Après lecture du premier article sur le JDR dans "Jeux et Stratégies", je cherche la boutique mentionnée dans l'article. Je me rends le samedi suivant chez Jeux Descartes, rue des Ecoles, et je me renseigne. On me dirige vers une file de gars (de mémoire, la gente féminine était rarissime dans les cercles de joueurs à l'époque).
La file avance, et au bout d'un moment je vois (au fond de ce dont je me rappelle comme un couloir) une table avec des mecs assis autour, et un gars tout au fond derrière un écran. Il a l'air d'être le fameux "maître du donjon". Respect. Je vois pour la première fois les fameux dés, les figurines, le veleda pour les cartes... Tout le monde lit des feuilles, essaie de comprendre quel dé jeter pour une épée longue, et s'interroge sur la signification de termes barbares tels que "HPs", "AC" et autres "saves"...
Le fait de faire la queue permet de voir ce qui se passe et de commencer à saisir des bribes de règles. Je suis sidéré. Ce truc est dément. Je viens des échecs et des jeux de simulation. Ici, les mecs se parlent et RIGOLENT en jouant !
Arrive ma pelleté de huit candidats au déniaisage (le "donjon" était très court, et finissait en général en bain de sang qui permettait de passer à la brouette de chair à canon suivante). Le Maiiiiitre se lève, et annonce qu'il doit partir. Emeute désespérée dans la file. Le vendeur, au comptoir, sentant que sa boutique va être dévastée par une troupe de cafards à lunettes, s'affole, et crie dans un moment de désespoir : "Y'a pas quelqu'un qui veut masteriser les "initiations" ? Un gars un peu à l'écart lève la main, provoquant l'hilarité générale de ses potes... "Euh, non, pas toi.." se mélange à du "J'aimerais bien voir ça..." Après quelques échanges, les autres (visiblement des joueurs déjà confirmés) s'approchent de la table en se marrant et laissent le gars passer derrière les écrans.
La partie commence par une explication assez rapide des règles. Les spectateurs se marrent à plusieurs reprises de l'interprétation que le DM en fait, mais on arrive à commencer à jouer. On est dans un village. On apprend qu'une troupe de gobelins assaille la région, et qu'ils se planqueraient dans une caverne alentour.
On questionne les poivrots les plus proches de notre table pour en savoir un peu plus (je vous ai dit qu'on démarrait dans une auberge ?), sans avoir de réponse claire. Un des gars annonce que son perso va pousser un peu un des pébroques, en le prenant par le col. Je dis en tremblant que mon perso sort son épée et la gigote sous la trogne du paysan, alors que le mage se prépare à jeter un "Charm Person". Umphh... Le DM déclare que la garde arrive, nous trucide sur le champ, et crie "Groupe suivant !", sous les hourras de ses potes hilares...
J'apprendrai plus tard que le gars qui a masterisé pendant une heure la séance d'initiation ce samedi là n'est autre que Bruno Carrarini, plus connu sous le sobriquet de "Gros Bill" (oui, THE Gros Bill himself). Ayant eu la chance de côtoyer d'autres membres du groupe de la rue d'Ulm, il est fort probable que cela ait été son seul et unique mastering connu...
Donc, j'ai été initié pendant une partie de 10 minutes par Gros Bill chez Jeux Dec... Ca marque
Je suis reparti avec ma boite rouge de D&D Basic en anglais sous le bras (je récupérerai plus tard la traduction photocopiée sur du papier gris, broché avec deux élégantes agrafes). Recherche d'un groupe, démarrage pénible, puis trouvage d'un DM correct qui enflamme définitivement les parties. En route pour 30 ans de gaming !