cela fait un moment que les propriétaires ne sont plus là. Tu ne m'as pas dit que tu avais un peu de viande séchée ? Cela à part, non je n'ai pas vraiment de compétences de dressage, mais nous devrions essayer"
Jacques fouille dans son sac et en tire un morceau de viande. Le cerbère devient quasiment fou à peine a-t-il senti cette nourriture. Il pousse contre le grillage avec son museau duquel s'écoule un mucus blanchâtre, toute sa puissance déferle et les sa tête passe finalement à travers des filins sans doute un peu rouillés et peu résistants.
Cliff s'empresse de jeter un morceau de viande par-dessus la clôture juste au dessus de la tête du clébard. Il tire sur ses pattes antérieures, arrache une partie de sa joue sur les câbles puis fonce sur la barbaque jetée au sol. Il la dévore rapidement mais lorsqu'il se retourne vers les amants, son attitude a changé, ses aboiements n'ont plus la même intensité.
"Il en reveut", dit la princesse
Cliff ressort un bout de viande et le présente au chien qui se rapproche de l'ouverture qu'il a fait. Jacques s'en approche aussi et le chien ancre son regard dans celui de notre aventurier, puis il se met à remuer la queue frénétiquement.
"Oui c'est gagné cette fois c'est sûr" dit Bona.
Jacques reste prudent et lance doucement un bout de lard salé. Le chien le mange, le vacarme de ses aboiements a cessé et le calme est revenu autour de la propriété. Toujours pas un signe de vie. Prudemment Cliff pousse le portail qui s'ouvre en grinçant. Il plonge a nouveau la main dans son sac pour en ressortir une quantité généreuse de la précieuse pitance. Le chien regarde en tournant la tête et s'approche lentement.
"Il n'est pas si méchant que çà quand on le prend par les sentiments" dit le jeune en se retournant vers sa bien aimée.
"Allons-y Bona, rentrons dans cette maison abandonnée, débarrassons-nous de notre identité, de nos vêtements trop peu discrets et partons ensuite loin d'ici !"