tizun thane a écrit :
Ce n'est pas unique, j'ai cité le cas de Odon de Bayeux, demi-frère de guillaume le conquérant et évêque de Bayeux en page 1...
J'aime me sentir lu...

J'avais bien lu , et avais moi aussi fait état de la mention fréquente d'Odon de Bayeux,
porphyre77 a écrit :Sur les forums anglophones, j'ai aussi lu que cette conception était un légende historique forgée de toutes pièces durant le XIXe siècle romantique, à partir d'une interprétation de la tapisserie de Bayeux, d'un contre-sens sur le mot mace -qui en anglais désigne autant la masse d'armes qu'une crosse d'évêque- et d'une confusion avec le nom de l'épée de l'archevêque Turpin appelée "Almace". Opinion que l'on retrouve sur Wikipedia.
mais je me demande si dans son cas il ne s'agit pas d'un cas de reconstruction historique. Certes, il est bien représenté sur la tapisserie armé d'un gourdin, mais je ne crois pas que les sources d'époque fassent mention qu'il l'ait fait de façon délibérée pour éviter le port d'une épée . L'article de Wikipédia que tu cites dit d'ailleurs que
Le bâton (baculus) qu’il tient à la main est similaire à celui que le duc Guillaume tient dans trois autres panneaux en signe d’autorité et de commandement
et s'il mentionne le fait que ceci
a conduit certains historiens (dont Edward Augustus Freeman) à supposer qu’il avait pris part à la célèbre bataille, troquant une épée contre une masse pour ne pas faire couler le sang, et ainsi ne pas aller contre les lois canoniques
il s'agit bien de suppositions ultérieures d'historiens du XIXe siècle : ledit Edward Augustus Freeman a écrit son
Histoire de la Conquête Normande en 1876, autrement dit à une époque où le "mythe" du clergé militant utilisant la masse d'armes pour ne pas "verser le sang" est fortement implanté dans la conception "romantique" du Moyen-Âge (cependant on peut avant lui , on retrouve déjà cette idée dans un ouvrage sur l'inquisition de 1834 (
lien) et -déjà- avec mention d'Odon de Bayeux.
On trouvera toujours des exemples d'évêques combattants ayant fait usage de la masse d'armes ou du marteau de guerre, car c'étaient des armes fort répandue sur les champs de bataille: elles étaient moins chères à manufacturer , plus faciles d'emploi pour les non-chevaliers, et tout a fait adaptées au combat à cheval: mais on trouvera
autant d'exemples de clercs armés d'épéesou de haches. En revanche Philippe de Dreux est -à mon sens, mais je peux toujours être mis en tort - le seul pour lequel il soit
expressément mentionné, par une source contemporaine (Guillaume le Breton a commencé la rédaction de la
Philippiade en 1214, c-à-d. la même année que la bataille de Bouvines) qu'il avait utilisé une massue dans le but avéré d'éviter l'
effusio sanguis.
Ma théorie -certes tout à fait personnelle- est donc:
- que c'est Philippe de Dreux la figure historique -et la seule avérée pour l'époque - à l'origine de cette croyance.
- que cette figure était devenue dés la fin du XVIIIe siècle une image d'Epinal qui était tellement implantée dans l'esprit des historiographes et historiens du XIXe qu'elle semblait suffisamment "évidente" pour qu'on l'appliquât à toute figure de clerc pour peu qu'il tînt une bâton ou une arme contondante, et que ce soit le choix "naturel" pour un amateur de wargames médiévaux comme Gary Gygax.
- mais comme els auteurs anglo-saxons ne semblent pas avoir été d'avides lecteurs de Guillaume le Breton et de sa
Philippiade (pour des raisons assez évidentes : je ne pense pas que Bouvines fasse partie de la légende nationale anglaise comme Hastings, Crecy ou Waterloo), c'est sur la tapisserie de Bayeux et Odon que leurs regards se tournent lorsqu'ils cherchent l'origine du mythe, mais qu'ils ne font que lui coller de façon rétrospective un archétype dont un autre est à l'origine.
Q.E.D.
