Jour 14 TRONC
Faux espoir
Il ne se déplaçait plus qu’après le coucher du soleil, il n’osait pas traverser les rivières et les cascades, il pouvait escalader les murs et se tenir accroché comme une mouche sur une vitre... Feladen savait ce qui lui était arrivé. Il n’était pas mort mais il n’était plus vivant non plus. Un vampirien, voilà ce qu’il était devenu. Pourquoi la Lorenstern s’était-elle dérobée à lui ? (cf Jour7) Il en aurait eu tant besoin en cet instant. Il avança un peu plus loin dans la forêt. Malgré la nuit sans lune, il y voyait comme en plein jour.
Il découvrit dans une clairière un tronc gigantesque, noir comme l’ébène, lisse comme le verre. Il n’avait aucun feuillage et transperçait les nuages, semblant n’avoir aucune cime. Feladen utilisa ses nouvelles capacités pour escalader le tronc. Il avançait à toute allure, courant sur la paroi lisse et verticale comme s’il se trouvait sur un simple sentier balisé. Le vent se faisait plus froid à mesure qu’il s’élevait, mais son corps ne frissonnait plus. Il traversa les nuages jusqu’à ce qu’un halo bleuté apparaisse au sommet du tronc. Là, une plateforme circulaire s’ouvrait sur un autel taillé directement dans le tronc qui s’arrêtait là brusquement, comme découpé par une immense hache divine.
La lumière du jour prit Feladen par surprise. Les rayons du soleil brûlaient sa peau aussi sûrement que s’il était immergé dans la lave. Au centre de l’autel flottait un vase doré, pulsant d’une lumière douce comme un cœur endormi.
- Le Graal !
Malgré la douleur radiante, Feladen tenta de s’approcher, fasciné. Dans les légendes, le Graal était promis aux champions, il était censé guérir, purifier, offrir la rédemption. Il tendit la main. Le vase s’illumina brusquement, projetant une onde qui le repoussa violemment. Il tomba à genoux, le souffle court. Le Graal l’avait rejeté. Il n’avait plus d’espoir.
Il ne redescendit pas, il sauta. Son corps fendit l’air comme une flèche… et rebondit avec adresse sur les parois du tronc. Au lieu de s’écraser comme il l’espérait, il atterrit sans bruit, souple comme un félin, sur le sol tapissé d’herbe. L’instinct de conservation. Une voix résonna dans sa tête, ancienne et impérieuse.
- Tu as choisi l’ombre. La lumière ne t’appartient plus.
Feladen se releva lentement et tourna la tête. La vampire se trouvait derrière lui, réclamant sa boisson chaude. Docile et soumis, il écarta le col de sa chemise et tendit son cou vers elle en pleurant.