shorr a écrit :
Je reviens de Paris ou j'ai visité le célèbre magasin "L'oeuf cube" et j'ai adoré !
Humm… Tout le monde y est, oui ? Pressez-vous un peu là-derrière, qu'on puisse fermer la porte… Donc, Mesdames et Messieurs, nous voici devant un des tout derniers spécimens d'Homo Rôlisticus préservé dans son habitat naturel…
Holà, surveillez vos mômes Madame, faut pas trop s'approcher c'est un authentique, pas désinfecté ni rien, il pourrait leur refiler la Mireilledumassite…
Donc, disé-je, un specimen ra-ris-sime. Il faut voir qu'aux temps jadis, avant internet et tout ça, les rôlistes avaient leurs rituels secrets. Il venaient en catimini dans des lieux comme celui-ci pour communier avec les esprits. Le rituel commençait dès le passage de la porte : s'ils étaient seul, il était de bon ton de commencer par saluer le Maître de cérémonie. En revanche, s'ils étaient à plusieurs, l'usage voulaient qu'ils se gargarisent entre eux à grand renforts de voix des exploits de leurs héros favoris, comme pour s'encourager à plonger plus avant dans les turpitudes de leurs vices.
Ensuite venait le moment de prier devant les offrandes : en général, ils faisaient un tour dans le sens des aiguilles d'une montre, ou dans le sens contraire, en commentant chaque nouvel ouvrage déposé à grand renforts d'une science glanée peu auparavant dans un de ces ordinateurs à base de bois écrasé qu'on appelait magazines. Tenez, voici un des tout derniers - on ne touche pas - un Casus Belli millésimé 1984. Venait ensuite le tour de prier devant le mur de figurines en plomb qui occupait la moitié de la boutique. Si les auspices étaient favorables, l'une d'entre elles finissait par entrer en communion avec l'Homo Rôlisticus : il n'avait d'autre choix que de l'adopter ou d'être banni à jamais de la société de ces semblables. La cérémonie d'adoubement était à la fois simple et sublime : l'Homo Rôlisticus se présentait en désignant respectueusement, presque en silence, l'offrande au Maître de cérémonie, et lui tendait des jetons rituels en alliage de nickel et de cuivre appelés Francs. Le Maître ouvrait alors le retable où se trouvait la figurine, et la confiait à la bonne garde du Rôlisticus, avec charge expresse de l'exhiber fièrement et de répandre la flamme de la vraie foi.
Bien, la visite est terminée, reprenez vos gosses et n'oubliez pas la liche… je veux dire le guide !
Madame… Merci … Madame … Monsieur … Merci …
Ouf ! Ils sont sortis. Bon, Dédé, c'était les derniers, tu me fermes tout ça. On devrait faire visite virtuelle, c'est so 20ème siècle ce vieux trou !